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Le volet sécuritaire de Schengen

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"Sur le volet sécuritaire, Schengen est déjà mort"
 
Professeur à l’université Paris-Sorbonne Sorbonne, président de la revue Population Avenir, le géographe Gérard-François Dumont formule une analyse critique sur les manquements de la construction européenne. Pour ce spécialiste de l’Europe, la cacophonie qui règne dans l’UE face à la crise migratoire n’est pas une surprise. Le volet sécuritaire de l’espace Schengen n’a jamais fonctionné, dit-il. Et les mesures que les dirigeants sortent à la hâte de leur chapeau ne peuvent que souligner l’impasse dans laquelle ils se trouvent.
 
La crise migratoire a réveillé les tensions dans l’UE. Pourquoi n’arrive-t-on pas à s’entendre ?
Chaque Etat en effet joue sa propre partition, avec des gouvernements à la parole libérée, tenant souvent des propos violents les uns envers les autres. Parmi les idées violentes envisagées dans ce climat de désarroi, il y a notamment celle d’exclure le maillon faible de l’espace Schengen chargé de surveiller les frontières extérieures, la Grèce en l’occurrence.
Mais ce qui arrive aujourd’hui n’a absolument rien d’étonnant. Il faut se souvenir que Schengen s’est construit sur la volonté de libéraliser la circulation en Europe, dans une perspective de gains économiques, mais la condition sine qua non pour que le système fonctionne a été totalement négligée : la surveillance des frontières extérieures communes de cet espace libéralisé n’a jamais été assurée. Par l’élargissement de Schengen, des Etats se sont vus confier cette tâche alors qu’on savait pertinemment qu’ils n’avaient pas les moyens de le faire. L’Italie, la Grèce, se sont ainsi retrouvées dans une situation intenable. Pour remédier à cette faiblesse, on a ensuite créé Frontex, mais cela n’a fait qu’engendrer des conflits de compétences en Méditerranée. Et il n’y a pas que les frontières extérieures qui sont en faillite : on a bien vu à travers les attentats de Paris, à quel point le système d’échange d’informations est déficient. Bref, sur le volet sécuritaire, cela fait longtemps que Schengen est mort.
 
Angela Merkel et la Commission européenne travaillent dur pour essayer de mettre sur pied une politique migratoire commune. Ont-elles encore une chance d’y parvenir ?
Je crains que non ! On voit bien qu’aucun des piliers de cette politique ne fonctionne, le projet était mort-né dès le départ. Pour prendre un des éléments de ce plan, la répartition des migrants selon des quotas par pays ne peut tout simplement pas s’appliquer parce qu’on oublie la dimension humaine de cette crise. Les personnes qui veulent se rendre en Europe visent des pays précis, parce qu’ils y ont de la famille ou parce qu’ils savent que tel ou tel pays bénéficie d’une législation qui sera plus ou moins favorable à leur avenir. Ce n’est pas un hasard si, sur les 160 000 réfugiés de Grèce et d’Italie censés être répartis en Europe, selon l’accord trouvé au terme de beaucoup d’efforts, seuls un peu plus de 300 l’ont été à ce jour. On ne peut pas contingenter les aspirations des gens, on ne peut pas traiter les personnes comme des marchandises.
La Commission européenne compte maintenant sur la Turquie pour jouer les gardiens de sa frontière…
C’est là aussi un échec assuré. Croit-on vraiment qu’en donnant 3 milliards d’euros supplémentaires à la Turquie, un partenaire bien peu fiable, le flux migratoire va s’arrêter ? On ferait mieux de donner directement cet argent au HCR ! Ce qui est grave, c’est que ces plans sont à l’image d’une Europe qui nage en pleine incohérence, qui renie les principes qui l’ont fondée. On ne peut pas d’un côté donner 3 milliards d’euros au régime liberticide turc, et faire la morale à la Pologne pour ses écarts démocratiques.
 
Ce qu’il faut, c’est élargir la vision, sortir de l’esprit Schengen, corriger le diagnostic.
On aide la Turquie, soit, mais pourquoi les instances européennes n’ont-elles jamais organisé une conférence avec la Jordanie et le Liban ?
Paru dans La Tribune de Genève, janvier 2016
Dernier livre : Géopolitique de l’Europe. De l’Atlantique à l’Oural, éditions PUF, de Gérard-François Dumont et Pierre Verluise
DUMONT  Gerard-Francois

Né le 20 mai 1948
Marié – 4 enfants
 

Géographe,
Professeur d'université à la Sorbonne


Docteur d’Etat ès sciences économiques
Institut d’études politiques de Paris
Institut d’administration des entreprises

Directeur de banque (1973-1987)
Professeur à l'Université de Paris IV - Sorbonne (1988-1996)
Recteur d’Académie, Chancelier des Universités (1996-1998)
Professeur à l'Université de Paris IV – Sorbonne - Institut de Géographie (depuis 1999)
 
Président de l’Institut de démographie politique (depuis 1980)
Directeur du séminaire d’Alfred SAUVY au Collège de France (1980-1989)
Fondateur de l’Institut de recherches et d’études familiales (1983)
Administrateur de la Fédération des familles de France (1986-1996)
Président de l’Institut de recherche immigration et société (depuis 1987)
Administrateur de la Société de Géographie (depuis 2000)
Président de l’association reconnue d’utilité publique Population & Avenir (depuis 2000)
Membre du conseil national de l’information statistique (2002)
Directeur de séminaire au Collège interarmées de défense (CID) (2003)
Vice-président de l’Association pour la promotion de la langue française
Membre du Comité des experts de l’Observatoire des retraites
Expert après du Comité économique et social européen
 
Ouvrages
La Franceridée (1979) – Prix Renaissance
L’Enjeu démographique (1981)
Démographie politique (1982)
La Tragédiede la France (1983)
La Montéedes déséquilibres démographiques (1984)
Malthus, hier et aujourd’hui (1984)
Pour la liberté familiale (1986) – Prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales
Le Festin de Kronos (1991)
Démographie. analyse des populations et démographie économique (1992)
Economie urbaine (1993) – Prix de la Société de géographie
La Retraitedes cadres et l’avenir du système par répartition (1994)
L’aménagement du territoire (1994)
Le monde et les hommes (1995)
Les migrations internationales (1995)
Les spécificités démographiques des régions et l’aménagement du territoire (1996)
L’identité de l’Europe (1997)
L’Arc alpin, Histoire et géopolitique d’un espace européen (1999)
Les racines de l’identité européenne (Préface de José Maria Gil-Robles, Président du Parlement européen) (1999)
Francia y los franceses, Madrid, Acento Editorial (2000)
La population de la France, des régions et des DOM-TOM, (2000)
Géographie de la France (2002)
Les régions et la régionalisation en France (2004)
Les populations du monde (2004)
Les territoires face au vieillissement en France et en Europe (2006)
Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (2007)

Nombreuses collaborations
     plus de 420 publications dans une quinzaine de langues

Principales responsabilités éditoriales
Directeur de la revue Population et Avenir
Membre du Conseil scientifique de la revue Géostratégique.
Membre du conseil scientifique de la Revue française de géopolitique.
Président du Conseil scientifique de la revue Agir.
Membre de l’Advisory council de la revue Bulletin of geography de l’Université Nicolas Copernic de Torun (Pologne)
Membre du Comité académico de la RevueEstudiossociales contemporáneos (Université Nacional de Cuyo, Argentine)
Membre du Comité de Rédaction de Geopolitical Affairs (Londres)

Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier dans l'Ordre national du Mérite
Médaille du Mérite Européen.
Grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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