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Affaire Vincent Lambert

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Affaire Vincent Lambert : la vidéo, nouvelle étape de la tragédie
 
Il devrait y avoir dans nos sociétés une idée plus précise de ce qui est ob-scène, c’est-à-dire qui ne doit pas être mis en scène. C’est le cas pour cette vidéo de Vincent Lambert. Elle est faite pour solliciter les émotions et pour soulever les prises de positions grâce aux images d’un mourant servant pour ainsi dire d’appât. Ce qui est délétère, et même honteux. Où l’on voit que l’industrie médiatique a les dents longues et toujours une longueur d’avance. Même si nous sommes, en l’espèce, dans un cas de vie ou de mort et que ce gouffre peut entraîner à tous les excès, il est malheureux qu’une famille se prête à cette démonstration pour essayer d’avoir le dernier mot, il est scandaleux que les médias jouent le jeu en publiant cette vidéo. Tout cela manifeste à quel point nous sommes, qui que nous soyons, les otages de la communication - et notre honneur serait de quitter cette prison.
 
Les questions dites sociétales sont devenues un enjeu si puissant (les questions sociales, insolubles, étant jetées aux oubliettes) que deux courants de pensée s’y affrontent dans un manichéisme bien regrettable. Et ces deux courants traduisent ici les deux opinions contraires des proches de Vincent Lambert.
Le premier courant, supporté ici par la mère du malade, défend la vie quoi qu’il arrive, dans la tradition occidentale, ou si l’on préfère, chrétienne - on ne noie pas les bébés mal-formés, on n’envoie pas les vieillards en haut des cocotiers, on ne se suicide pas. Ce courant sollicite des pétitionnaires et se nomme dépositaire d’une culture de vie face à une culture de mort. Ces deux concepts établis par Jean-Paul II en une célèbre encyclique ne peuvent être réduits au rang de slogans. C’est comme si, adepte d’un parti conservateur, on disait que les conservateurs veulent le bien commun pendant que les socialistes veulent le mal commun. Un peu de sérieux. Les partisans de l’euthanasie ne défendent pas une culture de mort : ils sont des païens - le mot n’est pas une injure mais une appellation objective - dans des sociétés inspirées depuis des millénaires par la chrétienté.
 
Ceux qui défendent l’euthanasie ne sont pas moins fanatiques. Forts d’une opinion dominante (non pas majoritaire sans doute), ils multiplient les admonestations et traitent les premiers de ringards et même de salauds - ce qui dans leur esprit revient au même. Ils choisissent les programmes de télévision en fonction de leur combat - peu de soirs où l’on ne se trouve ici ou là en face d’un film glorifiant l’euthanasie. Ils présentent l’euthanasie et le suicide assisté comme les expressions les plus glorieuses de la dignité humaine, notion qu’ils ont carrément usurpée et recyclée à leur profit.
Les gouvernants de l’Europe bruxelloise jouent cette partition avec enthousiasme et succès. On se demande d’ailleurs d’où vient cette exaltation véhémente pour la piqûre létale. Bien sûr, il y a la volonté de parvenir à l’extrême de la volonté individuelle. Mais j’ai tendance à croire qu’il y a aussi là une volonté profonde de clouer au sol les vieux principes d’obédience chrétienne. Et ça marche, puisque cela fait surgir en face des gens dans l’autre sens tout aussi excités, donc inaudibles.
 
Étant donné les capacités actuelles presque infinies de la médecine pour nous garder en vie, dans quelque état que ce soit, il est normal que nous nous interrogions à nouveaux frais sur la fin de vie. D’où l’intelligence de la loi Leonetti et tout ce qui concerne la récusation de l’acharnement thérapeutique. Même si l’on continue à dire que l’on protège la vie, on ne peut pas raisonner de la même façon devant des gens qui mouraient comme des mouches depuis le berceau et devant des comateux prolongés que la médecine peut désormais faire vivre interminablement.
Cependant, les choses sont très compliquées, parce que nous ignorons désormais comment nous conduire. La réponse est que chacun de nous en est seul juge. Devant toutes ces tragédies dont l’une éclate aujourd’hui sur nos écrans, nous devrions trouver ce terrain d’entente entre les partisans de la "culture de vie" et les partisans de l’euthanasie : chacune de ces situations est atypique, exceptionnelle en raison de son caractère toujours tragique, et doit par conséquent être laissée à la décision individuelle. Le drame de l’affaire Lambert vient justement du fait que la famille se déchire sur la réponse à apporter en ce cas précis, sur la décision à prendre dans cette circonstance exceptionnelle et tragique.
 
La complexité s’accroît si l’on pense - et on n’accepte pas toujours de le penser - que nous ne pouvons pas, chacun d’entre nous, écrire valablement dans un testament ce que nous ferions dans ces sortes de circonstances. D’abord parce que ces situations sont trop spécifiques pour pouvoir être vraiment examinées à l’avance. Et, surtout, parce que dans ces situations vous viennent des ressources inattendues qui peuvent vous permettre de supporter l’insupportable, de devenir une personne différente de celle que vous étiez en pleine santé. Les testaments de vie ont une signification limitée.
Ce qui reste honteux, en tout cas, c’est de voir, quel qu’en soit le motif, une famille instrumentaliser la personne la plus faible qui soit - ailleurs ce peut être un enfant, ou ici un comateux - pour en appeler à l’opinion par médias interposés.
Si l’on croit sa propre cause juste, on la dégrade en offrant ainsi la victime aux regards. Les partisans de l’euthanasie ont coutume d’utiliser ce procédé répugnant. On peut regretter que tout le monde s’y mette.

Le Figaro, 13 juin 2015
DELSOL  Chantal

Née le 16 Avril 1947
Mariée - 6 enfants.


Membre de l'Institut
Professeur des universités


Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)
Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)
Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)
Création et direction du Centre d'Etudes Européennes : 
     enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République
     Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.
Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 
Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 
Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca
Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 
     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,
Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 
     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 
     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)
Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique
Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde
Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires
Romancière

 

Ouvrages 
Le pouvoir occidental (1985) - La politique dénaturée (1986) - Les idées politiques au XX° siècle  traduit en espagnol, tchèque, arabe, russe, macédonien, roumain, albanais - L'Etat subsidiaire  Prix de l'Académie des Sciences Morales et politiques  (1992) traduit en italien, roumain - Le principe de subsidiarité(1992) traduit en polonais - L'Irrévérence essai sur l'esprit européen (1993) - L'enfant nocturne (roman) (1993) - Le souci contemporain
(1993) - traduit en anglais (USA) - Prix Mousquetaire - L’autorité (1994) - traduit en coréen - Démocraties: l'identité incertaine (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - La grande Europe ? (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - traduit en espagnol - Histoire des idées politiques de l'Europe centrale (1998) - Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques - Quatre (roman) (1998) - traduit en allemand, en polonais - Eloge de la singularité, Essai sur la modernité tardive (2000) - traduit en anglais (USA) Prix de l’Académie Française Mythes et symboles politiques en Europe Centrale (collectif) (2002) - traduit en roumain - La République, une question française (2003) - traduit en hongrois -  La Grande Méprise, essai sur la justice internationale  (2004) - traduit en anglais (USA) - Matin Rouge (2004) -  Dissidences  (2005) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Michel Maslowski et Joanna Nowicki) -  Les deux Europes  (2007) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Mate Botos (Université Pazmany Peter, Budapest) - Michel Villey, Le justepartage (2007) avec Stéphane Bauzon (Université Tor Vergata, Rome) - L'Etat subsidiaire (2010) - La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (2011) - Les Pierres d'angle  (2014) - Populisme, Les demeurés de l'Histoire (2015) - Le Nouvel âge des pères (2015) - La Haine du monde, totalitarismes et postmodernité (2016) -

Articles et collaborations
édités dans diverses publications françaises et étrangères 
 
Conférences
Nombreuses communications dans des colloques nationaux et internationaux, en France et à l’étranger (Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Bulgarie, Canada, Colombie, Etats-Unis, Grande Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Moldavie, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Suisse, Ukraine, Venezuela)

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