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La responsabilité du citoyen

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La vitalité et la pérennité de notre République dépendent de l’implication du Citoyen : Nos politiques sont-ils les seuls responsables de notre situation actuelle ?
La République c’est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple mais c’est aussi la primauté de la chose publique, c’est la recherche de l’intérêt commun et non la simple sommation des intérêts particuliers ; elle n’est donc pas au service d’une majorité ou d’une idéologie mais de tous les citoyens, unis par la volonté de vivre ensemble dans le respect mutuel.
La France a choisi de vivre en République et nous sommes tous très fiers d’appartenir à un tel mode d’organisation de la société et de l’Etat, qui veut concilier l’unité et la diversité, la liberté et l’égalité, l’élévation sociale et la fraternité, le respect des religions et la laïcité. Mais nous devons mesurer les exigences que porte en soi un tel régime, une telle ambition, sauf à ce qu’il ne soit qu’une coquille vide dans laquelle ces principes protecteurs ne seraient que formels !
Comment peut-on imaginer en effet que notre République puisse être réellement forte et durable si les citoyens qui la composent, gouvernés comme gouvernants, ne s'astreignent pas à un comportement responsable.
Être responsable c’est pouvoir et devoir répondre de ses actes, et donc savoir anticiper leurs conséquences. C’est aussi prendre spontanément toute initiative nécessaire pour résoudre ses difficultés et celles de sa collectivité, dans la mesure de ses moyens propres, sans attendre que la solution vienne des autres. Nous sommes responsables de ce que nous faisons et de ce que nous ne faisons pas, mais aussi de ce que nous laissons faire et que nous pouvons empêcher.

Les trois principes qui constituent le fondement de notre République une et indivisible ne peuvent en effet devenir réalité que si tous les citoyens se comportent individuellement de façon responsable. Et si l’irresponsabilité civique n’induit pas la culpabilité pénale, il n’est pas excessif de penser qu’elle n’en constitue pas moins une faute grave contre l’esprit de la République.

La liberté de tous, d'intérêt général, se doit de respecter au mieux la liberté de chacun et la liberté de l’un s'arrête où commence la liberté de l'autre et  le bien public. Ce fragile équilibre exige donc un grand respect de l'autre de la part de chaque citoyen comme de tous les dirigeants. Or ce respect ne peut être imposé par la loi que de façon très limitée et imparfaite. Seul le sens civique de chacun d’entre nous, le sens de nos responsabilités de citoyen peut permettre d'atteindre à ce fragile équilibre.
Il n'est pas d'égalité de droit sans égalité de devoir. Et, si l'état de la société du XVIIIe siècle justifiait d'instaurer et d’affirmer les droits trop souvent méconnus ou bafoués de l’homme et des citoyens, il semblerait que notre époque aurait plutôt besoin d'une déclaration des devoirs. Le rêve de Victor Hugo de voir les droits reconnus aux citoyens enfanter naturellement les devoirs corrélatifs, ne s’est toujours pas totalement réalisé. Il escomptait certainement l'élévation du sens de notre responsabilité individuelle qui ne s’est pas réellement produite ; celui-ci n’a-t-il pas même plutôt décliné depuis cinquante ans avec l’élévation du niveau de vie, la banalisation des assurances dans les différents secteurs de notre vie, et la prise en charge collective d’une large part de nos dépenses sociales ?
Plus encore que les deux autres, le troisième principe républicain, la fraternité, ne peut devenir une réalité que si les citoyens se sentent mutuellement responsable les uns des autres, dans un esprit de solidarité véritable. Tout un chacun peut avoir besoin de l'aide de l'autre. Au-delà même du respect de nos obligations fiscales, nous devons accepter  en notre for intérieur d'aider celui qui est dans le besoin et, quand on reçoit ce soutien, le même sens civique, le même sentiment d’appartenance qui l’a suscité, doit nous conduire à ne pas en abuser. Cette solidarité vivante, de l'ordre de la responsabilité mais aussi de l'empathie, n'est pas l'assistance anonyme imposée aux uns et subis par les autres. Cette solidarité ne peut pas, ne doit pas se réduire à celle que développent les groupes, corporations et réseaux de tous ordres, au service d'une préférence  porteuse de divisions contraires au principe d’égalité et favorisant des alliances d'intérêt au détriment d’une véritable fraternité.

Une fois posée cette évidente nécessité pour la République du respect par tous du principe de responsabilité, du sens civique, que peut-on constater à ce jour à travers les comportements de nos dirigeants mais aussi les nôtres en tant que citoyen ? 

Depuis plus de 30 ans la France s'endette sans qu'aucun gouvernement n'ait mis un terme à ce processus diabolique. Sans vouloir entrer dans les détails des périodes et des justifications nous devons constater que nos dirigeants ont accepté pour les meilleures raisons du monde de persévérer dans l'augmentation des dépenses et des déficits aboutissant à la mise en cause de la solvabilité de notre État sur les marchés et à la mise en danger de notre solidarité future. Notre premier ministre avait déclaré lui-même que notre État était en faillite voilà cinq ans ; hors nous commençons à peine à nous attaquer à ce problème !
Cette course à la croissance par le déficit budgétaire a été préférée au chemin plus difficile des réformes structurelles et des décisions rationnelles dès lors qu'elles étaient impopulaires.
Peut-on dire que nos dirigeants ont été toujours très responsables ? N’ont-ils pas souvent choisi d’éviter l’impopularité pour préserver leur réélection plutôt que de travailler dans l'intérêt général. Les mêmes hommes, les mêmes partis reproduisent inlassablement les mêmes erreurs en raison d'une professionnalisation de la politique et du jeu partisan qui fausse les débats en entretenant ou en aggravant les clivages et en favorisant l'irresponsabilité du citoyen au détriment de la vitalité de notre République.

Mais nous autres, citoyens électeurs ne sommes-nous pas responsables de cautionner ce mode de fonctionnement en acceptant ce jeu partisan et une personnalisation abusive encouragée par des média accrocs des petites phrases et consacrée par des imitateurs somme toute bienveillants. Nous aimons bien jouer au jeu de massacre avec nos hommes politiques que nous condamnons périodiquement au purgatoire pour réclamer leur retour dès lors qu’ils se font un peu oublier !

Plus encore, la principale responsabilité des citoyens, notre responsabilité première, c’est de ne pas encourager l’irresponsabilité des politiques et les décisions démagogiques. Reconnaissons que nous avons un comportement quelque peu enfantin en voulant croire qu’un Etat se gère différemment qu’un ménage et que le volume d’argent public est à la discrétion des dirigeants politiques. Même l’exemple de la Grèce ne semble pas nous inquiéter : les Français nous dit un sondage trouve qu’on parle trop de crise, de dette et de déficit, voire de compétitivité des entreprises, et pas assez de pouvoir d’achat, d’emplois et de retraite !  Comment agir sur ceux-ci tant que ceux-là ne sont pas réglés ?

Nous sommes encore trop à attendre tout de l’Etat et à encourager le clientélisme ; et quelques-uns même à  abuser des allocations sociales ou à ne pas condamner la triche sociale. Malgré l’élévation continue de la durée des études et du niveau d’information et de savoir, nous n’avons toujours pas acquis, pour la plupart, ou ne voulons pas utiliser les rudiments d’économie et nous référer à la raison et aux réalités de la bonne gestion. Nous ne soutenons pas les décisions responsables, préférant la facilité du statu quo, encouragés par les groupes d’intérêt et l’opposition politique ou syndicale, plutôt que les réformes de nature à rendre notre pays plus performant.

Nous devons reconnaître aussi les bienfaits de notre société dont le mode d’organisation et de gouvernement reste un modèle pour bien de pays qui ne bénéficient pas des atouts de notre régime. Mais, même si la recherche du mieux peut être l’ennemi du bien, il reste que nous disposons encore d’une marge de progrès notable. Nous devons en prendre conscience, chacun à notre place, à notre rythme, et accepter notre implication personnelle, moins égoïste, plus responsable, dans l’amélioration de notre vivre ensemble.
Même si nous savons tous que seuls des Dieux pourraient faire vivre une République exemplaire !
Le 13 mars 2012

DONNADIEU Francois-Xavier

Né le 9 septembre 1942
Marié – 3 enfants


Conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes


Institut d'études politiques (IEP, Paris)
Doctorat de droit
Diplôme de criminologie
Ecole supérieure de guerre
 
Ecole spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr-Coëtquidan (1962-1964)
Ecole d'application d'artillerie de Châlons-sur-Marne (1965)
Ecole des officiers de la gendarmerie nationale (1973)
Commandant la compagnie de gendarmerie de Salon-de-Provence (1979-1981)
Chargé des affaires juridiques
     à la Direction générale de la gendarmerie (1982)
Conseiller référendaire à la Cour des Comptes (1985)
Maître de conférence en droit public à l'IEP de Paris (1985-1991)
Maître de conférence en finances publiques à l'ESM de Saint-Cyr (1989-1996)
Directeur de cabinet
     de M. Jacques Godfrain, Ministre délégué à la Coopération (1996-1997)
Secrétaire général
     du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables (depuis 1998)
Conseiller maître à la Cour des comptes (depuis 1998)
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Commandeur de l'ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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