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BASLE Jean-Luc

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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D. Trump : une présidence...

Publié dans De par le monde
Donald Trump : une présidence mouvementée en perspective
 
En démocratie, l’accession à la présidence requiert plusieurs attributs : un candidat charismatique, un programme, un parti et un financement. Donald Trump ne satisfait pas à ces critères. Ses supporters lui reconnaissent du charisme mais ils sont loin de faire l’unanimité. Son programme est incohérent. Il n’a ni parti ni organisation, et contrairement à ses assertions, il n’a financé que 20 % des 322 millions de dollars qu’a coûté sa campagne. Dans ces conditions, quelle présidence peut-on en attendre ?
 
Commençons par son programme. Son électorat est la classe moyenne blanche, conservatrice et rurale. Ses électeurs se reconnaissent dans le Tea Party, mouvement libertaire, sans hiérarchie ni chef, en partie récupéré par les frères Koch, milliardaires texans. Donald Trump leur a promis le retour des emplois manufacturiers et, pour preuve donna en exemple la décision de Carrier Corporation de ne pas externaliser une usine au Mexique, sauvant ainsi mille emplois. Cette priorité donnée à l’emploi peut surprendre dans un pays où le chômage s’élève à 4,6 %. La raison en est que ce chiffre officiel ne reflète pas la réalité. Le chômage s’élève à 10 % si l’on inclue les demandeurs d’emploi "découragés". Le revenu médian des ménages est inférieur à ce qu’il était en 1998, et un tiers des personnes âgés de 21 à 45 ans reçoit une aide financière de leurs parents. Il y a donc une réelle détresse dans une partie de la population. Les promesses de Donald Trump inverseront-elles cette tendance ? Rien n’est moins sûr.
 
S’il est vrai que la mondialisation a éliminé des emplois, elle n’est pas seule en cause. La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication est aussi responsable ainsi que la politique budgétaire. Après une brève politique d’expansion en réponse à la crise des subprimes, le gouvernement a rapidement réduit le déficit budgétaire. Par ailleurs, un retour des emplois manufacturiers, à supposer qu’il soit possible, entraînerait une augmentation du coût de la vie, contrecarrant l’objectif d’augmentation du pouvoir d’achat. La politique d’infrastructure de Donald Trump est aussi sujette à caution. Il prévoit de lancer un programme de grands travaux de mille milliards de dollars, financé pour moitié par le secteur privé. L’autre moitié, financée par l’Etat fédéral, augmentera la dette publique qu’il a promis de réduire à zéro sur huit ans – une gageure. Son plan fiscal promet une réduction d’impôts pour l’ensemble de la population. Juste en apparence, ce plan favorise en fait les plus riches qui paient le plus d’impôt. Les revenus les plus élevés (1 % de la population) captent 18 % du total contre seulement 8 % en 1975.
 
On retrouve les mêmes contradictions en politique étrangère. Alors que Donald Trump veut rétablir des relations normales avec la Russie, le général James Mattis, son futur ministre de la défense, cite la Russie comme la plus importante menace à laquelle font face les Etats-Unis. Rex Tillerson, ancien président d’Exxon et ministre des affaires étrangères, est quant à lui partisan d’un rapprochement avec Vladimir Poutine. Par ailleurs, les liens réels ou supposés de Donald Trump avec la Russie ont fait l’objet d’accusations des services secrets américains. La chose est grave puisqu’elle suggère une trahison et peut conduire à sa destitution. La hache de guerre est enterrée, semble-t-il, mais elle resurgira.
 
Cette présidence sera à l’image de Donald Trump : brouillonne, contradictoire, remplie d’approximations dans les analyses et de contradictions dans les faits. En politique intérieure, la présence d’anciens dirigeants de Goldman Sachs dans le cercle rapproché du président renforce le scepticisme sur la nature de sa politique économique. En politique extérieure, ses ennemis fourbissent leurs armes, à preuve les manœuvres de l’Otan qui se déroulent aux frontières de la Russie dans le cadre de l’opération "Atlantic Resolve", où des sénateurs de son propre camp – John McCain et Lindsey Graham – haranguent les soldats baltes en vue d’un possible conflit avec la Russie.
 
Donald Trump ne satisfait pas aux conditions requises pour être candidat à la magistrature suprême. Il n’a ni programme, ni parti et son financement est assuré de la façon la plus traditionnelle qui soit ce qui le rend redevable envers ses bailleurs de fonds. Il décevra ses électeurs qui le lui feront savoir. A l’international, les évènements devraient lui être plus favorables. Un peuple américain, lassé des guerres au Moyen Orient, s’opposera à un Congrès belliciste qui rêve d’en découdre avec le nouveau président au sujet de la Russie. L’un dans l’autre, une présidence mouvementée qui, souhaitons-le, maintiendra la paix dans le monde.

USA : une élection controversée

Publié dans De par le monde
Donald Trump : une élection très controversée
 
La campagne contre le président élu ne faiblit pas. Après le comptage des voix et la légitimité du Collège électoral, c’est la Russie qui est mise en cause à double titre : piratage de l’élection et chantage possible (Donald Trump se serait livré à des "parties fines" lors de ses voyages en Russie ce qui permettrait de le faire chanter si nécessaire, selon le rapport de la CIA du 6 janvier).
Cette polémique est inhabituelle dans les annales américaines. Certes, le vote populaire donnait Hillary Clinton gagnante. Mais, une situation similaire s’est présentée en 2000. Le vote populaire était favorable à Al Gore mais c’est son opposant, George W. Bush, que la Cour suprême a choisi, sans que ne cela donne lieu à contestation. Les causes de cette campagne sont donc plus profondes qu’il n’y paraît. Elles tiennent à la politique étrangère américaine. 
 
Donald Trump est un électron libre, narcissique et machiste qui n’inspire guère la sympathie. Mais ce n’est pas de sentiment dont il est question ici mais de politique, celle des monstres froids que sont les états-nations. La chute de l’Union soviétique a donné lieu à la création d’un parti hégémonique aux Etats-Unis. Ses fondations sont la doctrine de Paul Wolfovitz et le Projet pour le nouveau siècle américain. La doctrine se résume ainsi : "Notre objectif est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival qui pose une menace semblable à celle que posait l’Union soviétique… En conséquence, nous devons nous assurer qu’aucun pouvoir hostile ne domine une région dont les ressources lui permettrait de devenir une puissance mondiale". Le Projet en tire les conséquences pratiques. En tant que première puissance mondiale, les Etats-Unis doivent façonner le monde à leur image pour préserver leurs intérêts. Pour ce faire, ils doivent étendre un ordre international propice à leur sécurité et leur prospérité. Pour atteindre cet objectif, il convient d’accroître le budget de la défense. Le message est clair : il est dans la destinée des Etats-Unis de conduire le monde. Cette politique sera mise en pratique.
 
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Cette politique a un coût financier mais plus encore humain insoutenable. Le nombre de morts, de blessés et de migrants en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et en Libye se comptent en millions (650 000 morts en Iraq à juillet 2006, selon l’institut britannique The Lancet). L’image des Etats-Unis est sérieusement écornée, et plus encore leur influence sur la scène internationale. Ainsi, Rodrigo Duterte, président philippin, fait-il un pied de nez à son allié et protecteur américaine en visitant la Chine et en invitant la flotte russe à Manille – situation inimaginable il y a seulement quelques années. Le récent accord sur la Syrie, conclu entre la Russie, la Turquie et l’Iran, exacerbe un sentiment de frustration en excluant les Etats-Unis et leurs alliés. C’est un camouflet.
 
Face à l’échec de cette politique dont les effets sont visibles depuis des années, une voix s’élève : celle de Donald Trump. Son projet est révolutionnaire. Non seulement rejette-t-il la politique hégémonique des néoconservateurs mais il entend aussi mettre à bas l’architecture de la Pax Americana, c’est-à-dire l’OTAN, l’OMC, etc. pour la remplacer par des accords de gré à gré entre nations où les Etats-Unis seront en position de force en raison de leur poids économique, financier et militaire. Il pense ainsi obtenir un meilleur résultat à un moindre coût. D’où l’idée de "deals" qui revient sans cesse dans ses discours et dont il a une grande pratique. Isolé au départ, les réalistes de la politique étrangère se rallient peu à peu à sa bannière.
 
Le schisme qui se dessine est d’autant plus difficile à décerner que sur beaucoup de points (Israël, Iran, Chine, etc.), néoconservateurs et réalistes sont d’accord. La différence se situe au niveau de leur philosophie respective. Alors que pour les néoconservateurs l’asservissement de la Russie constitue un préalable à la soumission de la Chine et à l’hégémonie mondiale, pour les réalistes il suffit à la nation américaine d’être la première au monde – "primus inter pares" – pour assurer sa sécurité et son bien-être. C’est tout le sens du slogan : "America First".
 
Il ne s’agit donc pas d’une simple controverse électorale mais de quelque chose de plus fondamental qui remet en cause la politique étrangère américaine, les personnes qui la dirigent et en profitent.

Les 2 % de la défense

Publié dans De par le monde
Les 2 % de la défense
 
Durant sa campagne électorale, Donald Trump a déclaré que les nations européennes qui ne satisfaisaient pas aux 2 % exigés par les Etats-Unis pour leur défense ne pourraient compter sur son appui en cas de conflit (2 % du produit intérieur brut). Des Européens se sont inquiétés de cette déclaration qui met en cause l’Article V du Traité de l’Alliance Atlantique. Certains ont ravivé un vieux projet : l’Europe de la défense. Ce projet qui est débattu sans succès depuis 1954, le sera sans doute pendant longtemps avec le même résultat. Aussi est-il inutile de s’y attarder. En revanche, l’anathème de Donald Trump pose trois questions : pourquoi 2 %, pourquoi les Etats-Unis défendent-ils l’Europe et la Russie est-elle une menace ? La réponse à ces questions diffère de celle généralement admise dans les cercles officiels.
 
Pourquoi 2% ?
Le budget de la défense est défini en fonction des ressources de la nation et de la menace à laquelle elle est exposée. Pour une menace définie, plus grandes sont les ressources, plus faible est le pourcentage. Le chiffre de 2% est arbitraire. C'est une exigence de l'Otan dont la norme a été définie au sommet du Pays de Galles en 2014. Il ne repose sur aucune analyse rationnelle. A preuve, les budgets de l’après-guerre. Dans les années 1950, la moyenne est de 10% pour les Etats-Unis, 7,2% pour la France et 7,8% pour le Royaume-Uni. En 2015, ils s’élèvent à 3,3%, 2,1% et 2%, respectivement. En revanche, en dollar constant (2014), les montants n’ont cessé d’augmenter. Dans les années 1950, les Etats-Unis ont dépensé en moyenne 351 milliards de dollars annuellement, la France 33 milliards et le Royaume-Uni 46 milliards. En 2015, ces chiffres s’élèvent à 596, 61 et 60, respectivement. L’adoption d’un budget de la défense ne répond à aucune règle fixe. La part d’incertitude est grande.
 
Pourquoi les Etats-Unis défendent-ils l’Europe ?
"Lafayette, nous voilà", cette phrase que le général Pershing, commandant en chef des forces américaines en France pendant la Première Guerre mondiale n’a jamais prononcé, a donné l’illusion d’un geste altruiste en reconnaissance de l’aide jadis apportée à la Révolution américaine. Il n’en est rien. Les Américains venaient dans leur propre intérêt. Ce fut aussi le cas pour la Seconde Guerre mondiale. Ainsi que l’a expliqué le géographe anglais Harold Mackinder, il est impossible pour le Royaume-Uni et a fortiori pour les Etats-Unis de tolérer qu’une nation contrôle l’espace allant de la Prusse à la Russie blanche, car il lui serait alors possible de contrôler "l’île-monde" – une vaste surface comprenant l’Europe, l’Asie et l’Afrique du nord. C’était le projet d’Hitler à cette différence près qu’il n’incluait pas la Chine qui faisait partie de la sphère japonaise. Ce qui était vrai alors l’est encore aujourd’hui, à tel point que le géo-politologue américain Zbigniew Brzezinski s’y réfère dans son ouvrage "Le grand échiquier".
 
Les Etats-Unis ne peuvent tolérer une Europe indépendante par peur qu’elle ne devienne une puissance mondiale. Le document "Reconstruire les défenses de l’Amérique" de septembre 2000 ne laisse aucun doute sur les intentions américaines : l’objectif est l’hégémonie mondiale. La présence de John Bolton, Michael Ledeen, James Woolsey et d’autres néoconservateurs dans le cercle rapproché du nouveau président laisse peu de doute sur la direction que prendra sa politique extérieure. Le slogan "Make America Great Again" n’implique pas un retour à l’isolationnisme, contrairement à ce que pensent des observateurs européens – un isolationnisme qui n’a jamais existé dans les faits. Donald Trump examine les questions en homme d’affaires. Il pense en termes de retour sur investissement. De ce point de vue, l’OTAN coûte trop cher au regard des bénéfices que les Etats-Unis en retirent. Les Européens doivent donc augmenter leur contribution à l’effort commun. Mais pourquoi entreraient-ils dans ce jeu qui les assujettit davantage ?
 
La Russie est-elle une menace ?
Selon le général américain Breedlove, ancien commandant en chef de l’OTAN, la Russie présente une "menace existentielle pour les Etats-Unis et l’OTAN". Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012 s’est exprimé en termes similaires. En revanche, pour le général tchèque Petr Pavel, président de la Conférence du Comité militaire de l’OTAN, aucune information ne suggère que la Russie planifie une quelconque action de grande ampleur de quelque nature que ce soit. Une analyse confirme cette conclusion. Que ce soit au plan politique, économique ou militaire, la Russie n’est pas en mesure défier la puissance américaine.
 
Les Etats-Unis sont stables politiquement depuis leur création en 1776 à l’exception de la Guerre de Sécession. La Russie a connu de nombreuses tragédies au cours de son histoire. L’économie américaine est la première au monde. Le produit intérieur brut américain de 2015 est treize fois et demie supérieur à celui de la Russie (17.947 milliards de dollars contre 1.326 milliards). Le produit intérieur brut russe est inférieur à celui de la France (2.422 milliards) et de l’Italie (1.815 milliards). Il est très dépendent du prix du pétrole. Le budget américain de la défense est le premier au monde (596 milliards de dollar, soit 36,5% du total mondial). Il est équivalent au total des huit pays suivants : Chine, Arabie Saoudite, Russie, Royaume-Uni, France, Inde, Japon et Allemagne. Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs d’armes : 10,5 milliards de dollar, soit le double du montant russe (5,5 milliards). Le personnel de l’armée américaine s’élève à 1.492.000 individus contre 845.000 pour la Russie. Les Etats-Unis disposent de 10 porte-avions contre 1 pour la Russie, et de 71 sous-marins contre 62. La marine américaine a 326.800 officiers et marins contre 148.000 pour la Russie. Les Etats-Unis disposent de huit cent bases militaires à travers le monde contre une seule pour la Russie (Tartous en Syrie). Ils ont le plus grand réseau d’écoutes du monde (Echelon). Les Etats-Unis disposent de 4.500 missiles nucléaires contre 4.490 pour la Russie. C’est le seul domaine où la Russie est à parité avec les Etats-Unis. Encore cela est-il momentané car Barack Obama a autorisé un programme de modernisation de la force de frappe nucléaire américaine de mille milliards de dollars d’ici 2030. Il est impossible pour la Russie d’accomplir un tel effort.
 
Il serait insensé pour la Russie d’envisager une quelconque action d’ampleur à l’ouest. Ce ne sont pas les Etats-Unis qui sont menacés mais la Russie. Les Américains ont renié la promesse qu’ils avaient faite aux Russes de ne pas avancer d’un pouce à l’est (ce sont les mots mêmes de James Baker, alors Secrétaire d’Etat) en échange de la réunification de l’Allemagne. Depuis la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la République tchèque, et la Slovaquie ont rejoint l’OTAN. La présence de missiles nucléaires américains en Roumanie et en Pologne tout comme les manœuvres militaires aux frontières de la Russie ne sont pas faites pour rassurer Moscou sur les intentions de l’OTAN. On se rappelle de la réaction américaine quand les Soviétiques installèrent des bases de lancement de missiles nucléaires à Cuba… 
 
Conclusion
Ce sont aux nations de décider du montant de leur budget défense et non aux Etats-Unis. Il n’existe aucune contrainte à ce sujet dans les textes officiels. Le Trait de l’Atlantique nord est muet à ce sujet. Les 2% n’ont d’autre but que d’inciter les Européens à acheter du matériel américain, comme l’avion de combat F-35 de Martin Marietta dont John McCain a dit que c’était un scandale et une tragédie. Le Danemark en a acheté 27 au prix de 110 millions de dollars l’unité, l’Italie 90.
Les Etats-Unis ne peuvent abandonner l’Europe sans abandonner leur prétention hégémonique – prétention ancrée dans leurs gènes depuis l’arrivée du May Flower à Cape Cod en 1620 et souvent répétée au cours de leur histoire (universalisme, destinée manifeste, exceptionnalisme, etc.).
La Russie n’est une menace que dans la mesure où les Etats-Unis l’acculeraient dans une position intenable – éventualité à laquelle Vladimir Poutine a fait allusion – la forçant à réagir avec la seule arme où elle est à parité avec les Etats-Unis... l’arme nucléaire.

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