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MAY, ne fait pas ce qu'il te plait

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BREXIT - MAY, ne fait pas ce qu'il te plait                                

Le peuple du Royaume Uni de Grande Bretagne commence à réaliser – depuis ce vendredi (gris) du 23 Juin dernier – qu'il a peut-être fait un remarquable plongeon dans une mer de désordres et de difficultés. Ce vote "honnête" et sans doute sincère fut accompli sur un critère de repli vers une insularité précautionneuse et triomphante, mais sans tenir compte de la complexité internationale ni des réalités économiques, financières et surtout sociales de long terme que ce "leave" allait forcément déclencher. Les plus pessimistes – notamment David Cameron – avaient prévenu "nous allons ouvrir une boite dont nous ignorons le contenu".  Dès le lendemain des résultats beaucoup souhaitaient une machine arrière, ou peut-être une "machination" permettant de minoriser le retrait de l'Union. Même sans être ficelé dans Schengen ni l'Euro, le dossier déclenche des ricochets qui éclaboussent sérieusement l'élite politique britannique et les chances d'être des "Britanniques uniquement britanniques".
Le plus visible est le ravage au sein de l'élite politique. Il n'y a plus de véritable leader de quelque bord que ce soit : on se chamaille, se retire, revient dans l'arène, assomme l'adversaire, fait alliance, en vient parfois aux mains, c'est à la fois lamentable et étonnant de la part d'un milieu d'ordinaire si pondéré. Mais en fait la vie politique britannique a toujours été sous ses dehors élégants une suite de coups bas et de traquenards inavouables. Pas mieux qu'ailleurs, sous leurs grands airs…
 
Tandis que son représentant au Parlement européen envoie un collègue à l'hôpital, Nigel Farage charismatique leader de l'Ukip indépendantiste, refait surface. Le très critiqué Jeremy Corbyn risque peut-être de perdre son siège aux Communes mais revient lui aussi en force, bétonne le Brexit par ses discours extrémistes, même après avoir quitté la présidence du Labour. Les Conservateurs sont irrités, divisés : David Cameron a démissionné (une fois encore), Boris Johnson – pour une fois – se tait et attend son tour. Il se dit qu'il a sa chance : Theresa May, en effet, après avoir bénéficié d'un capital d'opinion plutôt favorable, est fragilisée par sa volonté d'agir seule, sans consulter les parlementaires alors qu'elle n'est l'élue de rien ni de personne. Ses choix déplaisent même aux membres de son gouvernement. Elle tente de "faire du social" en distribuant un peu d'argent dans l'enseignement primaire et la santé. La confirmation, le 15 septembre, de la poursuite de la construction de la future centrale nucléaire de Hinkley, techniquement menée à bien par EDF, et en partie financée par des fonds chinois, l'accord avec la Société Ineos sur l'importation de gaz de schiste nord-américain, sont autant d'épines dans son pied ; les tergiversations sur les délais de mise en marche du Brexit, les procédés qu'elle compte employer, l'enchevêtrement des différents sujets, ses déclarations aussi abruptes que vagues, font grise mine. D'abord comparée à Margareth Thatcher, les Britanniques découvrent qu'elle n'en a ni la stature ni l'autorité. Dans ce contexte, si les Conservateurs veulent garder la main, il n'est pas exclu que Cameron revienne aux affaires (malgré les embarras de l'engagement en Libye de 2011), ou bien que l'ineffable Boris ait suffisamment fait mea culpa pour générer une certaine confiance.
 
Tout ce que voit le citoyen ordinaire pour l'instant est un effritement de son pouvoir d'achat, la baisse notable de la Livre augmentant le prix de tout ce qui est importé, de la nourriture à l'énergie, des voitures aux socquettes. Et surtout se profiler une instabilité qu'il n'a pas souhaitée. Le vote pour le leave  s'est surtout construit sur la question d'une immigration non désirée. Or, c'est une question qui reste pendante et mal gérée ; il y a un rejet massif des populations en provenance des pays de l'ex bloc de l'Est (surtout des Balkans), du Moyen Orient dévasté : aucune réponse claire sur ces sujets considérés comme vitaux. Les différents clivages suggérés sur une "immigration choisie"  restent confus.
Mais la partie la plus dure va se jouer prochainement. Les Ecossais vont voter de manière double : ils veulent à 67 % (vote de Juin) rester dans l'UE et ils réclament leur indépendance depuis plus de 30 ans. Un premier référendum s'est déjà joué à très peu de voix en faveur du NON, mais cette fois, il est à peu près certain que le OUI à l'indépendance sera acquis. Les Ecossais ne veulent pas faire partie de la tourmente Brexit ; pour la première fois de leur histoire souvent déchirante, ils sont riches, confortables et confiants en leur avenir économique. Leur énergique Première Ministre, Nicola Sturgeon, présente ces jours ci un projet de Loi proposant le nouveau référendum sur l'Indépendance. Si le OUI est acquis, le Royaume Uni de Grande Bretagne aura du plomb dans l'aile. De plus, l'Irlande du Nord risque elle aussi, malgré ses divergences internes, de vouloir rejoindre une République Irlandaise qui fonctionne très bien au sein de l'Union. Tant que ces prises de position interne n'auront pas été éclaircies, la sortie de l'Union restera pendante : certains voudraient aller vite ; Madame May a déjà changé 2 fois d'avis sur lenteur ou rapidité et David Denis, son propre ministre chargé de la mise en œuvre du Brexit auprès de l'Union, milite pour la lenteur : "no rush to trigger the Article 50" (trigger : appuyer sur la gachette, déclencher), a-t-il déclaré, tout en affirmant qu'il n'y aurait aucune manœuvre déloyale pour le contourner ou le minimiser. La Chambre des Lords a rentré le clou signifiant qu'il "serait inconstitutionnel de dénier le choix du peuple".
 
Pour l'instant la Haute Finance réagit assez bien : aucun crash notable ; les marchés sont plutôt stables, même si les investissements ont quelque mollesse, et le secteur immobilier de Londres un certain tassement ; les acteurs étrangers de la prospérité bancaire et financière sont inquiets sur leur avenir, mais pas trop. Toutefois le rêve français de remplacer Londres sur les marchés est une utopie des plus déraisonnables. Les Anglais aiment l'argent, même si ce ne sont qu'un "peuple de boutiquiers" comme a dit Napoléon, mais les boutiquiers ont tout de même fini par avoir sa peau. La première place financière d'Europe, la seconde de la planète n'est pas prête à lâcher prise. Ces insulaires acharnés traverseront peut être de fortes turbulences, se serreront la ceinture jusqu'à l'asphyxie, mais "maintiendront". Ils l'ont déjà fait et le referont.
Pour l'instant – c'est un réflexe compréhensible – le citoyen britannique se réfugie -avec l'aide de la BBC- dans la nostalgie glorieuse : il baigne avec délice dans la défunte gloire de l'Empire (indian summer), dans l'héroïsme du Blitz et de la résistance, poétisant à outrance le manque de charbon, de bacon et de chaussures neuves ; il s'abandonne aussi à aimer les tumultueuses années 60 : celles des Beatles, des mini jupes, de Mary Quant, des radios en mer, des cheveux longs, de Ravi Shankar, de la belle Julie Christie et de James Bond. On se console comme on peut.
 
Côté Union Européenne, les lames sont affûtées : elle sera sans indulgence. Même si l'aspect financier est majeur, l'aspect humain et démographique a pris le dessus avec le problème migratoire. Deux points rencontrent une approximative unanimité : ne pas déstabiliser l'Euro, ne pas encourager d'autres pays à tenter la sécession. Au-delà, l'absence de consensus sur la question migratoire et l'extrême lenteur à réagir de manière décente et collective, plombent lourdement le destin commun. Le Président Junker a amplement brocardé le Brexit  le qualifiant de "stupide, aboutissement de 40 années de mensonge et d'hypocrisie".Quant à l'ancien président du Conseil Européen, Herman van Rompuy, il affirme qu'il ne se passera rien avant les élections françaises (Mai 17) et celles allemandes (septembre 17) car le tandem franco-allemand est essentiel dans toute avancée de négociation. Jean Claude Trichet (ex directeur BCE et membre du groupe des 30) est confiant "le Brexit n'est pas un drame ; l'Europe en a vu d'autres !" Il préconise une meilleure politique de sécurité commune et une accélération de l'action du Fonds d'Investissement Européen. Il ajoute (le monde, 28/06) "le Brexit est même une chance pour l'Union de se réformer; le repli sur soi serait un choix aberrant". L'Union Européenne est une utopie économique dont la solidification reste aléatoire, proie – au surplus – d'influences qui n'ont rien à voir avec la pacification de ce turbulent sous-continent. Ses initiateurs n'avaient pas les risques de l'extension rapide, ni des règles suffisamment unanimistes pour être efficaces. Ils comptaient surtout -comme les Lumières du XVIIIème siècle- sur la bonté naturelle et le bon sens d'hommes de bien pour mener cette barque désormais trop  chargée, qui inspire plus de méfiance que de foi de la part des citoyens.
Bref, chacun a sa version de la poursuite du bonheur : … "the pursuit of the happiness "...
 
P.S.
1° Des organismes comme le National Trust s'inquiètent beaucoup de la disparition des subventions européennes, notamment pour la protection des côtes nord-est envahies par la mer, et tout ce qui a une tendance écologique. Comme d'autres associations, pour compenser, ils se tournent vers l'argent privé. Le phénomène associatif est très puissant dans la société anglo-saxonne et compense souvent les inerties étatiques.
2° Londres rejette son "trop plein" d'immigrés vers de petites villes, notamment au nord-est, déjà sinistré économique ; si ces populations très modestes sont relativement habituées aux Indiens, Bengalis, Pakistanais (de langue anglaise et assimilables par tradition impériale), elles refusent drastiquement les Albanais,, Croates, Polonais (pourtant bien acceptés au début), globalement les populations balkaniques jugées excentriques (voleurs, violeurs, violents) ; de nombreux incidents ont déjà éclaté. Les Russes, arrivés en nombre depuis 20 ans sont jugés "inassimilables, sales et très mal élevés". (une chronique en français du journal Le Monde reprend cette question (3 octobre 2016) qui apparaît quotidiennement dans la presse britannique.)
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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