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Une vie cachée

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Derrière Une vie cachée, la résistance spirituelle vue par le cinéma
 
Dans Une vie cachée, Terrence MALICK raconte le destin de Franz JÄGERSTATTËR, Autrichien victime du nazisme et condamné à mort en 1943 après avoir refusé de combattre. Malgré une éducation rudimentaire (il n’a fréquenté que l’école élémentaire à classe unique), Franz JÄGERSTATTËR, très intelligent et très croyant n’a cessé d’approfondir sa foi et sa réflexion. Né en 1907, ce simple paysan autrichien au caractère fort, lit beaucoup et s’engage de plus en plus dans la vie paroissiale depuis son mariage, en 1936. Comme beaucoup de catholiques, il a médité l’encyclique Mit Brennender Sorge, relayée par l’épiscopat, qui condamne le nazisme en 1937.
Mais en 1938, l’annexion de l’Autriche au Reich est ratifiée par 97,7% de la population et le clergé se fait plus prudent. Dans cette confusion générale, Franz JÄGERSTÄTTER, fait preuve d’une lucidité et d’un discernement qui l’amènent à devenir objecteur de conscience. Emprisonné à Berlin pour avoir refusé de se battre dans l’armée d’HITLER, et exécuté en 1943, il a écrit pour sa femme ses réflexions et une lettre publiées sous le titre Être catholique ou nazi aux éditions Bayard.
En 1938, il est un des rares Autrichiens à voter non à l’Anschluss. Il a eu la vision d’un train dans lequel tout le monde voulait s’embarquer, et entendu une voix qui disait : "ce train va en enfer". Pour ce chrétien, la question du salut éternel est essentielle. Dès lors, il refuse toute compromission avec l’idéologie nazie.
 
Cela passe d’abord par la société civile : "Le national-socialisme s’est infiltré parmi nous avec toutes ses organisations", écrit-il. Parti des travailleurs, ligue des femmes, secours populaire, jeunesses hitlériennes, forment la "Communauté populaire" qui propage le nazisme insidieusement dans la vie des gens. Franz JÄGERSTÄTTER relève une affiche du Secours d’hiver avec ce slogan : "Que ton don soit ta profession de foi dans le Führer". Pour sa part, il démissionne de l’association des pompiers lorsqu’elle commence à faire des collectes au nom du parti, refuse également de donner et d’être aidé.
Ensuite, il refuse de participer à la guerre pour deux raisons : ne pas faire allégeance à Hitler, et ne pas contribuer à une agression injuste qui ne vise qu’à la domination nazie.
"Loin de nous contenter de sacrifier aux idoles, nous devons attaquer des gens, les dépouiller et même les assassiner pour qu’on puisse fonder un empire national-socialiste (...) D’autres peuples sont en droit de demander à Dieu de leur accorder la paix et de nous désarmer, nous les Allemands. (…) Nous sommes tout au plus en droit de prier Dieu qu’il nous fasse revenir à la raison et reconnaître enfin que d’autres hommes et d’autres peuples ont aussi le droit de vivre en ce monde", écrit-il alors lorsqu’il est dans sa prison à Berlin.
 
Pour lui, il ne s’agit pas d’une guerre mais plutôt d’une révolution, où le patriotisme n’a pas sa place. Même s’il combattait, "après la victoire je serais traité en ennemi comme tous ceux qui ne se soumettent pas aux nationaux-socialistes aussitôt et de leur plein gré".
L’objection de conscience ne peut être que personnelle. Elle dépend du libre arbitre de chacun, du degré de clairvoyance et de responsabilité qu’on a atteint. Franz JÄGERSTÄTTER se garde de juger les autres. Tout son propos est de ne pas mentir, et de ne pas faire semblant de croire bon ce qu’il a reconnu comme foncièrement mauvais. Même si cela paraît inutile, voire absurde, même si cela reste caché. La vérité vaut pour elle-même.
 
Un contre-exemple : I... comme Icare
Mais jusqu’où sommes-nous capables d’aller dans la soumission à l’autorité ? Dans I... comme Icare, Henri VERNEUIL met en scène l’expérience de Milgram : dans le cadre d’un laboratoire scientifique des gens ordinaires doivent tester la résistance d’un homme en lui envoyant des décharges électriques de plus en plus fortes. Ils en arrivent à le torturer sans se poser de questions, parce qu’ils obéissent à un protocole organisé rationnellement, sous le contrôle d’une autorité scientifique. On sait qu’en réalité l’expérience porte sur eux : à quel moment leur conscience se révoltera-t-elle contre ce traitement inhumain?
 
Tu ne tueras point : un objecteur de conscience américain
Dans Tu ne tueras point, Mel GIBSON raconte l’histoire saisissante de Desmond Doss, adventiste du septième jour pratiquant une stricte non-violence. Objecteur de conscience mais désireux de servir sa patrie lorsque l’Amérique entre en guerre, en 1941, il obtiendra, non sans difficultés (il est d’abord traduit en cour martiale pour son refus de porter une arme) de devenir brancardier. Envoyé sur l’île d’Okinawa, il se retrouve au cœur d’une des batailles les plus sanglantes de la guerre du Pacifique. Toujours sans armes, il ramènera un à un 75 blessés derrière les lignes américaines, sous un pilonnage d’artillerie. Outre trois Purple Heart, c’est le seul objecteur de conscience à avoir été honoré de la Medal of Honor, la plus haute distinction de l’armée américaine.
Une Vie cachée de Terrence MALICK, en 2019, avec August DIEHL, Valerie PACHNER, Jürgen PROCHNOW...

Envoyé par l'auteur, paru dans Le Figaro, 11 décembre 2019
TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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