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Les jeunes et l'amour

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"Les jeunes rêvent à l’amour durable mais n’y croient pas"
 
Ce qui me frappe chez les jeunes Français, c’est qu’il s’agit d’une génération qui découvre la vie affective à travers la notion d’expérience. Pour aborder le sujet de l’amour, ils pensent qu’il faut faire son expérience. Ou mieux : des expériences. Physiques, si possible. Pour mes élèves, qui ont en moyenne 17-18 ans, si, à cet âge-là, ils n’ont pas déjà eu une ou plusieurs expériences affectives ou sexuelles, c’est qu’ils ont un problème.
A quoi ce phénomène est-il dû ?
 
C’est le fruit d’une pression collective "naturelle" : pour les choses de l’amour comme pour le reste, entre 13 et 18 ans, on éprouve le besoin de se prouver des choses à soi-même et au reste du groupe auquel on appartient pour montrer qu’on existe. Parallèlement, on voit très bien l’impact de ce que Michel Foucault a appelé "le caractère prescriptif de la statistique". Les statistiques ont une valeur normative : si elles établissent que la majorité des garçons de 16 ans ont déjà fait l’amour au moins une fois, tous les garçons de 16 ans pensent qu’ils doivent avoir fait l’amour au moins une fois pour être considéré comme "normaux".
Il y a un dernier élément qui entre en ligne de compte, c’est le vide laissé par le discours éducatif. La seule réponse que le système scolaire propose aux questions des jeunes sur l’amour, c’est le pack contraception qui permet aux mineurs d’aller chez les médecins ou les pharmaciens sans passer par leurs parents ! Le message envoyé est donc le suivant : il est NORMAL pour un adolescent d’utiliser ce pack, donc de faire l’amour - et par conséquent sans doute anormal de ne pas le faire.
 
Mais la génération à laquelle appartiennent mes élèves est une génération éminemment paradoxale. Car, tout en ayant inventé les fellations tarifées dans les toilettes des collèges, elle tient un discours théorique sur l’amour d’un incroyable traditionalisme où reviennent les notions de fidélité, de règles, d’amour vrai, etc. Dans mes cours de philo sont souvent abordées les questions du bonheur, de la relation avec l’autre, et toujours ressortent l’espoir et l’envie d’aimer et d’être aimé, et ce durablement. Mais aussi la certitude que ces espoirs sont vains. Pour résumer leur état d’esprit en une formule, il me paraît que les jeunes rêvent de vivre toute leur vie avec la même personne en fondant avec elle un foyer, une famille, tout en pensant que ce n’est pas possible !
C’est d’ailleurs exactement la conclusion des travaux du philosophe et sociologue Zygmunt Bauman, auteur de L’Amour liquide et de La Vie liquide, dans lequel il décrit la société occidentale comme celle de la dissolution de tous les liens solides. Selon lui, les jeunes qui ont grandi dans la "société liquide" aspirent, une fois adultes, à instaurer des liens solides… mais doutent fortement de pouvoir y parvenir !

Paru dans Le Figaro Magazine, 12 février 2016
BELLAMY Francois-Xavier

Né le 11 octobre 1985
Célibataire


Professeur de philosophie


Ecole Normale Supérieure (Ulm)
Maîtrise en éthique et en philosophie politique - Paris IV Sorbonne
Agrégé de philosophie
 
Chargé de mission pour les études au cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication (2006-2007)
Conseiller technique au cabinet du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice (2008-2009)
 
Depuis 2008 : maire adjoint (sans étiquette) à Versailles, délégué à la Jeunesse et à l'Enseignement supérieur

Ouvrages
Les Déshérités ou l'urgence de transmettre (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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