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Le paradoxe d’une campagne européenne transformée par Macron en test national
 
L’implication présidentielle a fait passer le débat de fond, sur les projets européens, au second plan.
 
À regarder les têtes de liste débattre jeudi soir sur BFMTV de traités commerciaux, de règles et d’éthique migratoires, de travail détaché… on se réjouissait que la campagne commence enfin. En fait, elle s’achevait. C’est l’une de ses particularités : jamais campagne européenne ne fut aussi brève depuis le premier scrutin, en 1979. La cause en est connue, la longue séquence "gilets jaunes" - grand débat, expression d’un malaise franco-français auquel l’exécutif a apporté des réponses elles aussi nationales. Séquence suivie de la tragédie Notre-Dame, qui a renvoyé la France à son histoire, à son identité et à ses querelles. Il n’est resté qu’un mois pour s’intéresser à l’Europe. D’où un débat croupion et souvent convenu.

La seconde particularité de cette campagne fut un débat croupion. Ce n’est pas inédit: tous les présidents ont plus ou moins soutenu la liste de leur parti ; Nicolas Sarkozy avait même tenu meeting pour l’UMP en 2009. Mais Emmanuel Macron a battu tous les records, multipliant les modalités d’expression jusqu’à l’entretien de ce vendredi sur YouTube qui lui permet de contourner les délais imposés aux médias audiovisuels "classiques". Jusque dans les affiches, ce fut une campagne Macron. Le risque politique pris par le chef de l’État a été déjà abondamment commenté : cette montée en première ligne fait des européennes un référendum sur sa personne. Mais, au-delà de la tactique, cette implication a conduit à un triple dévoiement du débat européen. Peut-être involontaire mais bien réel.

Elle a d’abord transformé une confrontation idéologique en compétition arithmétique. Le président de la République a voulu initialement montrer le choc de deux visions, l’une "progressiste", l’autre "populiste". En désignant explicitement "l’ennemi", la liste du Rassemblement national, il a fait lui-même de la première place au soir du 26 mai la question essentielle, pour ne pas dire unique, de la campagne. C’est un piège que déplorent nombre de figures de son gouvernement et de sa majorité. C’est un comble : il sera ainsi préférable pour Macron que la liste Loiseau fasse moins d’élus qu’espéré mais soit un dixième de point devant la liste Bardella plutôt qu’obtenir plus d’élus - donc plus de poids dans le futur Parlement - en étant un dixième de point derrière elle.

Corollaire de la sacralisation de cet enjeu : le débat de fond, sur les projets européens, est passé au second plan, au profit d’un énième avatar d’une campagne politique nationale. Encore un comble pour le chef de l’État : il voulait mettre l’Europe au centre du débat français, c’est sa personne qui se retrouve au centre du débat européen.

Enfin cette focalisation sur le duel LREM-RN conduit à un décalage entre l’affiche française et le paysage européen. Dans le futur Parlement de Strasbourg, ces deux forces compteront, mais aucune ne sera en mesure de gouverner ou d’imposer seule le futur équilibre politique au sein de l’Union. C’est le troisième comble pour Macron : il n’a eu de cesse de promouvoir un élargissement du jeu partisan à l’échelle de l’Union, jusqu’à défendre l’idée de listes transnationales ; il a fini par valoriser un match qui ne domine l’échiquier qu’à l’échelle de la France. Il a fait ce qu’il reprochait aux autres de faire avant lui.

Paru dans Le Figaro, 25 mai 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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