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... un pays bas, votez Hollande

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Pour avoir un pays bas, votez Hollande
 
Les lecteurs de l’Institut des Libertés se souviennent peut être de la mauvaise plaisanterie que m’avait inspiré la campagne de monsieur Hollande il y a cinq ans déjà, et qui figure comme titre à cet article. Rarement un slogan électoral aura été aussi prémonitoire.
A mon immense stupéfaction, je viens de me rendre compte que cet homme prodigieux de modestie a encore des partisans puisque qu’il me revient aux oreilles que certains d’entre eux se répandent dans les media et les diners en ville à Paris en soutenant que monsieur Hollande n’a pas de chance puisqu’il s’en va au moment même où l’économie française serait en train de redémarrer. Et tous de souligner que ce redémarrage serait la conséquence des réformes courageuses (?) que notre géant de la politique aurait imposé à une France récalcitrante. Et là, je ne peux m’empêcher de m’interroger.
Mais de quelles reformes parlent-ils ?
En dehors du mariage pour tous qui s’est terminé par un divorce entre les socialistes et le peuple et de nombreuses et considérables augmentations d’impôts frappant tous ceux qui n’avaient pas voté pour lui, je ne me souviens d’aucune réforme qui vaille la peine d’être mentionnée. Sûrement un manque d’attention de ma part.
Quant aux succès économiques de ces dernières années, il faut vraiment un œil d’aigle ou un microscope pour en trouver la trace.
J’imagine que dans les mois qui viennent les journaux vont être remplis de diagnostics divers et variés sur les résultats de cette présidence qui s’achève. Pour ma part, je ne vois pas très bien ce que nous avons à gagner à revenir à l’IDL sur cette période pénible de notre histoire et mon intention n’est pas de faire un travail exhaustif sur les cinq dernières années. Beaucoup, beaucoup trop ennuyeux.
A l’impossible, nul n’est tenu…

Mais pour couper court à toutes les billevesées parisiennes, je voudrais simplement rappeler :
- que depuis cinq ans, la dette de l’Etat Français n’a cessé de grimper et se rapproche dangereusement des 100 % du PIB et que cette dette est montée allégrement de 4.5 % par an alors même que le PIB du secteur privé lui ne montait que de moins de 1 % par an et que la production industrielle baissait de 0.2% par an.
- que le chômage (catégories A, B, C) est monté de plus de 1 millions de personnes depuis l’élection de notre grand homme.
- que les comptes courants (nouveau nom de la balance avec l’extérieur) sont toujours en déficit.
- que le poids de l’Etat dans l’économie est à plus haut historique qui frise les 60 %, ce qui prouve que la France souffre bien d’un excès de libéralisme, ce dont toute la gauche est convaincue.
Les lecteurs pourront compléter cette liste à leur gré, tant je suis sûr qu’ils ont tous des idées à mentionner sur les nombreux succès économiques de notre héros au sourire si sot. Mais là où je m’amuse, c’est quand ces mêmes personnes nous disent que leur boule de cristal leur annonce une amélioration substantielle de la situation dans les 12 mois qui viennent.
Voilà qui me fait penser aux vœux prononcés par Nicolas II le Tsar de toutes les Russies en décembre 1916 pour souhaiter une bonne année à son peuple. Il avait expliqué que l’année 1916 avait été horrible et que donc 1917 ne pouvait être que meilleure…  Brillante prévision s’il en fut…

Et, de fait, je me fais un peu de souci pour 2017.
Il est en effet dans ma nature et parce que c’est requis par mon métier, non pas d’essayer de scruter l’avenir car cela est impossible mais de regarder des événements qui se passent aujourd’hui et qui annoncent peut-être un avenir qui ne va pas chanter tant que cela.
Et quelque chose commence à me donner du souci : les taux français sur les obligations à 10 ans s’écartent depuis quelques temps des obligations allemandes sur la même duration. Que le lecteur veuille bien considérer le graphique ci-dessous.
 
 
 
La ligne rouge, c’est simplement l’écart des taux entre les 10 ans allemands et les 10 ans français, cet écart des taux étant aujourd’hui aux alentours de 50 points de base. La ligne bleue c’est la moyenne mobile sur les deux dernières années de cet écart des taux. En bas, en noir, nous avons l’indice des cours des valeurs bancaires européennes. Et enfin le hachurage gris représente les périodes de récession dans l’économie française.
Et bien chaque fois depuis 25 ans que l’écart de taux entre l’Allemagne et la France se creuse (ligne rouge sous la ligne bleue) et que les cours des valeurs bancaires baissent, nous avons eu une récession en France.
 
Pourquoi ?
Tout simple : à chaque fois, cela voulait dire qu’une attaque sur le franc français quand il existait ou sur l’Euro (depuis que le ff a disparu) était en préparation. Et que cette attaque allait mettre à mal le bilan des banques européennes bourré d’obligation françaises, italiennes ou espagnoles, ce qui allait nous amener dans une récession.
Or, à mon avis, le feu est allumé sous la marmite de l’euro depuis les élections italiennes au moins et en conséquence la marmite peut menacer de déborder à tout moment.
Et donc ma conclusion sur monsieur Hollande sera la suivante : Tout le monde a l’air de penser qu’il ne va plus rien se passer politiquement en France jusqu’à la fin Mai et que tout ce que monsieur Hollande a à faire c’est expédier les affaires courantes.
Je n’en suis pas sûr du tout.
Une nouvelle crise sur l’Euro peut arriver à tout moment, et de droit ce sera à monsieur Hollande et à monsieur Sapin de prendre les décisions qui s’imposeront alors qu’ils n’auront plus la moindre légitimité pour le faire. Ce qui voudra dire que Bruxelles ou la BCE n’auront aucun interlocuteur en face d’eux quand il faudra prendre des décisions désagréables en pleine campagne présidentielle. Et monsieur Hollande ne pourra pas demander à monsieur Fillon de venir l’aider, puisque ce serait faire le jeu du FN ou de l’extrême gauche.
 
Voilà qui va plaire à Marine, Mélenchon et autres Montebourg et nourrir les discussions pendant une campagne électorale qui s’annonce peut-être un peu plus animée que la classe politique ne le croit, en particulier sur la nécessité de rester ou non dans l’euro…
Un bon sondage ou deux pour Marine, et le coup peut partir à tout moment.
Voilà qui pourrait être plaisant compte tenu de la capacité à prendre des décisions de notre Président sortant.
A mon avis, si le coup partait, si une crise de l’euro se déclenchait pendant la campagne présidentielle française, ça risquerait de sentir le sapin assez vite…

Paru sur Institut des Libertés, 16 janvier 2017
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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