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Le référendum grec : une bonne chose ?

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Face aux réactions que provoque l’annonce d’un référendum par le Premier ministre grec, j’aurais eu envie de titrer : "vive le référendum grec !" Certes, la raison m’amène à plus de retenue, puisque la question qui sera soumise à nos amis hellènes est pour l’instant inconnue, si bien que l’hypothèse d’un référendum idiot ne peut pas être écartée. Je dirai donc de façon moins lapidaire : si Georges Papandréou veut consulter l’ensemble de ses concitoyens pour obtenir leur accord sur un programme de réformes de grande envergure, il a raison, n’en déplaise aux commentateurs effarouchés par l’appel au peuple.

Car enfin, quelle est la situation de la Grèce ? La faillite de l’Etat, incapable de recouvrer l’impôt ; la gabegie, l’explosion des égoïsmes en tous genres ; et une distribution de pouvoir d’achat très supérieure à la production nationale, qui entraîne un déficit extérieur insoutenable. Pour en sortir, il ne faut pas d’abord des accords européens, il faut essentiellement que les Grecs choisissent de travailler plus, de gagner moins et de payer leurs impôts. Que la grenouille bruxelloise arrête de vouloir se faire plus grosse que le bœuf ! Ce n’est pas d’elle que dépend le sort des Grecs et de la Grèce, c’est essentiellement d’eux et de leurs dirigeants. Si le peuple hellène refuse les sacrifices et le surcroît de travail nécessaire, si les formations politiques continuent à se chamailler au lieu de réaliser l’indispensable union sacrée, leur pays partira à la dérive, et ce ne sont pas quelques filins en papier financier qui l’amarreront au vaisseau européen – lui-même assez mal en point.

Un référendum est la tentative logique que peut faire, pour redresser la barre, un chef d’Etat en butte à la chienlit dans la rue comme au Parlement. Quand les agités tiennent le haut du pavé et que les politiciens font passer leurs querelles mesquines avant le bien commun, que faire d’autre ? L’appel au peuple souverain est le comportement à la fois le plus démocratique et le plus rationnel.

Il est réellement inquiétant que les dirigeants des grands pays européens ne le comprennent pas. Leur méfiance à l’égard des solutions démocratiques est hélas avérée : que l’on se rappelle comment les référendums relatifs à l’Euro, à la constitution européenne, ou au traité de Lisbonne qui l’a remplacée, ont été contournés ! L’Europe aurait-elle la haine de la démocratie directe ? Voire de la démocratie tout court ? Serait-elle la chose des hommes politiques nationaux, et en aucun cas celle des peuples ?

L’Europe actuelle n’est effectivement pas l’Europe des peuples. Elle constitue une sorte de club constitué d’élus et de hauts fonctionnaires qui passent leur temps à discuter entre eux. Leur réunionite aiguë ne donne pas de meilleurs résultats que celle qui sévit hélas dans de nombreuses organisations françaises. Si la crise actuelle pouvait leur faire prendre conscience qu’ils n’iront pas très loin en restant sur cette voie politico-bureaucratique ! S’ils se rendent compte que, mis à part les Allemands, les Européens sont presque tous comme les Grecs, globalement trop payés pour ce qu’ils produisent, grâce aux déficits publics qui leur font perdre le sens des réalités, alors à quelque chose le malheur actuel aura été bon. La démocratie (y compris le recours au référendum) pourra avantageusement remplacer le mélange de démagogie et de bureaucratie politicarde qui constitue depuis trop d’années le mode de gouvernance de notre vieux continent.
Jacques BICHOT, économiste, professeur émérite à l’université Lyon 3

ABEL Olivier

Né en 1953
 
Philosophe
 

Etudie la philosophie à Montpellier puis à Paris.
Soutient un DEA sous la direction conjointe de Paul Ricœur et Emmanuel Lévinas
     (sur "la passivité selon Husserl").
Maîtrise sous la direction de P. Ricœur sur "la fonction imaginaire de la parole"
Entame une seconde ligne de formation autour de l'histoire de la philosophie
     (Platon, Spinoza, Leibniz, Kant, Ravaisson, Bergson, Schopenhauer particulièrement à l’agrégation)
     centrée sur la question "Qu’est-ce que penser l’être vivant, habitant et mouvant ?"
Prépare ensuite son doctorat de philosophie sous la direction de Paul Ricœur sur
     "le statut phénoménologique de la rêverie chez Gaston Bachelard "
Obtient son habilitation à la direction de recherche en philosophie sur
     "l'intervalle du temps éthique entre le courage et le pardon".
Enseigne la philosophie au Tchad en tant que volontaire du service national (lycée de Bongor)
     puis à Montpellier et à Istanbul (lycée Galatasaray devenu Université de Galatasaray)
Professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris  depuis 1984
 
Ouvrages
La justification de l'Europe, Genève : Labor et Fides, 1992 (collection Entrée Libre).
Avrupa'da etik, din, ve laiklik(avec Serif MARDIN et Mohamed ARKOUN) Istanbul : Metis, 1995.
Paul Ricœur, la promesse et la règle - Michalon, 1996
     (traduit en portugais A Promessa e a Regra Paul Ricœur, Sao Paulo : Instituto Piaget,  
     2004).
L'éthique interrogative - Presses Universitaires de France, 2000.
L’amour des ennemis et autres méditations sur la guerre et la politique- Albin Michel, 2002.
Le mariage a-t-il encore un avenir ?- Bayard, 2005, collection "Le temps d’une question"
     (traduit en italien Il matrimonio avrà un futuro ? Torino : Ananke 2007).
La conversation - Gallimard, 2006.
Vocabulaire de Paul Ricœur, avec J.Porée, in Vocabulaire des philosophes Volume 5 -
     Ellipses, 2006, p. 1017-1079. Et en livre séparé, Ellipses, 2007.
 

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