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L'Apôtre - Interview

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Entretien avec Cheyenne Carron à proos de "L'Apôtre"

Cheyenne Carron : "Il faut parler des choses qui fâchent sans se fâcher"

Après La fille publique, sur sa jeunesse d’enfant de la DDASS accueillie dans une famille aimante, Cheyenne Carron, productrice, scénariste, réalisatrice,  signe un nouveau film, "L’Apôtre" (*) : le récit mouvementé de la conversion d’un jeune musulman au christianisme. Seule (elle n’a reçu aucun soutien financier du monde du cinéma), forte et intrépide, elle répond entièrement de sa conviction : parler en vérité est l’unique façon d’éviter que le sang ne coule.

Le Figaro : Quelle est la part de fiction et la part de réalité dans votre film ?
Cheyenne Carron : L’histoire s’est construite à partir de plusieurs faits réels. Le premier est un drame qui me touche de près. Dans mon village de la Drôme, il y a une vingtaine d’années, la sœur d’un prêtre que je connaissais bien, a été assassinée par un jeune musulman. C’était le fils des voisins, et cet humble curé de campagne a choisi de rester auprès d’eux parce que, disait-il, "ma présence les aide à vivre". Par ailleurs, lors de mon catéchuménat (j’ai été baptisée à Pâques), j’ai rencontré un musulman converti, qui m’a raconté les luttes et les souffrances qu’il avait traversées.

Il y a beaucoup de conversions de l’islam au christianisme ?
Plus qu’on ne pense, mais c’est difficile à évaluer parce qu’elles sont interdites par l’islam. Que faire du hadith : "celui qui quitte sa religion, tuez-le" ? Le personnage du converti, Akim, a été nourri par de nombreux témoignages, oraux, écrits, parfois sous des identités dissimulées. J’ai fait ce film pour tous ceux qui choisissent de suivre les pas du Christ et subissent des persécutions partout dans le monde. Dans tous les pays à majorité musulmane, en Orient, en Afrique, ils sont condamnés, parfois conduits à la mort. Il faut le dire parce que c’est vrai.

C’est vrai, mais est-ce opportun de le dire ? Dans l’extrême tension actuelle, ne risquez-vous pas d’attiser entre chrétiens et musulmans une hostilité que les terroristes ne demandent qu’à voir s’embraser ?
Mon film est le contraire d’un brûlot : un appel au dialogue lucide et réfléchi. Les musulmans souffrent aussi de cette intolérance qu’il y a dans le Coran, et sont contents que les problèmes soient posés. Mon interprète du rôle principal m’a dit : "Moi, je suis musulman, mais favorable à ce que chacun choisisse sa religion". Ce droit de la conscience est inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme, et il faut y tenir. Pour ma part, je suis sûre que c’est en parlant, toujours avec respect, qu’on a des chances de faire évoluer les choses. Si on reste dans le non-dit, par peur ou par une prétendue gentillesse, on laisse chacun dans sa prison.

Parlons du respect. Votre film est en effet très respectueux des personnes, des cultures, jamais manichéen tout en exprimant des assertions fortes.
Le respect, pour moi, consiste à être honnête, mais avec délicatesse, en employant des mots qui ne blessent pas. Il y a dans toutes les croyances des choses agressives, qui font peur. Il faut pouvoir dire à un musulman : "Dans le Coran, je vois des choses magnifiques, mais aussi des appels au meurtre. Est-ce qu’on peut en discuter dans le respect de tes convictions et des miennes ?". Si on arrive à cette intelligence-là, ensemble, on se retrouvera, dans la sérénité. La guerre n’est pas une solution.

Vous avez étudié l’islam ?
Non. Le scénario a été lu par des imams. Mais ceux qui m’ont le plus éclairée sont les comédiens arabo-musulmans du film, avec leurs expériences, leurs témoignages. Nous avons défini les sujets abordés dans les discussions à la mosquée, comme le mariage mixte et la polygamie. L’acteur qui interprète l’imam en a fait une méditation très subtile.

Comment réagissaient vos acteurs musulmans ?
Il existait un certain malaise sur les questions comme la lapidation des femmes adultères ou l’amputation des voleurs. Les acteurs qui ont accepté de jouer dans le film représentent un nouvel islam, très ouvert. Ils se sont engagés dans une équipe éclectique, avec des partenaires et des techniciens juifs et athées, une réalisatrice catholique. Et ils étaient très respectueux.

De quoi est fait leur respect ?
Ils ont un certain sens de la virilité, de l’honneur, de la fierté, c’est culturel, et ils respectent les gens convaincus, même d’une autre religion. Alors que le catholique tiède, relativiste, un peu honteux ne trouve pas grâce à leurs yeux. C’est pourquoi je crois au dialogue. Il faut oser parler des choses qui fâchent sans se fâcher. Beaucoup de musulmans y sont prêts. Je crois qu’il y aura  à l’avenir un nouvel islam, plus tolérant, face à de nouveaux chrétiens, plus convaincus. Et ce sera très beau.

Le mouvement des musulmans britanniques "Not in my name" et la récente mobilisation des musulmans de France, surFigarovox et dans la rue, vous paraissent-ils aller dans le sens de ce nouvel islam ?
Oui, c’est un signe très positif de manifester publiquement une solidarité avec les populations persécutées. C’est un début de dialogue. Pour le continuer et l’approfondir, il va falloir que de grands penseurs arabo-musulmans se penchent sur les textes, pour arriver à un islam "des lumières", renouvelé.
(*) "L’Apôtre" : on peut commander le DVD directement à la réalisatrice : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

Paru dans Le Figaro, octobre 2014
TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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