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My Lady : Emma Thompson

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My Lady : Emma Thompson, un juge dans la tourmente
 
PARTENARIAT FIGAROSCOPE - Dans le nouveau film de Richard Eyre, la grande actrice britannique incarne un juge des affaires familiales qui doit trouver le difficile équilibre entre la rigueur de la loi et la complexité de l'existence.
 

Emma Thompson a trouvé un rôle à la mesure de son immense talent dans le film de Richard Eyre, My Lady, où elle interprète Fiona Maye, juge des affaires familiales à la Haute Cour de Londres. Une charge aussi passionnante que dévorante. Sa dévotion absolue à son métier mobilise toute son énergie, jusqu'à la vider d'elle-même.
 
Quand elle quitte le tribunal et enlève sa robe de juge, elle emporte chez elle une concentration qui l'a depuis longtemps, sans même qu'elle s'en rende compte, éloignée de son mari, Jack (Stanley Tucci). Au moment où Jack, pour la réveiller, provoque une crise conjugale, annonçant qu'il va la tromper, Fiona est réclamée pour juger un cas particulièrement urgent et délicat : elle doit décider s'il faut imposer une transfusion sanguine à un adolescent, Adam (Fionn Whitehead), malgré l'opposition de ses parents, témoins de Jéhovah. Rien ne l'y oblige, mais elle choisit de se rendre à l'hôpital pour rencontrer Adam. Et se trouve face à une personnalité bouleversante.
Film de procès, drame psychologique, tragédie de la conscience morale, mélodrame romantique, portrait d'une femme d'honneur, prise entre raison et sentiments, My Lady est une tempête romanesque de haute amplitude, qui secoue le fond des âmes. Le film atteint très vite une intensité dramatique que le cinéaste maintient sans faiblir, en variant les points de vue sur les personnages avec une dextérité jamais conventionnelle. Pas une scène inutile, et toujours le bon tempo, qui fait avancer l'action en approfondissant chaque fois les contradictions.
 
Le sauver malgré lui
On se heurte d'abord à la froideur de Fiona face à un mari amoureux qu'elle refuse obstinément d'entendre. C'est presque une situation de comédie, inversant les rôles traditionnels de l'homme suroccupé et de la femme déçue. Avec ses aveux de frustration et ses tentatives de détachement, Jack pourrait être risible. Mais Stanley Tucci impose une sincérité amère, qui oblige à prendre au sérieux l'amour conjugal. Fiona de son côté est une femme de cœur, sous sa carapace. Sa sensibilité se réfugie dans la musique et la poésie, qu'elle pratique dans une chorale d'amis juristes. Et c'est par là que se fera la rencontre avec l'adolescent farouche qu'elle visite à l'hôpital. Adam a une guitare près de son lit. Ils chantent des vers de Yeats.
 
Orages et naufrages
Fiona est venue avec l'idée de l'arracher à l'emprise de ses parents, bien qu'il assure partager leur foi. Elle veut le sauver malgré lui, en vertu du "children act", une loi de 1989 qui fait prévaloir l'intérêt de l'enfant. Mais ils se retrouvent bien au-delà d'un conflit juridique. Ils discutent du bien et du mal, de la dimension sacrée de l'être, du sang qui est la vie. Si Adam finit par accepter la transfusion, ce n'est pas qu'il renie sa foi, c'est qu'il est emporté vers la vie par sa passion naissante pour cette belle juge penchée sur lui avec une attention si grave. Jamais il n'a été comme par elle écouté.
Avec le personnage d'Adam, superbement interprété par le jeune Fionn Whitehead, My Lady retrouve la communication avec les grands fonds intérieurs, dont nous sommes souvent coupés. Parce qu'il vit au contact direct de la mort, du désespoir, du salut, de l'amour, l'adolescent entraîne Fiona dans des émotions primordiales. Le film entre alors dans d'autres orages, d'autres naufrages. Et c'est magnifique de voir naître, sous le réalisme quotidien d'aujourd'hui, le lyrisme éternel du grand romantisme.

Paru dans Le Figaro, 31 juillet 2018
TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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