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Agriculture et mondialisation

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va augmenter de 20 % et atteindre 9 milliards d’individus. Certes ni l’Europe, Russie comprise, ni l’Amérique du Nord ne seront touchées par cette explosion. Bien plus, des États comme l’Allemagne, la Russie, l’Italie ou l’Espagne verront leur population baisser fortement. L’explosion démographique touchera l’Afrique, l’Asie et l’Amérique indo-latine. Dès à présent, la population de ces trois continents demeure mal nourrie et les mutations climatiques entraînent des famines importantes : en Inde, dans la Corne de l’Afrique, en Afrique sahélienne et en Amérique latine.
Comment l’agriculture doit-elle réagir devant cette expansion démographique ? Il est vrai que 75 % de l’agriculture mondiale fonctionne encore aujourd’hui selon des méthodes quasi anciennes. En apparence, des gains de productivité considérables peuvent être instaurés. Ce n’est pas si simple que cela. Au Moyen-Orient, le rendement des cultures maraîchères et fruitières, l’exploitation des forêts offrent en Israël le double ou parfois le triple des recettes que connaissent les agricultures arabes voisines. Il est intéressant de constater que les voisins d’Israël dans les pays méditerranéens n’ont pas été capables – ou n’ont pas voulu – réformer leurs méthodes traditionnelles. Cela est aussi vrai de la Roumanie ou de la Bulgarie que de la Turquie, la Syrie ou l’Égypte. Incontestablement, cela est dû largement à un certain mépris du monde agricole.

Aujourd’hui, l’agriculture alimentaire est menacée. Tout d’abord, comme le soulignent les écologistes, dans les régions développées, on a vu ces dernières décennies des consommations de viande considérablement augmenter, déséquilibrant la répartition des sols, au profit de l’élevage, au détriment des céréales. Ensuite, souligne l’Inra dans un rapport récent, de plus en plus de terres sont consacrées à la production de produits de substitution aux hydrocarbures, diminuant d’autant la part des sols destinés à l’alimentation. Naturellement, il ne faut pas négliger l’évolution climatique. Le réchauffement entraîne de plus en plus de sécheresse. Tout cela entraîne une dégradation des sols, accélérant la mutation chimique de l’eau. Là encore, les diverses méthodes d’irrigation, pas toujours bien comprises dans les pays développés, ne sont pas bien suivies dans les pays en développement. L’agriculture, on le sait, est entièrement liée à l’utilisation de l’eau. Celle-ci devient un élément non négligeable de la géopolitique. Par exemple, il faut être conscient que la reconnaissance d’un État palestinien réduirait de 40 à 50 % les possibilités aquifères de l’État d’Israël. L’eau est aussi en concurrence entre l’agriculture et l’énergie. Le cas du Mékong est particulièrement significatif. La Chine a besoin d’énergie et veut donc installer une série de barrages hydroélectriques sur le fleuve. Or cela affaiblit les potentialités en eau (en Thaïlande, au Laos, au Vietnam et au Cambodge). On constate dès à présent une hausse de la salinisation des eaux et des sols dans le delta du Mékong. Il faut d’autre part mettre en avant l’achat de plusieurs millions d’hectares de sols alimentaires en Afrique par la Chine et les monarchies arabes, qui exploitent avec une méthode néocolonialiste dramatique les paysans noirs. Bien plus, on constate que certaines universités américaines, en particulier Harvard, achètent des millions d’hectares au profit de leur fond de développement (en Tanzanie, au Sud Soudan et en Éthiopie notamment). "Il semble évident que ces exploitations créeront peu d’emplois et évinceront des milliers d’occupants".

L’agriculture de demain, si elle veut jouer son rôle, doit s’engager dans de nouvelles politiques. Tout d’abord renforcer considérablement une politique de formation et d’éducation des cultivateurs, les faire passer de la houe à la charrue. Par ailleurs, constituer de vrais réseaux de haute formation technique, instituts d’agronomie, de pédologie, d’hydraulique agricole, de manière à éviter la dégradation des sols. Et tout d’un coup, on s’aperçoit que cela implique aussi une recherche sur les semences et les plantes. Il n’est pas dit que le combat contre les OGM soit véritablement judicieux. Que certaines graines soient particulièrement nocives et qu’il faille les interdire est une chose, mais il faudrait poursuivre des recherches sur d’autres produits qui soient compatibles avec les besoins des hommes et des femmes de demain. Il y a aujourd’hui près de 15 % des individus sur cette terre qui vivent au seuil de la famine. Quand il y en aura un milliard et demi de plus, où en serons-nous ?
Pour conclure, il ne faudrait pas oublier la catastrophe qu’a été la politique agricole de l’Union soviétique et de ses satellites. Le système des kolkhozes a été un gigantesque échec, et il y a encore des entreprises de ce modèle, en particulier en Ukraine, Russie et Biélorussie.
En définitive, cette chronique montre que les problèmes internationaux ne sont pas obligatoirement militaires ou stratégiques. Il faudrait bien plus souvent analyser comme il convient les problèmes économiques et sociaux, de manière à intégrer toutes les données importantes qui ne sont pas seulement militaires ou stratégiques.

Paru dans La Nef  n° 229 de septembre 2011

DREYFUS   Francois-Georges

Né le 13 septembre 1928
Marié - 3 enfants

Professeur d'université

Universitaire
Agrégé d'histoire
Docteur ès lettres
Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (depuis 1991).
Chaire d'Histoire et de géopolitique des mondes européens au XX°s.
Membre du Synode régional de l'Eglise luthérienne de Paris.

Lauréat de l’Académie française (1967) (1975)

Ouvrages
Les Forces religieuses dans la société française (1966)
Le Syndicalisme allemand contemporain (1968)
Le Temps des révolutions (1969)
Histoire des Allemagnes (1970)
Histoire es Gauches en France (1975)
Histoire générale de l’Europe (1980)
De Gaulle et le Gaullisme (1982)
Des évêques contre le pape (1985)
Les Allemands entre l’Est et l’Ouest (1987)
Histoire de la démocratie chrétienne en France (1988)
L’Allemagne contemporaine (1991)
L’Unité allemande (1993)
Histoire de la Résistance (1996)
Le IIIè Reich (1998)
1919 – 1939 : l'Engrenage (2000)
Histoire de Vichy (2002)
Une Histoire de la Russie (2005)

Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Chevalier de l’Ordre national du Mérite
Commandeur des Palmes académiques
Commandeur du Mérite de l'Ordre du Saint-Sépulcre
Officier de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne
Officier de l’Ordre de la couronne de Belgique

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