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Simone Veil...

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Simone Veil : une impossible contagion...
 
La cérémonie du Panthéon pour Simone Veil et son époux Antoine aura lieu dans la matinée du 1er juillet et la veille la France aura rencontré l'Argentine en huitième de finale.
D'abord une ferveur nationale pour le ballon rond puis la consécration grandiose mêlée d'émotion populaire d'une grande dame de France.
Pour ceux nombreux qui regarderont à la télévision ces deux événements réunis par l'actualité mais incomparables, il y aura un télescopage entre l'admiration officielle et l'espérance sportive, entre la reconnaissance due à une personnalité exceptionnelle et l'impatience imprégnée d'inquiétude à l'égard d'une équipe de France jusque-là décevante.
Le passé en majesté. L'avenir ludique. La France dans tous ses états.

Pour Simone Veil un événement dérisoire mais rarissime m'a marqué lors du débat animé par Patrick Chêne sur LCI. Je me suis retrouvé en accord avec Christiane Taubira ! Elle a en effet, comme moi, dans une déclaration enregistrée, souligné que personne véritablement ne pourrait s'inspirer de Simone Veil et suivre ses traces.
Si elle avait parfois un mauvais caractère et était, selon son fils Jean, une "rebelle", ce ne sont pas ces caractéristiques qui la définissaient et suscitaient la forte adhésion des Français. Sa personnalité apparemment n'était pas de celles qui créent naturellement un consensus.
Elle ne sera pas contagieuse et personne ne pourra prétendre parasiter son aura parce que, si elle est devenue Simone Veil, c'est à cause de tragédies inouïes et singulières, d'un parcours aussi bien judiciaire que politique, d'actions emblématiques et d'une certaine manière d'exercer le pouvoir. Il me semble qu'elle n'a pas été un ministre comme les autres dans la mesure où, sachant faire preuve d'autorité, elle était étrangère au narcissisme viril et à la passion des apparences, attachée au fond bien plus qu'à la forme.

Ses combats, aussi bien dans le domaine judiciaire que pour l'interruption volontaire de grossesse et, plus tard, comme présidente respectée de l'Europe avaient un point commun : la défense de causes avec pour finalité l'humanité, l'unité et le rassemblement.
La cause des femmes aussi bien que la cause de l'Europe. Même ses adversaires les plus constants - cette femme de caractère en avait, heureusement, même si certains, dans les débats parlementaires ont parfois dépassé les bornes de la décence - lui ont toujours reconnu une vraie passion européenne d'autant plus exemplaire et sans doute durement conquise à partir d'un destin précoce qui l'avait confrontée avec sa mère et sa soeur à l'horreur nazie.
J'ai apprécié qu'à l'horizon de toutes ses initiatives, avec le volontarisme qui ne lui a jamais été dénié, se trouvaient exclusivement le souci de sauvegarder et l'obsession de rassembler, l'aspiration à l'unité et le rêve de la paix universelle. Ces exigences fondamentales, elle ne les formulait pas ni ne les traitait avec naïveté mais en pleine conscience de la dureté du chemin. Un chemin qu'elle avait décidé d'emprunter et pour lequel - c'est notable - aussi bien Valéry Giscard d'Estaing que Jacques Chirac lui ont constamment apporté un ferme soutien en dépit des divergences européennes qui l'ont opposée à ce dernier lors des élections européennes. Elle était tête de liste et j'avais l'insigne honneur d'être 55ème sur celle-ci - à l'abri donc de tout succès pour ce qui me concernait.

Même la cause des femmes était en définitive une cause d'humanité. Comme l'avait lumineusement expliqué son époux Antoine, la loi dont elle avait permis le vote n'était pas une loi en faveur de l'avortement. Mais une loi qui face à la multitude des avortements sauvages et aux dévastations qui en résultaient, visait à favoriser des avortements qui ne mettaient plus en péril la vie et la santé des femmes.
Personne ne pourra, après elle, devenir Simone Veil. Tant de malheurs, de douleurs et de chagrins, tant de courage et tant de force, tant d'oubli de soi pour la cause du monde et de l'Europe, un tel refus du ressentiment mais sans oublier l'Holocauste et le respect dû aux disparus, tant de conscience et tant de sagesse, un humanisme lucide, un pessimisme actif, un exemple.
 
Elle ne sera pas contagieuse parce que, pour être elle, il aurait fallu endurer l'atroce et s'en sortir, se souvenir mais ne pas sombrer dans la haine, agir mais pour servir, honorer le passé en se battant pour un avenir de réconciliation.
Les êtres exceptionnels dont la France est fière ont accompli. Mais l'essentiel n'est pas là : au-delà des actes qui peuvent être diversement appréciés, il y a ce qu'ils ont été et qui appellent une admiration détachée de la politique, d'une pureté absolue.
Le Panthéon va l'accueillir comme elle le mérite.

Paru sur philippebilger.com, 30 juin 2018
BILGER Philippe

Né le 31 août 1943
Marié - 6 enfants


Magistrat honoraire

Ancien avocat général près la cour de Paris
Conseiller spécial (of counsel) au cabinet D’Alverny Demont & Associés (depuis le 3 octobre 2011)

Président de l'Institut de la parole

Préparation à l'Ecole Normale Supérieure
Licencié en Lettres classiques
Licencié en Droit
Diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM)
 
Auditeur de justice au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg (1970)
Juge d'instruction au TGIde Lille (1972)
Substitut du Procureur de la République près le TGI de Bobigny (1975)
Affectation à la 4ème section du Parquet de Paris (Presse et Libertés publiques) (1984)
Premier substitut Paris (1986) 
Ministère public à la 17ème Chambre Correctionnelle (1984 à 1989)
     Affaires Le Pen c/Libération, Le Pen c/Le Canard Enchaîné, Duverger c/Actuel, tract en faveur du
     Maréchal Pétain dans Le Monde, affaire Laurent Wetzel /Marcel Paul, etc.
Chef de la 11ème section du Parquet de Paris (droit bancaire) (1989 – 1990)
Substitut général près la cour d'appel de Paris (1990) 
     Chambre d'Accusation de Paris, de mars à septembre 1990
     Avocat général à la cour d'assises de Paris, de septembre 1990 à septembre 1992
     (affaires Chalier-Nucci, Mathurin-Paulin, Dobbertin, etc.)
 
Mise à disposition auprès du président du Sénat
     comme conseiller à la Justice et à la Culture (1992 – 1995)
 
Avocat général près la cour d'appel de Paris (1999)
Avocat général à la cour d'assises de Paris (depuis 1995)
     (Procès Didier - l'assassin de Bousquet - procès Naigeon, Fréminet, Bob Denard,  
     Aloïs Brunner, Magali Guillemot, François Besse, etc.
     Procès d’Emile Louis à Auxerre, procès de Maxime Brunerie à Paris (2004)
     Procès d'Hélène Castel et procès en appel d'Emile Louis (2006)
     Procès de Youssouf Fofana et du gang des barbares (victime : Ilan Halimi) (2009) 
 
 
Professeur associé à l’Université du Droit et de la Santé de Lille 2 (2001 – 2004)
Directeur d'une session annuelle de formation à l'ENM (2001 – 2004)
Présidence de la Commission arbitrale des journalistes
Chef de la délégation juridique de l'Union internationale de la Presse Francophone
Conférences sur le droit de la presse et la cour d’assises,
     à l'Ecole Nationale de la Magistrature,
     au Centre de Formation pour les Journalistes,
     à l’Institut Montaigne,
     pour la Presse Quotidienne Régionale,
     pour le groupe Hachette et le groupe Bayard, pour divers Barreaux.
Conférences régulières pour le groupe Audiens
Conférence à l'Institut de France (23 janvier 2006)
Grande Conférence du Figaro (20 février 2006)
 
Ouvrages
Nombreux articles consacrés au droit de la presse et à l'analyse de la jurisprudence
     dans Le Monde, Le Figaro, La Gazettedu palais, Legipresse (membre du comité
     de rédaction), Stratégies, L'Echo de la presse,
     ainsi que dans la Presse Quotidienne Régionale
 
- Le droit de la presse (PUF, collection "Que sais-je") (1990) (réactualisé en 2003)
- Le Besoin de justice avec Claude Grellier (Calmann-Lévy) (1991)
 -Plaidoyer pour une presse décriée (Filipacchi) (2001)
 -Un Avocat général s’est échappé (collaboration de Stéphane Durand-Souffland (Le Seuil) (2003) 
 -Le Guignol et le Magistrat avec Bruno Gaccio (Flammarion) (2004) 
 -Arrêt de mort roman (Editions du Félin) (2005)
 -Pour l'Honneur de la justice" (Flammarion) (2006)
- J’ai le droit de tout dire (Editions du Rocher) (2007)
- Et si on jugeait les juges ? avec Roland Agret (Editions Mordicus) (2009)
- 20 minutes pour la mort - Robert Brasillach : le procès expédié (Editions du Rocher) (2011)
- Le bal des complaisants – Le dernier réquisitoire d’un avocat général avec François Sionneau (Fayard) (2011)
 
Distinctions    
Chevalier de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre national du Mérite

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