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L’ U E, un patriotisme de papier

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L’Europe, ce grand marché commercial où règne un patriotisme de papier
 
CHRONIQUE - L’Europe seule a la taille de parler aux géants américain et chinois. À plusieurs, on est plus forts si ces "plusieurs" sont d’accord entre eux. Or, ils le sont même de moins en moins car les divergences économiques se sont accrues au sein de la zone euro.
 

La guerre commerciale menée par Donald Trump n’a pas bonne presse en Europe. On lui reproche de réveiller les monstres enfouis du nationalisme, du protectionnisme, de menacer le commerce mondial et la prospérité de tous. Pourtant, au-delà des déclarations officielles et convenues, on s’aperçoit que les dirigeants européens sont d’accord avec le président américain au sujet de la Chine - et même les Allemands. En fait, Trump fait avec les Chinois ce que ses homologues européens aimeraient faire mais n’osent et ne peuvent pas faire.
 
C’est toute la différence entre une nation et un conglomérat de pays. C’est bien pour cette raison, nous disent les européistes, qu’il faut accélérer la "construction de l’Europe". L’argument paraît imparable. À plusieurs, on est plus forts ; l’Europe seule a la taille de parler aux géants américain et chinois. On connaît l’antienne. À plusieurs, on est plus forts si ces "plusieurs" sont d’accord entre eux. Or, ils ne le sont pas. Ils le sont même de moins en moins car les divergences économiques se sont accrues au sein de la zone euro.
Les Allemands sont prêts à accepter toutes les avanies des Chinois et des Américains pourvu que leurs exportations de voitures soient préservées. Ce n’est pas le marché européen qui compte pour Berlin, mais le marché mondial. C’est tout le contraire pour la France.
Et on ne parle pas des Polonais qui ne jurent que par le protecteur américain, des Belges qui achètent du matériel militaire américain, ou des Grecs et des Italiens qui se laissent séduire par les mirages de la route de la soie chinoise. D’ailleurs, il faut remarquer que les négociations commerciales sont depuis plus de vingt ans centralisées dans la main unique de la Commission.

On n’a pas constaté que cela nous ait rendus plus forts face aux Américains ou aux Chinois. C’est qu’il ne suffit pas d’avoir les moyens de la puissance, encore faut-il en avoir la philosophie. Or, l’Europe s’est bâtie après-guerre sur le complexe de Hitler : la puissance est considérée comme un mal en soi ; l’Europe est fondée sur le droit et le commerce, dans une idéologie postmoderne de "fin de l’histoire". Mais le retour de l’Histoire, des vieilles nations et des vieux empires, des menaces d’invasion migratoire, ont balayé cette construction à la Habermas d’un patriotisme de papier. Les fédéralistes européens ont cru pouvoir édifier une nation européenne à la manière de la nation française en transformant Allemands et Italiens en Auvergnats et Bretons, selon le rêve de Victor Hugo.
 
D’autres avaient pris exemple sur l’unité allemande du
XIXe  siècle qui avait commencé par une union
commerciale, le fameux Zollverein. Mais ils ont oublié qu’une barrière douanière imposante protégeait et unifiait ce grand marché allemand. Les dignitaires européens ont fait l’inverse, supprimant toutes les barrières douanières et plongeant le continent européen dans le grand bain de la mondialisation. L’Europe est devenue le monde en petit, et les citoyens européens des citoyens du monde. Quand les autres, de plus en plus nombreux, s’accrochaient à la seule identité tangible qui leur semblait sûre : l’identité nationale des chers et vieux pays.
Paru dans Le Figaro Magazine, 24 mai 2019
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
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