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La crise malienne : Une opportunité pour l’Europe… Spécial

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Le 26 septembre à New York, devant l’assemblée générale de l’ONU, Cheik Modibo Diarra, le premier ministre malien sollicite une résolution du Conseil de Sécurité autorisant une intervention militaire internationale pour aider son pays à restaurer sa souveraineté au nord sous contrôle des islamistes. Devant cette même tribune le Président Hollande estime, lui, la situation au nord Mali "insupportable, inadmissible, inacceptable" et précise "qu’il n’y a pas de temps à perdre". Quelques jours plus tard dans un long article au titre accrocheur "Opération Tombouctou" paru dans le n° 2699 de Jeune Afrique, Christophe Boisbouvier et Malika Groba-Bada exposent en détail, schéma à l’appui, comment l’intervention militaire au nord Mali va se dérouler en retenant deux options : lancer des drones tueurs contre les chefs jihadistes ou les prendre en tenaille au sol…
Au-delà des prises de position, des déclarations d’intention ou des explications de pseudo stratèges sur les modes d’action possibles une question vient immédiatement à l’esprit : Qui fait quoi ? Quels pays, quelles organisations régionales auront la volonté politique et l’outil militaire pour mettre en œuvre une éventuelle résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU autorisant le recours à la force armée au nord Mali ?
Contrairement à la crise syrienne, aucun des membres permanents du Conseil de Sécurité ne devrait bloquer un tel texte lorsqu’il sera déposé. Contrairement à la crise syrienne, le rapport de force serait largement en faveur de la coalition. Les quelques centaines de rebelles qui contrôlent le nord Mali, même s'ils sont très mobiles, même s'ils disposent de mitrailleuses lourdes et éventuellement de missiles sol-air, ne sont pas en mesure d’opposer une réelle résistance face une opération aéroterrestre d’envergure. Sauf pour le Mali et à un degré moindre la CEDEAO le problème est donc moins militaire que politique.

Examinons les acteurs potentiels pour une "reconquête du nord Mali".
L’armée malienne n’existe plus en tant que telle depuis la tentative de putsch du capitaine Sanogo et la déroute de Gao en mars dernier. Sous équipée, manquant d’officiers compétents, sa restructuration et sa mise en condition opérationnelle prendra des mois.
La CEDEAO, l’organisation sous régionale africaine à laquelle appartient le Mali, prépare depuis plusieurs mois le déploiement d’une force d’environ 3000 hommes qui a déjà un nom MICEMA pour "Mission de la CEDEAO au Mali". A l’origine tout le monde était partant mais depuis le Libéria et la Côte d’Ivoire se sont retirés étant eux même confrontés à des problèmes sécuritaires. Le Tchad qui a une solide expérience du combat en milieu désertique et des moyens aériens significatifs a été sollicité pour rejoindre cette force à laquelle le Niger, le Togo, le Nigéria mais aussi le Bénin, le Burkina-Faso et le Sénégal pourraient également participer. Ainsi, l’Afrique, seule, serait en mesure de fournir la composante terrestre de l’opération. Il faut s’en féliciter, même si ces bataillons disparates devront sans doute être mis en condition opérationnelle. Pour cela, il faudra des instructeurs et un peu de temps.
Pour les autres besoins qu’il est difficile de cantonner au seul soutien logistique, même si Jean-Yves Le Drian place le "renseignement" dans cette fonction (journal 20 minutes du 2 octobre), la CEDEAO fait appel à la communauté internationale. Les déficits capacitaires sont tels qu’à ce stade de dépendance il ne faut plus parler de soutien mais bien d’appui : Appui dans toutes les fonctions logistiques du maintien en condition des équipements au ravitaillement en vivres et munitions en passant par la mise en place de l’ensemble de la chaîne médicale, appui aérien tant pour le transport, la surveillance, la reconnaissance, la protection des troupes au sol que pour d’éventuelles frappes, appui dans le domaine du renseignement (acquisition, traitement, exploitation), appui pour la mise en œuvre des télécommunications et des réseaux d’information sécurisés, appui pour la formation et la constitution de groupements tactiques interopérables, enfin et surtout appui dans le domaine du commandement. Ni la CEDEAO, ni même l’Union Africaine ne disposent, en effet, d’une structure d’état-major de niveau opératif capable de planifier, conduire et contrôler dans sa globalité un engagement aéroterrestre de cet ampleur partant  du déploiement initial jusqu’à la restauration de l’état de droit au nord Mali.

Si l’option de l’intervention armée est retenue et légalisée par une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’implication d’une ou de plusieurs puissance militaires majeures parait inévitable et surtout indispensable.
"C’est une affaire européenne" a déclaré Le Ministre de la Défense en précisant que "la France est en responsabilité d’initiative auprès des européens". Répondant au journaliste Alexandre Sulzer il a par ailleurs exclu une participation de l’OTAN et a invité l’Algérie a "accompagner d’une manière ou d’une autre la France et le Mali dans cette volonté de pacification de l’ensemble de la zone". C’est donc bien désormais sur l’Europe que la pression va s’exercer.

Les Etats-Unis sont certes présents dans la sous-région, ils y ont déployé des drones et des petits avions de reconnaissance. AFRICOM, le commandement régional US qui couvre l’ensemble du continent africain et dont le QG est installé à Stuttgart (!) développe l’ambitieux concept "d’approche globale" visant une meilleure prise en compte de la prévention et de la gestion des crises. Mais "je n’envisage pas et je ne vois aucune possibilité d’une intervention par les troupes américaines" a tenu à préciser le Général Carter F Ham commandant l’AFRICOM ajoutant que les USA étaient prêts à fournir "l’aide logistique et les renseignements qui pourraient faciliter les opérations". Un contributeur sans doute très utile mais pas l’acteur dont a besoin la CEDEAO.

Alger aurait pu éviter l’enlisement. L’Algérie pouvait apporter une aide déterminante aux autorités maliennes dans la lutte contre les jihadistes et conforter son leadership régional. Elle a choisi une stratégie de pourrissement (la porosité de sa frontière sud soulève de nombreuses interrogations) en pariant sans doute sur l’incapacité de l’UA et de la communauté internationale à se résoudre à l’intervention armée. Il est à craindre que ses récents efforts diplomatiques en direction des groupes islamiques qui contrôlent le nord Mali arrivent un peu tard pour donner une alternative crédible à l’option militaire. Il lui reste à rejoindre d’une façon ou d’une autre la coalition qui se constituera ou à persister dans son isolement paranoïaque.

Ainsi, mais est-ce surprenant ? La puissance militaire légitime capable de relever le défi sur le plan militaire ne peut être que la France avec l’Europe ou plutôt l’Europe dont la France.
La crise malienne se déroule à quelques centaines de kilomètres des côtes européennes et si la sécurité de l’Europe se joue dans les montagnes afghanes elle se joue tout autant et plus sûrement au Sahel où comme l’a rappelé le Ministre de la Défense "il y a urgence à agir afin d’éviter que cette région ne devienne un sanctuaire pour les jihadistes". "Défendre l’intégrité du Mali c’est défendre la sécurité de l’Europe" a-t-il affirmé… Pour la France qui déclare à l’envie qu’elle ne sera pas en première ligne et n’a pas l’intention d’envoyer de troupes au sol, il va être de plus en plus difficile de faire le grand écart entre l’incantation et la réalité du terrain. S'il est possible de nier la présence des forces spéciales françaises dans la région et de faire croire que les forces maliennes seront le fer de lance de la coalition il sera beaucoup plus difficile de cacher à l’opinion publique en général et aux médias en particulier la réalité de l’engagement des armées françaises.
Paris réussira-t-il à entraîner d’autres états européens dans son sillage ? C’est probable. L’Europe de la défense a besoin d’une locomotive et la France est dans son rôle. Mais Le Président Hollande ne devrait-il pas plutôt inciter fortement ses homologues de l’Union, à imposer l’Europe comme interlocuteur privilégié de l’UA et de l’ONU pour la résolution de cette crise malienne qui affecte directement notre sécurité collective comme il l’a lui-même souligné à plusieurs reprises ?

En mai 2003, face à un risque de dérive génocidaire en Ituri, province est de la RDC, le secrétaire général de l’ONU de l’époque, Mr Kofi Annan, demande l’intervention urgente de la France pour assurer la protection des populations dans l’attente du déploiement des casques bleus. Le 30 mai 2003, la résolution 1484 prise à l’unanimité des membres du Conseil de Sécurité autorise le déploiement d’une force multinationale. Le Président Chirac réussira à convaincre Bruxelles d’en faire une affaire européenne. ARTEMIS, nom de code de cette opération d’interposition, va concerner 2300 militaires venant de 17 pays, la France assumant le rôle de nation-cadre. Ce fut la première opération militaire autonome de l’UE hors du continent européen. Il faut rappeler que le Brésil, le Canada mais aussi l’Afrique du Sud mettront des moyens sous commandement européen. ARTEMIS est considérée par les observateurs comme un succès politique et militaire de l’Europe. Cette opération, jugée au moment des faits, "à hauts risques militaires et politiques" (Valeurs Actuelles du 13 juin 2003) a prouvé que quand l’UE a la volonté d’agir de façon collective elle dispose de l’outil diplomatique et de la capacité d’action militaire autonome qui lui permettent d’intervenir avec succès sur le continent africain.

Le Mali n’est pas la RDC, le contexte sahélien n’est pas celui des Grands Lacs, les acteurs régionaux sont différents mais le cadre politico militaire n’a pas fondamentalement changé et la France est toujours militairement présente en Afrique.

Pour la France et pour l’Europe l’histoire bégaie.

THONIER  Jean-Paul

Né le 25 mars 1952
Marié – 2 enfants

Officier, général de corps d'armée


Engagé volontaire au titre de l’Infanterie et des Troupes de Marine
l'Ecole Nationale des Sous-Officiers d'Active de Saint-Maixent - 45ème promotion
Ecole militaire Interarmes / Coêtquidan
Ecole Supérieure de Guerre (ESG)

Commandant du 2ème Régiment d'infanterie de marine au Mans (1994–1996)
Conseiller défense du président de la République Centrafricaine, à Bangui (1996)
Chef d'état-major de la 9ème Division d'infanterie de marine (1997)
Commandant des forces terrestres stationnées à Djibouti (1999–2001)
Chef de la section Afrique- Proche et Moyen- Orient à l’État-major des Armées (2001–2002)
Commandant de la 9ème brigade légère blindée de marine (2003–2005)
Adjoint du général gouverneur militaire de Paris, commandant la région terre Ile de France (2005–2007)
Général de Division (2006)
Adjoint au général commandant la Force d’Action Terrestre à Lille (depuis 2007)
 
 
Opérations :
Liban (DIODON 1983-1984)
République centrafricaine (BARRACUDA 1981- ALMANDIN 1996)
Golfe arabo-persique (DAGUET 1991)  
Djibouti (GODORIA 1991)
Ex Yougoslavie (FORPRONU  1992-1994-1995)
République Démocratique du Congo (ARTEMIS 2003)
Côte d’Ivoire (LICORNE 2004)
 
 
Distinctions
Commandeur de la Légion d'Honneur
Grand Officier de l'Ordre national du Mérite.
Croix de guerre des théâtres d'opérations extérieures (TOE) (1 citation)
Croix de la Valeur militaire (6 citations)          
Commandeur de l'ordre royal de l'étoile polaire (Suède)                              
Officier de l’Ordre du 27 Juin (Djibouti)
Officier de la reconnaissance centrafricaine.
Chevalier du Mérite centrafricain

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