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La "machine à faire des dieux"

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La "machine à faire des dieux"
 
Il est fréquent dans la bien-pensance ambiante d’estimer que les analyses menées par Jean Baudrillard ou Jean-François Lyotard sur le passage de la modernité à la postmodernité seraient dépassées, redondantes. Comme s’il s’agissait d’une mode et que les notions qu’on utilise pour saisir les mutations du temps long devaient changer à la vitesse de la longueur des jupes.
Il faut reprendre le flambeau ! Car poser le fait qu’une époque et les valeurs qui la caractérisaient se termine et que d’autres valeurs émergent est un constat au long cours. Et je pense que nombre de ceux qui se gaussent de la constance dans le repérage des caractéristiques de la postmodernité ressemblent à cette bourgeoisie que critiquait Karl Marx quand il constatait qu’ayant profité de la Révolution pour s’établir, elle croyait pouvoir arrêter ensuite le cours des choses et  disait-il "(pour elle) il y a eu de l’histoire, mais il n’y en a plus !"
Sans doute les élites françaises, bien assises sur les valeurs qui ont fait la modernité ne souhaitent–elles pas voir que le monde change.
Ou alors elles tentent de cacher la fin de la modernité en parlant d’hypermodernité, de modernité tardive, seconde modernité et autres vocables de la même eau. Mais comme le disait Camus, "mal nommer les choses ajoute au malheur du monde". Admettons donc que nous sommes en train de changer d’époque et analysons ce qui est et non ce que nous voudrions inchangé :
- la République n’est plus une et indivisible et nous assistons à la (ré)émergence d’une res publica vivant d’uni-diversité.
- le retour d’un "sacral" multiforme ne nous permet plus de rester figé sur un laïcisme on ne peut plus désuet. Surtout en un moment où la technologie est en train de réenchanter le monde.
- Le rationalisme propre aux Lumières a fait son temps en un moment où celles-ci deviennent quelque peu clignotantes et où l’émotionnel occupe le devant de la scène.
- La Vérité universelle laisse la place à un relativisme qu’on ne doit pas comprendre comme un "tout se vaut", mais, plus positivement, une relativisation de la Vérité dogmatique et, donc, la mise en relation des vérités plurielles. "Polythéisme des valeurs" reprenant une indéniable force et vigueur.
 
Face à une telle mutation, l’éloquence de la chaire laïciste pratique une rhétorique redondante, mais ne s’embarrasse pas de penser. Car, on le sait, penser est difficile, c’est pourquoi il est, en général, plus aisé de juger.
Il y a une complète différence entre une authentique laïcité et le laïcisme dogmatique dont on nous tambourine les oreilles.
D’antique mémoire, la vraie laïcité c’est la structurelle tolérance propre à la sagesse populaire : "il faut de tout pour faire un monde." C’est là que l’esprit laïque, venant de laos (peuple) trouve ses racines profondes. Le laïcisme quant à lui est une idéologie dogmatique propre, quelle qu’en soit la forme, au cléricalisme lui aussi éternel ! D’un côté tolérance à tous les signes privés et publics du religieux (le religieux est tout sauf individualiste, par définition il rassemble, relie des fidèles ou des initiés entre eux), sans qu’aucun ne soit ne puisse se prévaloir d’une supériorité – c’est cela le relativisme) et de l’autre soit volonté de faire de l’absence de référence au divin un dogme universel, soit religion d’Etat, au fond deux faces du même monothéisme.
 
Deux autres concepts de la modernité sont brandis avec autant de fermeté et d’abondance. Le progrès et la lutte contre le "communautarisme".
C’est à se demander si la logorrhée bien-pensante n’est pas, avant tout, un itinéraire de fuite. Fuite devant le Réel en sa dure réalité. En effet, il n’y pas pire communautariste que celui qui clame haut et fort, un républicanisme outrancier !
Ce sont en effet ces élites qui savent se servir le mieux de leurs diverses appartenances à des tribus d’anciens, de clubs, de corporations…
De même l’intolérance cléricale étant leur fond de commerce, l’attitude inquisitrice règne en maître chez les défenseurs de la laïcité à tous crins. Ils ne sont en fait que des fournisseurs d’épithètes. Instinctivement moutonniers et bien-pensant, leur conformisme logique fait que ceux-là mêmes se targuant d’être "libres-penseurs" ne sont, ainsi que le rappelait ironiquement Nietzsche, ni libres, ni penseurs !
Car la liberté et notamment la vraie liberté d’expression, n’est-elle pas de dire ce que l’on pense et non pas de se contenter de dire ce qu’il faut penser ? Mais, on ne le répètera jamais assez, encore faut-il penser ! Penser ce qui est et non ce qui pourrait ou devrait être.
De nos jours la rhétorique sonore se barbouille de science, ce qui serait le propre du progressisme. Pourtant on commence à le reconnaître, il n’y a pas de Progrès, mais il peut y avoir des progrès ponctuels. Différence qu’il faut dire et redire entre le mythe progressiste et le réalisme de la progressivité.
 
Portons un regard en arrière sur les idéologies meurtrières du siècle passé qui au nom de la construction d’un homme nouveau (progressisme) ont engendré les pires barbaries et voyons comment de nos jours encore le monothéisme et le nationalisme exacerbés fondent les guerres de conquête et les extrémismes sanguinaires.
Au contraire, la tolérance, enracinée dans un Réel concret, s’accommode de la diversité de l’existence et du besoin de reliance, plus ou moins mystérieuse, qui taraude toute société.
Reliance, religiosité. Voilà ce qu’il convient de reconnaître : au-delà du matérialisme effréné propre à la modernité qui a entraîné une dévastation du monde et des esprits, le resurgissement de l’immatériel. Pour reprendre une intuition de Jean Baudrillard : le besoin relativisé, ou mieux complété par le désir.
C’est cet "homme du désir" qu’il ne suffit pas de dénier, mais qu’il faut savoir gérer. Reprenant une formule de Bergson, Serge Moscovici, dans un livre tout à la fois attachant et prospectif rappelle que la société est une "Machine à faire des dieux." La sagesse consiste à reconnaître une telle propension et à trouver les moyens de la ritualiser. Et ce, afin d’éviter que, par un retour du refoulé, elle ne devienne perverse. L’actualité n’étant pas avare d’exemples en ce sens !
Voilà en quoi le repli sur l’âge d'or de la modernité - les Lumières du 18ème siècle, les théories de l’émancipation du 19ème – n’est pas des plus pertinent. Et il faut, d’ailleurs, noter que les jeunes générations n’adhèrent plus à un tel "logiciel". Les donneurs de leçons ne font plus recette. Tout simplement parce que l’on pressent que le moralisme est tout à la fois le signe d’un fort ressentiment et d’une attitude méprisante. Il est le fait d’un entre-soi exacerbé. N’est-ce pas cela qui caractérise en son sens étymologique la cléricature ? Les "clercs" sont séparés. Ils ne font plus partie de la simplicité de l’existence. Et, du coup, on ne les écoute plus. Leur verbiage est à usage interne. C’est alors que le peuple fait sécession. Ce qui n’est pas sans danger !
MAFFESOLI Michel

Né le 14 novembre 1944
Marié - 4 enfants.
 
 
 
Professeur de sociologie à la Sorbonne    (titulaire de la chaire "Emile Durkheim")
Docteur Honoris Causa    (Universités de Bucarest, Porto Alegre, Braga)
 
 
 Doctorat ès Lettres et Sciences humaines
     La dynamique sociale (sous la direction de G. Durand, 1978)
     Jury : J. Freund, G. Balandier, J. Duvignaud, P. Sansot.
Doctorat en sociologie, à l'Université de Grenoble
     L'histoire comme fait social total (sous la direction de G. Durand, 1973)
Études supérieures (philosophie, théologie et sociologie) à l'université de Strasbourg
 
 
Professeur des universités  (Université Paris V - Sorbonne sciences humaines)  depuis août 1981
Maître assistant à l'université de Strasbourg (1978-1981)
Attaché puis chargé de recherches à l'université de Grenoble
     co-directeur de l'équipe de sociologie urbaine (ESU) (1972-1977)
 

Membre de l’institut Universitaire de France
Directeur du Centre d'Etude sur l'actuel et le quotidien (CEAQ (Paris Descartes)
Directeur du CRI (MSH)
Administrateur du CNRS
Membre de l’Académie Européenne des Sciences et des Arts
Création d’une chaire "Michel Maffesoli" - Université "De las Americas", Puebla, Mexique (2006)
Vice-Président de l’Institut International de Sociologie (II.S)
Membre élu de l’Academia Scientiarum et Artium Europaea
Membre du Prix Européen des Sciences Sociales (Premio Amalfi)
Prix de l’Essai André Gautier (1990)
     (Au Creux des Apparences)
Grand Prix des Sciences Humaines de l’Académie Française (1992)
     (La Transfiguration du Politique)
 
 
Directeur de Sociétés,
     revue internationale des sciences humaines et sociales, éd. De Boeck, Louvain
              desCahiers de l’Imaginaire, éd Presses Universitaires, Montpellier
Directeur du Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien (CEAQ),
     Laboratoire de recherches sociologiques en Sorbonne.
Directeur du Centre de Recherche sur l'Imaginaire
     (Président d’honneur : G. Durand), à la Maison des Sciences de l'Homme (MSH)
 
 
Professeur  invité et conférences
     Universités :
Amsterdam, Athénes, Belo Horizonte, Berlin, Beyrouth, Bologne, Brasilia, Bratislava, Brighton, Bruxelles, Bucarest, Cambridge, Campinas, Casablanca, Chicoutimi, Chicago, Columbia, Düsseldorf, Fes, Fortaleza, Friburg /Brisgau, Genève, Helsinki, Joao Pessoa, Kyoto, Lausanne, Lima, Londrina, Los Angeles, Louvain, Madison, Marrakech, Mexico, Milan, Minéapolis, Montréal, Natal, Neuchâtel, New-York University, Harward, Oran, Ottawa, Palerme, Perugia, Porto Alegre, Prague, Puebla, Pusan, Quebec, Rabat, Recife, Rimouski, Rio de Janeiro, Rome, Salerno, Salonique, Santiago, San Diego, São-Paolo, Séoul, Sobral, Tokyo, Toronto, Trèves, Tunis, Vancouver.



Ouvrages
Logique de la domination, PUF (1976) traduit en italien, espagnol, portugais - Essais sur la Violence, banale et fondatrice, Méridiens-Klincsieck, Paris (1984) - La violence totalitaire, Méridien-Klincksieck (1979) traduit en italien, espagnol, portugais - La conquête du présent (1979) traduit en italien, espagnol, portugais, japonais - Réédition, Desclée de Brouwer (1998) - L'ombre de Dionysos, contribution à une sociologie de l'orgie, Le Livre de Poche 1991 - 1ère éd (1982) traduit en italien, espagnol, portugais, anglais, allemand, japonais - La connaissance ordinaire, Méridiens Klinsieck, 1985 traduit en  italien, espagnol, portugais, anglais - Le temps des tribus, 3ème édit La Table Ronde (2000) (1er ed.1988) traduit en italien, espagnol, portugais, anglais, japonais - Au creux des apparences (1990)      traduit en portugais, italien - Le Livre de Poche (1993) - La Transfiguration du Politique (1992) traduit en portugais (1995) - La Contemplation du Monde, Figures du style Communautaire, traduit en finnois, anglais, portugais, italien, japonais - Le Livre de Poche (1993) - Éloge de la raison sensibleLa Petite vermillon, éd La table Ronde(1996) traduit en portugais, espagnol, italien - Du Nomadisme, vagabondages initiatiques (1997) traduit en portugais, italien, espagnol - Le mystère de la conjonction Fata Morgana (1998) traduit en italien - L’Instant éternel, retour du tragique dans les sociétés postmodernes (2000) traduit en espagnol, roumain - La Part du Diable, précis de subversion postmoderne (2002) - Le Rythme de la vie, variation sur l’imaginaire postmoderne, La table Ronde (2004) - Le Réenchantement du monde, une éthique pour notre temps, La Table Ronde (2007) - Iconologies, nos idolâtries postmodernes, Ed Albin Michel. (2008) - Apocalypse, CNRS édtions (2009) - Matrimonium, petit traité d’écosophie, CNRS éditions (2010) - Le temps revient, formes élémentaires de la postmodernité, Desclée de Brouwer (2010) - La  République des bons sentiments, et autres écrits de combat - Rééd. Desclée de Brouwer, coll. Factuel (2010) - Sarkologie Albin Michel (2011) - Homo Eroticus, des communions émotionnelles (2013) - La France étroite, face à l’intégrisme laïc, l’idéal communautaire - avec Hélène Strohl (2015) - La Parole du silence (2016) -
 
     Collectif
Anthropologie des Turbulences, hommage à G. Balandier, Ed. Berg (1985)
La Galaxie de l'imaginaire, dérive autour de l'œuvre de G. Durand. Ed. Berg (1980)
 
     Articles dans des revues scientifiques
Cahiers internationaux de sociologie (Paris)
Recherches sociologiques (Louvain)
Revue de l'Institut de sociologie (Bruxelles)
Revue européenne des sciences sociales (Genève)
L'homme et la Société (Paris)
Espaces et sociétés (Paris)
Revue des sciences morales et politiques (Paris),
Current Sociology (Londres, New-York)
Telos (New-York)
Sociologia Internationalis (Cologne)
Socio-Logos (Moscou)
Sociologia (Tokyo)
Langagem (Lisbonne)
... etc.
 
     Ouvrages consacrés à M. Maffesoli
Reliance et Triplicité, Cahiers Rier, UQAM, Montréal, N° 4 (1984)
A l'Ombre du Rationalisme, ed. St- Martin, Montréal (1984)
Pour  cesser de haïr le présent, miscellanées autour de l’œuvre de MichelMaffesoli,
    Ed.Balzac, Montréal (1992)
Elogio del Hombre ordinario (P. Alzuru) Mérida,Venezuela (1999)
Dérives autour de l’œuvre de Michel Maffesoli, Ed L’Harmattan (2004)
R. Keller : M.  Maffesoli, Eine Einführung UKV  Konstanz (2006)
 
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier de l'Ordre national du Mérite
Chevalier des Palmes Académiques
Chevalier du Mérite agricole
Officier des Arts et Lettres

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