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L'Histoire en classe de 5ème

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Les programmes d’Histoire de la classe de 5ème 

témoignent d’une volonté de façonner les esprits dans le sens d’une vision politique assez précise.
 
Le thème n°1 est consacré à la Méditerranée : "un monde d’échanges VIIe-XIIIe siècle". Dans ce thème l’étude de l’islam "débuts, expansion, société et culture" est obligatoire ;  ensuite les enseignants doivent choisir entre deux autres exemples : "les empires carolingiens et byzantin entre Orient et Occident" ou "Routes de commerce, échanges culturels".
Que la Méditerranée ait connu des échanges, commerciaux, culturels est une évidence. Elle n’en a pas moins connu des guerres, des actes de piraterie, le djihad et les Croisades,… etc. L’occulter s’apparente à une forme de révisionnisme. Restreindre l’histoire de la Méditerranée à un "doux commerce" est une vision idyllique, par laquelle on veut sans doute apaiser les tensions actuelles.
On peut aussi observer l’effacement des autres zones de l’Histoire européenne. Il n’y avait donc pas d’autres espaces politiques ou civilisationnels ? Ne pourrait-on évoquer devant les élèves de 5ème l’histoire de la Hanse ? Celle de l’Europe centrale avec l’empire allemand ?.... S'il y a au Moyen Age uns structure politique impressionnante c'est bien l'empire germanique. A l'heure où l'on veut faire l'Europe, réduire celle-ci à sa frange méditerranéenne est stupide.
Enfin cette distinction entre les thèmes obligatoires (ainsi l'islam) et ceux où on laisse le choix du contenu entre deux options, introduit évidemment une hiérarchie. Est-elle justifiée ? L'islam est-il plus important dans l'histoire de l'Europe que l'empire carolingien ou Byzance ?
 
Le thème n°2 est intitulé "Société, Eglise et Pouvoir politique dans l’Occident chrétien XIe-XVe siècles".
Au sein de ce thème sera obligatoire "la construction du royaume de France" et seront laissés au choix, soit "Une société rurale encadrée par l’Eglise" soit l’ "essor des villes et éducation".
La différence de traitement entre l’islam et le christianisme médiéval apparaît ici frappante. On voit l’islam comme religion, ce qui est nécessaire ; on le voit comme civilisation, ce qui est justifié. Mais on restreint le christianisme, même pas à une religion (il est vrai que la présentation en est faite en classe de 6ème) mais à l’Eglise et on restreint l’Eglise à son rôle d’encadrement social des campagnes. Et encore cela n’est-il qu’une option, à laquelle les enseignants pourront préférer celle consacrée aux villes et à l’ "éducation."
On en déduit donc logiquement qu’il n’y a pas de civilisation médiévale chrétienne. Pas d’églises gothiques ? Si l’on s’arrête un instant sur ce dernier point, on mesure l’ampleur de l’opération qui semble menée sous les auspices de Madame Belkacem et du directeur du conseil des Programmes, Monsieur Michel Lussaut ; on efface des programmes scolaires ces chefs d’œuvre d’architecture, ces prouesses techniques, mondialement connus, que sont les cathédrales gothiques, produits et symboles par excellence de la civilisation médiévale dont nous sommes les héritiers, n’en déplaise à ceux qui n’y voient qu’un "roman national".
L'intitulé du thème est en lui-même révélateur: "Société,  Eglise et Pouvoir politique dans l’Occident chrétien XIe-XVe siècles" : un monde où l'Eglise est l'articulation entre le pouvoir et la société, donc une force d'encadrement social. Ce n’est pas faux mais l’Eglise ne se limitait pas à cela : on a depuis longtemps montré que l’accompagnement était aussi important que l’encadrement. Le programme oublie au passage le contenu et les manifestations de la foi (ainsi les pèlerinages), les différentes expressions artistiques (sculptures, vitraux, fresques).
 
Je ne m’attarde pas sur le troisième thème qui couvre les XVe-XVIIe siècles. La période parcourue est immense, trop vaste pour être bien assimilée. Une part importante de l’histoire de l’Europe passe aux oubliettes. On peut aussi regretter la disparition de l’étude d’une civilisation africaine et que, comme d’habitude, l’Extrême-Orient soit totalement occulté. Une planète terre sans l’Inde, la Chine, le Japon… A l’heure de la mondialisation, ce nouveau programme donne de l’histoire du monde une vision étriquée, donc fausse, et tend à faire disparaître de l’enseignement les éléments les plus spectaculaires de la civilisation européenne.
Il ne restera plus aux parents qu’à emmener leurs enfants à la Sainte Chapelle, à Laon, à Amiens, à Albi, à Reims etc.
GOUGUENHEIM Sylvain

Né le 6 août 1960
Marié – 2 enfants

Historien médiéviste


Agrégation d'histoire
Thèse de doctorat
     L'eschatologie dans la vie et l'œuvre d'Hildegarde de Bingen
     Université de Paris X-Nanterre (sous la direction d'André Vauchez)

Enseignant dans le secondaire (1982-1994)
Maître de conférences à Paris I  (1994)
Professeur d'histoire médiévale
     à l'École normale supérieure lettres et sciences humaines de Lyon (depuis 2005)
Habilitation : "Par delà le pape et l’empereur : l’Ordre teutoniqueen Prusse dans la première moitié du XIIIe siècle"
Membre  de l’Internationale Historische Kommission zur Erforschung des Deutschen Ordens

Ouvrages
La Sibylle du Rhin : Hildegarde de Bingen, abbesse et prophétesse rhénane,
     Publications de la Sorbonne, Paris, (1996)
Les fausses terreurs de l'an mil : attente de la fin des temps ou approfondissement de la foi ?
     Editions Picard, Paris, (1999)
Les Chevaliers teutoniques, éditions Tallandier, Paris, (2007)
Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne.
     Editions du Seuil, coll. « L'univers historique », Paris, (2008)
Regards sur le Moyen âge : 40 histoires médiévales, éditions Tallandier, Paris, (2009)
La réforme grégorienne. De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde
     Editions Temps Présent, Paris, (2010)

     En collaboration
L'Europe occidentale chrétienne au XIIIe siècle : études et documents commentés
     avec Jean-Patrice Boudet et Catherine Vincent (avec une préface de Michel Parisse),
     Editions SEDES, coll. « Regards sur l'histoire », série « Histoire médiévale », Paris, (1995) L'Allemagne au XIIIe siècle : de la Meuse à l'Oder
     avec la collaboration de Pierre Monnet et Joseph Morsel,
     (sous la direction de Michel Parisse) , Editions Picard, Paris, (1994) 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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