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The Square

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Sacré et tabou, l’art contemporain est incritiquable : la preuve par The Square 
 
The Square, Palme d’or à Cannes, est une date dans l’histoire de l’art.
En effet, c’est la première fois que, depuis son apparition au tournant des années 60, "l’art contemporain" essuie une critique hyper-visible, destinée à tous les publics. Ce courant, en rupture radicale avec la notion originelle d’art, a annexé les qualificatifs "d’art" et de "contemporain", excluant ainsi toutes les autres expressions artistiques. Son principe proclamé est de déconstruire, vider de sens et ruiner contextes, œuvres et références établies.
The squareest un film à la fois drôle, cruel et réaliste. Il décrit les pratiques de l’art contemporain, ses collectionneurs, institutions et médias créateurs, en cercle fermé, de sa valeur "bancable", défiscalisable et symbolique. Son impact immédiat a été de semer l’effroi dans la partie la plus en vue de la classe médiatique !
 
D’autres films ont déjà abordé le sujet. Parmi eux, Musée haut, musée bas, léger, drôle et poétique. Des films documentaires s’y sont aussi risqués : Le marchand, l’artiste le collectionneur, de Jean Luc Léon (1996), La ruée vers l’art, de Marianne Lamour (2013). Ils ont suscité, alors, l’intérêt du public désireux d’élucider le mystère de sa valeur, mais aussi le silence médiatique.
 
Par ailleurs, c’est un fait, peu connu mais réel : la critique cultivée de l’art contemporain est aujourd’hui accomplie.
Fruit de plusieurs décennies de recherches et de publications : des historiens d’art ont retracé son histoire, des sémiologues ont repéré les hold-up sémantiques du mot "art" et "contemporain", des philosophes ont identifié la nature de cette pratique, des sociologues ont élucidé son contexte institutionnel, des économistes connaissent le mécanisme de la formation de sa valeur.
Grâce au pouvoir instructif de la métaphore et du cinéma, Ruben Östlund en fait un sujet pour le grand public. Il va droit au nerf de la manipulation de l’art contemporain, en montrant le ressort de la confusion créatrice d’or : le sermon moral, les bons sentiments, l’humanitarisme et les engrenages obscurs de la culpabilisation. Malgré un jury unanime et une standing ovation inhabituelle du public, on observe dans commentaires et gros titres l’opposition convulsive d’une classe de critiques dans les grands médias. L’arme habituelle du silence pour ce qui déplaît est ici impossible : on ne plonge pas dans le silence un film palmé d’or.
 
Quels sont donc les arguments ? De façon générale, ce véritable clergé considère que la palme aurait dû être attribuée à un film légitime, dans l’ADN du Festival de Cannes, noir, désespéré et culpabilisateur : le film culte des martyrs LGBT : 120 battements par minute.
Ainsi, pour le correspondant de Télérama, The Square n’est pas un film sérieux ; c’est une "blague Carambar", "le jury a fait dans la facilité". Par ses mots, il nie l’extrême violence symbolique des procédures de l’art contemporain qui humilient, tournent en dérision, culpabilisent le regardeur, "pour son bien". L’art contemporain est, de fait, une religion au culte fondé sur la violence et la transgression. Toute critique à son égard est insensée, impossible, taboue. Il ne peut donc être qu’objet d’anathèmes.
Il est qualifié, dans 20 Minutes, de "violent", "vulgaire", "insupportable", "soulignant la culpabilité des riches", "un regard acide sur le monde". On observe curieusement là un effet miroir car ces caractéristiques sont précisément les buts et les méthodes de l’art contemporain. 
De même, le critique de L’Obs titre : "Le jury a favorisé le cynisme à l’humanisme." Il attribue donc le cynisme au cinéaste et non à la réalité qu’il décrit. Il ajoute : "Ruben Ôslund a explosé en plein vol", pour ne pas voir que cela pourrait bien être l’art contemporain qui a été exécuté, en raison de son dévoilement. Dans Libé, le critique proteste : "Pedro Almodovar a choisi le nihilisme." Curieux… puisque l’art contemporain s’affirme d’essence nihiliste et prône la vidange permanente du sens comme procédure bienfaitrice. Diffusé en septembre, l’anathème jeté sur ce film réussira-t-il à en détourner le public ? Il tranchera.

Paru sur Boulevard Voltaire, 10 juin 2017
KERROS de  Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

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