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Pour limiter les risques judiciaires

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La magistrature française a parfois été comparée à une église, avec ses rituels, sa liturgie, ses prélats et son bas clergé. Il s'agit d'une église que secouent régulièrement des tempêtes qui la font se recroqueviller sur elle-même et sur ses certitudes. C'est ainsi que les prélats se muent en gourous, la foi en superstition et que, peu à peu, l'église vire à la secte. 

Il suffit pour s'en convaincre de regarder les réactions des syndicats de magistrats face à certains crimes abominables. 
A la douleur, voire à la révolte des familles, ils répondent chiffres et statistiques et s'enfoncent toujours d'avantage dans des certitudes qu'ils parent des vertus de la vérité scientifique : "Les détenus libértés en conditionnelle récidivent moins que les autres". La belle affaire ! Si les benêts rousseauistes qui psalmodient inlassablement leurs textes sacrés se donnaient la peine d'entrouvrir les yeux, ils découvriraient une réalité bien différente de ce qu'ils croient. 
Lorsque j'étais juge d'instruction j'ai eu à traiter un fauve, un de ces prédateurs dont nous savions parfaitement qu'un jour il tuerait. Il venait de purger une peine de 15 ans de réclusion criminelle, soit 9 ans et 7 mois après érosion légale, pour le viol de deux garçonnets. Huit jours après sa sortie de prison il avait tenté d'enlever un enfant. Depuis il a tué. 
Sa juge d'application des peines que j'avais contactée m'avait dit qu'elle avait tellement peur du danger qu'il représentait qu'elle lui avait refusé toutes les libérations anticipées qu'il lui avait demandées. 
Ceci remonte à quelques années. Les J.A.P. dont l'entendement n'avait pas été pollué par le nouveau catéchisme officiel : "Conditionnelle = moins de récidive" relâchaient les détenus qui n'étaient pas dangereux et gardaient les autres le plus longtemps possible. Ceux-ci récidivaient toujours, fin de peine ou pas, accompagnement judiciaire, policier et psychiatrique ou pas. 
Ce sont ces bases qui ont servi à élaborer la théorie de la non récidive des libérés conditionnels. Imprégnés par ce dogme, nos braves J.A.P. remettent dehors ceux, peu nombreux au demeurant, qu'il conviendrait de garder jusqu'à la fin de leur peine.
Ceci posé, le problème n'est pas résolu pour autant. Gagner quelques années ne supprime pas le danger. 
N'en déplaise à certains il existe des criminels qui ne sont ni soignables, ni réinsérables, ni contrôlables. Rien ne permet en l'état de notre connaissance du cerveau humain et de notre législation de les neutraliser avant que le pire ne soit survenu. Les mesures de sûreté qui existaient jusqu'en 1981, telles que la tutelle pénale, ont été supprimées par Alain Peyrefitte cette année là. Elles permettaient de garder longtemps après la fin de leur peine, dans des quartiers spéciaux des Centrales, les criminels les plus dangereux. 
Sauf à dénoncer la Convention Européenne des droits de l'homme - et le gouvernement des juges qui, via la Cour Européenne de Justice, le Conseil Constitutionnel et la Cour de Cassation est entrain de s'instaurer - nous continuerons à subir des drames qui auraient pu être évités. 
Que mes collègues ne s'y trompent pas. Quand un autiste herminé parisien oppose froidement, au cours d'un débat télévisé ses statistiques et ses vérités à la douleur du Général Schmitt, père de la martyre du RER, toute la France a envie de lui botter l'arrière train ! 
Malgré tout certains juges financiers ou antiterroristes conservent les faveurs de l'opinion publique. C'est leur action que la dramatique cécité de la secte judiciaire permet d'atteindre. C'est en utilisant ses errements que ceux qu'ils font trembler s'efforcent de les neutraliser par tous les moyens. 
C'est toute la politique pénale et toute la philosophie qui l'inspire qui sont à revoir. Il faut réapprendre aux Procureurs et aux Juges à distinguer l'essentiel de l'accessoire. Il faut en finir avec ce fonctionnement automatisé, routinier et statistiquisé de la secte judiciaire. 
Il faut surtout réapprendre aux Magistrats à ne pas faire la charité avec le sang des autres. Pour cela pas besoin de loi nouvelle ni de moyens supplémentaires. Un peu de volonté, de bons sens et de réalisme suffiraient amplement.

Paru dans Le Figaro, 4 février 2011

GALLOT Didier

Né le 16 décembre 1945
Marié - 4 enfants

Hypokhâgne au Lycée Condorcet (Paris)
Etudes d’histoire médiévale
Licence et Maîtrise d’histoire
Concours d’accès à l’Ecole Nationale de la Magistrature

Vice-Président du Tribunal de Grande Instance des Sables d’Olonne (2009)
Vice Président du Tribunal de Grande Instance de la Roche sur Yon (2002)
Juge d’Instruction au Tribunal de Grande Instance des Sables d'Olonne (1980)        
Officier de Paix à Paris (jusqu’en 1977)
Service National - Sous-Lieutenant (6ème Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIma)

Fonde le Festival Simenon aux SABLES D’OLONNE (chaque année, 3ème semaine de Juin (1999).
Tisse des liens étroits avec la Belgique Francophone (2002)

Ouvrages
Les Fossoyeurs de la Justice (1991)
Les Fossoyeurs de la Police (1992)
Les Grâces de Dieu (1993)
Les automobilistes politiquement incorrects (1996)
Double crime aux Sables d'Olonne (1997)
La Justice Buissonnière (1998)
Simenon : La Comédie Humaine (1999)
L’affaire PONS (2002)
Le Faux Monnayeur (2003)

Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Chevalier des Arts et des Lettres
Officier de l’Ordre de la Couronne par Sa Majesté le Roi des Belges

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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