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Liberté de conscience et mariage pour tous

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François Hollande avait annoncé que le mariage civil homosexuel, appelé plus délicatement mariage gay ou, plus généreusement, mariage pour tous, allait faire l’objet d’une loi. Votée, elle serait donc appliquée dans toutes les communes de France. Devant les réticences d’un nombre croissant de maires, et avant les manifestations de protestation des 17 et 18 novembre, le Président de la République avait reconnu, dans sa conférence de presse du 13 novembre, la "liberté de conscience" aux édiles qui refuseraient de marier deux personnes de même sexe. Il justifiait sa décision par la possibilité d’élargir les délégations des maires à leurs adjoints et, plus généralement, par le "texte de liberté", et non "de division" que serait la future loi.
Aussitôt, les militants du mariage homosexuel, et, par conséquent, de l’homoparentalité qui est l’enjeu ultime de leur combat, ont protesté contre le revirement apparent de François Hollande qui se rétractera quelques jours plus tard. Noël Mamère, toujours mesuré, a parlé d’une "capitulation en rase campagne". Quant au Nouvel Observateur, il a dénoncé le "socialisme mou qui dégouline méchamment sur sa droite" et "la lâcheté d’un chef de l’État", en le traitant avec élégance de "Flanby" et de "mollasson". La question, cependant, n’est pas celle du caractère plus ou moins flexible du Président de la République, mais celle de la liberté de conscience de ceux qui sont inflexibles. Et l’on ne peut être qu’inflexible devant la remise en cause de ce principe fondamental de notre culture qui est, précisément, la liberté de choix.

Or, les atteintes à cette liberté, à la fois liberté de pensée et liberté d’action, la réduisent comme peau de chagrin dès que quelqu’un, serait-il de gauche, met en question la doxa dominante. Ainsi la loi Veil, en 1975, avait accordé aux médecins la clause de conscience en matière d’avortement en se fondant sur le préambule à la constitution de 1946 selon lequel "nul ne peut être lésé dans son travail ou dans son emploi en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances". Et le Conseil constitutionnel, le 27 juin 2001, a décidé que "la liberté de conscience constitue l’un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République" (§ 13), en référence à l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi".

En dépit de ces principes juridiques, et, bien avant eux, des principes moraux qui ont conduit à les établir, les médecins qui font jouer leur clause de conscience en matière d’IVG sont critiqués par ceux qui ne respectent pas leurs choix tout en exigeant qu’on respecte les leurs. Il en va de même dans l’affaire du mariage pour tous. Ceux qui, religieux ou laïcs, anthropologues, psychiatres ou psychanalystes, et, plus généralement, citoyens hétérosexuels ou non, qui refusent ce simulacre de mariage, sont accusés de tous les maux, le conservatisme et la réaction étant les moindres, le fascisme et le totalitarisme étant les pires. Le problème n’est pas celui de la versatilité d’un président de gauche en matière de mœurs, mais celui de l’obstination d’hommes de gauche qui dénient à leurs adversaires la liberté de conscience qu’ils s’accordent à eux-mêmes.

Camus disait déjà que les progressistes de son temps, qui interdisaient à la droite de dénoncer les camps soviétiques, étaient "hémiplégiques"
(Le Parti de la liberté, 1956). La gauche d’aujourd’hui n’est toujours pas guérie de cette paralysie qui affecte son côté droit. La liberté de conscience ne saurait être qu’à gauche, et la servitude, comme l’inconscience, qu’à droite. On rappellera aux belles âmes que l’un des acquis de la culture européenne, de Platon aux Stoïciens, et de St Paul à Kant, a été la conquête de l’universel en matière de conscience. Et c’est la liberté, qui ne fait qu’un avec le droit de penser par soi-même tout en respectant les pensées d’autrui, qui permet d’accéder à cette conscience, la chose du monde la mieux partagée. Je ne dispute pas ici de la légitimité du mariage pour tous qui, à s’enfler à la mesure de la grenouille de la fable, risque d’exploser et de devenir un mariage pour personne. Je ne m’intéresse qu’au droit de tenir un discours, s’il le faut à contre-courant de l’opinion publique, dès lors qu’il s’appuie sur ce principe intangible qui est le droit à la liberté de conscience.
Le lecteur aura compris que mon propos est politiquement incorrect. Mais je prétends, comme Rousseau dans sa profession de foi, à "l’honneur de penser", et de penser différemment. Beaucoup d’homosexuels demandent la reconnaissance de leur sexualité différente tout en exigeant de la société une identité de traitement avec les hétérosexuels. Ils en ont le droit, puisque chacun doit penser et agir librement. Mais que leurs partisans n’imposent pas aux autres de renoncer à une liberté de conscience qui, à bien des égards, leur fait encore défaut.

Paru dans Le Figaro, 24 novembre 2012
MATTEI  Jean-Francois

Né le 9 mars 1941
Marié – 3 enfants
 
Professeur émérite à l’université de Nice-Sophia Antipolis


Agrégation de Philosophie
Doctorat d’État ès Lettres
Diplômé de Sciences politiques   
 
Chargé de cours à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence (depuis 1973)
Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis (depuis 1980)
     Directeur du département de Philosophie de 1984 à 1988
     Directeur du DEA de la formation doctorale "Philosophie et Histoire des Idées" (depuis 1995)
     Responsable du Master "Philosophie" (depuis 2004)
 
Conseiller auprès du Ministre de l’Éducation nationale en 1993-1994 (Cabinet du Ministre)
Membre du Conseil National des Universités (XVIIe section) de 1992 à 1995 (Vice-Président),
     puis de 1995 à 1998, et de 2003 à 2006
Membre du groupe d’experts n°6 en Sciences Humaines et Sociales
     de la Mission Scientifique et Technique
     du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 1994 à 1998, et de 2002 à 2007
Président de la Commission de spécialistes en Philosophie de l’Université de Nice depuis 1997,
     et membre des Commissions de spécialistes en Philosophie des Universités
     de Paris-Sorbonne (Paris IV) et de l’Université de Bourgogne (Dijon)
Membre du Conseil Supérieur Régional de la Recherche et de la Valorisation
     de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1994 à 1998
     Vice-Président responsable de la Commission n ° 2 (Sciences Humaines et Sociales)
Vice-Président de l’Académie Interdisciplinaire des Sciences de Paris depuis 1996
Membre de l’Institut universitaire de France (élu en 1996, réélu en 2002, membre du Bureau)
Membre du Comité d’Éthique
     du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement
     (CIRAD) (depuis 2000)
Membre du Conseil National pour un Nouveau Développement des Sciences Humaines  et Sociales
     (nommé par le Ministre de l’Éducation Nationale) de 1998 à 2001
Responsable en Philosophie et en Sciences humaines pour le
     (Comité Français d’Évaluation de la Coopération Universitaire avec le Brésil)
     (COFECUB) (depuis 1998)
Expert pour la philosophie auprès du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
 
Professeur invité à l’université de Marmara (Istanbul) depuis 1991
Professeur associé à l’université Laval (Québec) depuis 2003
 
Ouvrages
L’Étranger et le Simulacre - Essai sur la fondation de l’ontologie platonicienne (1983)
La métaphysique à la limite - Cinq essais sur Heidegger, avec Dominique Janicaud (1983)
     Traduction anglaise : Heidegger, from Métaphysics to Thought (New York, 1994)
L’exotisme de la raison, édition critique de l’ouvrage inédit (1770)
     de Nicolas BRICAIRE de la DIXMÉRIE, Le Sauvage de Tahiti aux Français,
     suivi d’un Envoi au Philosophe ami des Sauvages (Papeete, 1989)
L’ordre du monde - Platon, Nietzsche, Heidegger (Paris, 1989)
     Traduction espagnole (Buenos Aires, 1995)
La naissance de la Raison en Grèce (Actes du congrès de Nice de 1987) (1990) - réédition (2006)
Les Œuvres Philosophiques (volume III de l’Encyclopédie Philosophique Universelle,
     sous la direction de Jean-François MATTÉI
     Ce Dictionnaire recense 9 500 oeuvres de 5 500 penseurs de tous les temps et de tous les pays, en toutes disciplines, avec le concours de 1 500 collaborateurs français et étrangers (1992)
Pythagore et les pythagoriciens ("Que sais-je ?", 1993)
     Traductions grecque, roumaine, suédoise, chinoise. 3e édition revue et corrigée (2001)
Platon et le miroir du mythe, De l’Âge d’or à l’Atlantide (1996, réédition 2002)
Albert Camus et la philosophie, avec Anne-Marie AMIOT (1997)
Philosophie, éthique et droit de la médecine, avec Dominique FOLSHEID (1997)
Le Discours philosophique, volume IV de l’Encyclopédie philosophique universelle,
     sous la direction de Jean-François MATTÉI (1998)
La Barbarieintérieure - Essai sur l’immonde moderne (1999, 3e édition augmentée (2002)
     Traductions espagnole, roumaine, brésilienne
     Prix du Cardinal Mercier de l’université de Louvain (2001, réédition 2004)
Heidegger et Hölderlin - Le Quadriparti (2001)
Philosopher en français (Actes du colloque de Nice de 1999) (2000)
Civilisation et barbarie - Réflexions sur le terrorisme contemporain,
     avec Denis Rosenfield (2002)
     traduction brésilienne
Heidegger et l’énigme de l’être (2004)
     traduction chinoise
De l’indignation (2005)
Platon (2005, réédition 2007)
     traductions grecque, turque et chinoise
Nietzsche et le temps des nihilismes (2005)
La Républiquebrûle-t-elle ?, avec Raphaël Draï (2006)
L’Énigme de la pensée (Nice, Paris, Montréal, Bruxelles, Genève, 2006)
La Crisedu sens (2006)
Le Regard vide - Essai sur l’épuisement de la culture européenne (2007)
     Prix de littérature et de philosophie de l’Académie Française en juin 2008.
Albert Camus et la pensée de Midi (Nice, Paris, Montréal, 2008)
 
Fonctions éditoriales
Membre du Comité scientifique de la revue Les Études philosophiques (depuis 1985)
     du Conseil de rédaction de la revue Laval Théologique et Philosophique  (Québec) (depuis 1997)
Membre du Comité de rédaction de la revue Cités (depuis 2003)
Directeur de la revue Noesis (depuis 2003)
Directeur de la collection Thémis-Philosophie (depuis 1995)
Directeur de la collection "Chemins de pensée" (Nice, Paris, Genève, Montréal, Bruxelles) (depuis 2006)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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