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BREXIT ? Rule Britania…

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BREXIT ?  Rule Britania…
 
Londres, Vendredi 24 Juin 2016, 8 heures du matin : une ville étrangement silencieuse ; les résultats définitifs de "l'encombrant referendum" sont tombés : 17,41 millions de voix pour quitter l'Union Economique Européenne (51,9 %), 16,14 pour y rester (48,1 %), soit un différentiel d'1,3 million. C'est fort peu. On ne parle pas des 28 % d'abstentions. Après, il y a la pathétique, troublante déclaration de David Cameron, Premier ministre soudain démissionnaire, prononcée dans la rue, devant le 10 Downing, sous une myriade de caméras et de micros. La ville est figée, les gens sont muets, comme assommés ; certains pleurent.
Mais on se reprend vite : "never complain". La vie continue, avec la réunion d'Ascot, les festivals d'été (même sous une pluie battante), bientôt Wimbledon, l'Euro de football avec un match contre d'obscurs Islandais. Dès le samedi dans le Times, l'éditorialiste Philip Aldrick assène que "si on refaisait le même referendum la semaine prochaine, le résultat serait exactement le contraire", minimisant les dramatiques déclarations du  Lord chancelier Osborne... Alors ?…
Londres et sa région (56 %), les grandes villes, les régions aisées ont voté, avec sagesse, pour rester dans l'Union. Ce sont les pauvres qui veulent en sortir (les Midlands, les Humber et Yorks, le sud-ouest), sans toujours se rendre compte que cela les rendra sans doute encore plus pauvres. Mais peu leur importe : c'est un refus d'ingérence, de dénaturation d'une identité plus que millénaire, un réflexe de grande colère contre la globalisation, l'élitisme et l'immigration. Certains outre-manche appellent cela "l'esprit de bunker".
 
En fait, de quoi s'agit-il ? Par ce vote référendaire, le peuple britannique a exprimé un souhait – qui se matérialisera ou pas : en effet, sur le plan juridique les institutions parlementaires et gouvernementales doivent prendre acte et confirmer cette option. De même, il faut enclencher la procédure vis à vis de l'UE. Celle-ci, de son côté doit envisager cette situation inédite devant laquelle elle reste bouche bée. Selon toute vraisemblance rien de concret ne se passera avant septembre. D'ici là les différents acteurs auront pris leurs marques et les choses sérieuses pourront commencer.
C'est l'isolationisme habituel ; si britannique : seul l'Empire compte ! Et la situation n'est pas si compliquée ; le Royaume Uni n'est ni ficelé dans Schengen, ni partenaire de l'Euro (quelle horreur !) ; il n'est entré dans la CEE qu'en janvier 1973 en bénéficiant de toutes sortes d'exemptions et d'avantages, donc d'un pied frileux.
Comme il a déjà été écrit la turbulente Europe continentale n'est pas l'essentiel : elle est intéressante mais pas considérée comme vitale ; et à partir du moment où elle risque de présenter plus d'inconvénients que d'avantages, mieux vaut se replier sur ses blanches falaises. La diplomatie des apparences n'intéresse pas les Britanniques, ce qui les intéresse c'est la finance et le commerce. Ils vont donc commencer un chemin fait de méandres complexes, jouant sur plusieurs tableaux à la fois, profitant des hésitations et des discordes européennes, pour arriver à leurs fins : être Européens, certes, mais sans l'être. D'une certaine façon, de Gaulle avait raison quand il ne voulait pas d'eux dans la CEE de son époque.
 
Voyons un peu plus clair sur l'Effet référendaire :
1° Au Royaume Uni : le référendum promis par David Cameron lors de la campagne pour sa réélection est "une fausse bonne idée" : au final, il s'est piégé lui-même et son slogan de campagne "gardons notre économie forte" est tombé en poussière en une seule nuit. Sur le plan politique intérieur, la plus mauvaise conséquence est que voilà matérialisé le clivage profond de l'opinion : le référendum a accentué les oppositions sur les sujets les plus essentiels ; ce n'est jamais bon. Recoller les morceaux va être long et compliqué. En second lieu, le référendum a mis un bazar inouï au sein de l'élite politique et parlementaire, aussi bien chez les Tories qu'au Labour : Cameron battu et démissionnaire (mais démissionnera-t-il vraiment ?) expédiera les affaires courantes jusqu'en septembre ; il l'a annoncé "je stabiliserai le navire, mais ne serai pas le capitaine du changement". Son successeur le plus probable, Boris Johnson a renoncé, plantant là d'ailleurs ceux qui l'ont suivi et soutenu dans le brexit avec une irresponsabilité sidérante. Ce personnage inclassable qui se prend pour Churchill est désormais un peu plus détesté. Coté Labour, le shadow cabinet est en charpie et Corbyn apparaît comme le maitre du désastre ; le 28 Juin a été "le Jour des farces " où tout s'est effondré au Parlement et même le jubilant Farage, principal acteur du Out s'est retiré. Avec beaucoup de bon sens et un esprit critique plus que pointu, l'opinion britannique se demande s'il faut continuer à faire confiance aux inconséquents politiciens.
Plus graves, et de plus long terme, sont les conséquences en Ecosse qui a voté pour rester dans l'Union (comme Londres) à plus de 62 % et dont le referendum pour l'Indépendance a lieu cet automne, sous la houlette de sa virulente Prime, Nicola Sturgeon. L'Ecosse est riche pour la première fois de sa longue histoire, elle veut pleinement en profiter. L'Irlande du Nord, elle aussi à près de 56 % pour rester dans l'UE pourrait bien avoir envie de rejoindre la République d'Irlande qui se porte très bien au sein de l'Union. Il y a aussi le poignant sort de Gibraltar qui a voté à 97 % pour rester dans l'Union et qui risque de nouveau - hors Union- de se retrouver la proie des assauts de l'Espagne.
 
2° Pour l'Union le Brexit concrétise le refus d'une partie des peuples qui font l'Europe économique à errer dans l'anonymat globalisé, la négation de ce qu'ils sont profondément au nom de l'argent, de l'enrichissement de décideurs lointains. Refus aussi de diktats sociaux, d'inégalités insupportables, d'interminables immigrations de peuples incertains. Commander depuis Bruxelles que l'on change de civilisation en quelques années est une extravagance.
Voilà donc l'avertissement  donné aux institutions européennes ; mais ce n'est pas la fin du monde ! Le Royaume Uni reste membre fondamental de l'Assemblée du Conseil de l'Europe, un des meilleurs champions des droits des peuples, des Cours de justice qui en dépendent, de tout un ensemble de "fabrique du droit". L'UE n'est que la machine économique d'un ensemble bien plus vaste.
Elle trouve là une occasion exceptionnelle de s'améliorer, de se réformer, d'être moins occupée d'elle-même, et davantage des peuples impliqués. Elle est devenue tellement monstrueusement administrative, loin des conceptions Jean Monnet/ Schuman/de Gasperi dont le slogan était au sortir de la guerre "redevenir riches et heureux ensemble". Mais elle ne le fera sans doute pas, trop enfermée dans son propre système de lobbies, de compromission multi nationaliste. Pourtant, l'UE devrait sentir la tentation de l'EXIT et en tenir compte : très forte chez les Européens qui ont subi de plein fouet la question migratoire, chez ceux qu'elle a encouragé à vivre au-dessus de leurs moyens et qu'elle punit maintenant, chez ceux qui y sont entrés joyeux et fiers et qui déchantent lourdement. Elle est en pleine confusion entre ceux qui voudraient entrer, ceux qui aimeraient partir, ceux qui se tiennent cois, ceux qui tiennent les décisions et ceux qui les subissent. Expérience jamais vécue qui révèle toutes nos contradictions, notre plus que bimillénaire habitude des batailles et des divergences.
Si les Britanniques confirment, il y aura 2 ans de négociations pour revoir les quelques 3000 accords en vigueur, cela dans le cadre du fameux article 50.
On peut espérer que la raison dominera : en fait – et c'est déjà commencé – ce sera une "sortie sans sortir tout à fait". On en reviendra à la situation ante-73 avec sa flopée d'accords bilatéraux renégociés.
 
3° Le monde, l'argent : c'est le nerf de la guerre. La machine financière ne doit s'emballer ni vers la chute, ni vers l'euphorie. Londres restera la principale place financière d'Europe, c'est sûr. Pour cela on peut faire confiance à Londres : les mesures adéquates sont en marche, à commencer par la baisse à 15 % de l'impôt sur les sociétés dès le 1er Juillet. Certes, il faudra peut-être se serrer la ceinture quelques temps, mais les Britanniques en ont l'habitude. Thatcher est passé par là, et avant elle quelques blitz en tous genres. Par ailleurs le Royaume Uni n'est pas seul : il s'appuie sur le monde entier, à travers son précieux Commonwealth de 53 Etats membres ; sur les Hollandais et autres peuples du Nord, avant tout commerçants ; et sur l'allié nord-américain : John Kerry s'est précipité à Londres dès le lundi 27 pour apaiser les esprits et assurer de son "indéfectible soutien". Ensuite  seulement, il s'est rendu à Bruxelles. Comme l'affirme le chroniqueur Tim Montgomery "pas de panique ! Le futur brillera avec le Brexit !"
 
Bref, ce 23 Juin 2016  n'est ni un séisme, ni un tsunami : juste un rappel à la raison, une reprise d'identité, un avertissement très britannique du peuple britannique, pour lequel furent créés les Bills of Rights .
Et puis, à part le foot et les inondations, tout va bien au Royaume de sa Gracieuse Majesté puisque "la famille royale (citation) qui a bénéficié d'une excellente gestion de ses avoirs, versera la somme record de 304 millions de Livres au Trésor au titre de l'impôt sur ses revenus".
Rule Britania….
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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