Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Islamisme, salafisme, wahabisme, ...

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Évaluer cet élément
(3 Votes)
Islamisme, salafisme, wahabisme, Frères musulmans, djihadisme... Mais de quoi parle-t-on au juste ?
 
Tous ces noms sont utilisés sans réel souci de précision sémantique, y compris de la part de ceux qui devraient pourtant veiller à nommer les choses avec précision pour en comprendre la teneur réelle, donc leurs implications politiques : je veux parler des journalistes et des hommes politiques.
Voilà un vrai sujet "d’amalgame" qui est grave, car il obscurcit la vérité !
En effet, cette confusion savamment entretenue permet du coup une véritable manipulation politique comme nous allons le voir.
 
L’islamisme fait référence à un phénomène polymorphe et ne constitue pas une catégorie en soi. Ce terme était déjà utilisé dans les siècles passés, pour désigner simplement la religion musulmane, sans prétendre signifier une tendance idéologique quelconque au sein de l’islam. Nous ne nous y attarderons donc pas.
En revanche, il est très important, pour ne pas dire fondamental, de comprendre ce que revêtent exactement les termes de salafisme, islam politique et djihadisme que nous allons aborder successivement.
 
Le salafisme
Dans son principe, le salafisme désigne des mouvances de l’islam centrées sur un puritanisme religieux et social, mais qui se désintéressent du politique. Il tire son nom du mot salaf, qui, en arabe, désigne les Pieux ancêtres, les premiers compagnons de Mahomet, supposés évoquer un âge d’or de l’islam aujourd’hui révolu en raison d’un dévoiement de cette religion au fil du temps.
Historiquement, si cette référence aux premiers temps "non-corrompus" est une constante de l’islam dès le départ, elle a  fait l’objet de développement doctrinaux, d’abord avec Taqî ad-Dîn Ahmad Ibn Taymiyya, théologien rigoriste qui vivait à cheval sur les XIIIème et XIVème siècles, puis avec Abd el Wahhab au XVIIIème siècle. C’est ce dernier qui va donner naissance au wahhabisme, qui représente la version la plus aboutie du salafisme. Suite au Pacte passé en 1744 entre son fondateur et le chef tribal Ibn Séoud, ancêtre de la dynastie régnante aujourd’hui, le wahhabisme constitue l’islam officiel en Arabie saoudite et au Qatar. Cette mouvance est présente dans tous les pays arabes.
De quoi s’agit-il ?
Le Pacte de 1744 établit un partage des tâches : la gestion politique est dévolue à la famille régnante, en échange de quoi celle-ci doit imposer une norme sociale conforme à la doctrine (police des mœurs, interdiction de la mixité, etc.).
Le but poursuivi consiste à appliquer une orthodoxie sunnite la plus intransigeante, en islamisant la société par le bas, grâce à la prédication et la gestion des œuvres sociales, éducatives et sanitaires qui permettent de toucher directement la population.

Les caractéristiques principales de cette mouvance sont les suivantes :
Les salafistes acceptent l’autorité de l’Etat pourvu qu’ils aient le champ libre dans le domaine religieux ; ils sont violemment anti-chiites, profondément opposés aux pratiques "déviantes" telles que le culte des saints par exemple, et très hostiles au soufisme, jugé hérétique.
Ils tolèrent les juifs et les chrétiens, mais seulement comme dhimmis, c’est-à-dire comme citoyens de deuxième zone.
Si l’immense majorité de ces salafistes sont qualifiés de "quiétistes", parce qu’ils veulent pratiquer leur religion de manière apaisée, il existe cependant des groupes de pression qui cherchent soit à orienter le pouvoir politique qui n’en ferait pas assez, soit se montrent ouvertement critiques d’un régime jugé trop corrompu.
Mais, contrairement aux idées propagées, la mouvance salafiste ne prône en aucun cas le recours à la violence.
Pour résumer, on peut dire que le salafisme est à l’islam ce que le jansénisme fut au christianisme.
 
L’islam politique : les Frères musulmans (FM)
Dans son principe, pour les FM, l’islam doit être un vecteur pour parvenir au meilleur système de gouvernement possible, en conformité avec les préceptes des textes sacrés que sont le coran et la sunna (tradition du prophète Mahomet). Comme les salafistes, le FM cherchent donc à instaurer une société "la plus musulmane" possible. Cependant, il s’agit là d’une approche graduelle et progressive qui prend en compte les circonstances locales. Selon ce courant, l’action politique prime sur les questions religieuses.
Historiquement, la confrérie des FM fut fondée en 1928 par un instituteur égyptien du nom d’Hassan Al-Banna.
Le but poursuivi consiste à réformer les pouvoirs existants pour les rapprocher d’un "modèle islamique" aux contours laissés flous par son initiateur.
 
Les caractéristiques principales de cette mouvance sont les suivantes : il s’agit de participer au système en place, tel qu’il se présente, pour le réformer de l’intérieur, par le haut. La conquête du pouvoir se fait par les moyens légaux, excluant l’usage de la violence. Ce fut le cas avec l’arrivée au pouvoir du Président Morsi en Egypte, du parti Ennahda en Tunisie et du Parti pour la justice et le développement (PJD) actuellement au pouvoir au Maroc dans le cadre d’une coalition. Tous ces partis sont arrivés au pouvoir par des moyens légaux.
Les FM font donc preuve d’un grand pragmatisme politique.
Ils cherchent à instaurer un Etat à caractère civil, mais de référence islamique. Le but politique l’emporte sur l’orthodoxie sunnite. Ils se montrent beaucoup plus tolérants vis à vis du chiisme et du soufisme, et, d’une manière générale, ils composent avec la pluralité.
Les FM connaissent cependant de nombreux clivages internes, ainsi qu’une fracture générationnelle qui l’affaiblissent.
Les FM ne sont donc pas en soi les diables que l’on représente trop souvent. Ils ne promeuvent nullement attentats, meurtres, djihad ou autre usage de la violence.
D’où leur vient alors cette réputation ?
 
Elle leur vient essentiellement des monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, immédiatement suivie par les Emirats arabes unis (EAU). Ces pays abhorrent les FM, car ces derniers n’hésitent pas à reprocher aux familles régnantes leur absence de légitimité, leur corruption et leurs compromissions religieuses et politiques. Les FM sont perçus comme des facteurs de déstabilisation des régimes en place pour lesquels il est beaucoup plus confortable de soutenir des salafistes qui n’aspirent pas à prendre votre place pourvu qu’on leur laisse le champ libre dans leur domaine de prédilection.
C’est ce qui explique que, dès le départ, l’Arabie saoudite s’est opposée avec force à l’arrivée au pouvoir des FM en Egypte, pourtant soutenus par les Etats-Unis. En effet, l’Egypte assure à l’AS sa profondeur stratégique et sa réserve de main d’œuvre tant civil que militaire. Il était donc difficilement acceptable qu’il y ait une différence de régime politique entre les deux Etats. D’où le soutien massif apporté par l’AS et les EAU au coup d’Etat militaire qui a chassé les FM d’un pouvoir qu’ils avaient pourtant acquis par un processus à peu près démocratique.
 
La famille djihadiste
Dans son principe, la famille djihadiste est composée de musulmans d’obédience salafiste qui ne croient pas à la réforme des pouvoirs existants et prônent leur renversement par la violence, en vue d’instaurer un Etat islamique totalement fantasmé. Ils ont été rejoints par des salafistes et des FM déçus et frustrés par leurs échecs.
Historiquement, cette mouvance s’origine dans les écrits de Sayyed Qotb (FM en rupture de ban). Cette source FM a progressivement évolué vers une approche salafiste, donc plus rigoriste, mais non quiétiste. Cette doctrine inspire les différents mouvements terroristes actuellement à l’œuvre (Al nostra, Al Qaïda, Daesh, etc.).
Leur but politico-religieux consiste à "instaurer la souveraineté de Dieu sur la terre", face d’abord à une société musulmane dévoyée, mais également face aux mécréants (avec en tête les Occidentaux, suppôts des monarchies corrompues du Golfe). Cette approche politico-religieuse s’inspire directement de la vision messianique d’un islam à portée universelle, telle qu’elle est véhiculée par le coran.
 
Les caractéristiques principales de cette mouvance sont les suivantes : opposition aux régimes arabes en place ; opposition aux FM, accusés d’avoir trahi l’idéal islamique ; opposition à l’Occident à compter des années 1990, accusé de soutenir des régimes corrompus, opposition au chiisme, en raison de son caractère schismatique par rapport à la "vraie foi".
Vision manichéenne d’un islam salvateur face à un monde "impie".
On distinguera deux tendances récentes qui différencient désormais Al Qaida de DAESH, en disant qu’Al Qaida est à DAESH ce que Trotski fut à Staline. Le premier promeut un islam "hors sol", à vocation universelle, tandis que le second privilégie d’abord la constitution d’un véritable Etat "incarné" dans un territoire, un peuple, et une structure étatique, avant de cherche à se répandre au-delà.
 
Conclusion
Une fois encore, les lignes qui précèdent peuvent revêtir un caractère un peu simplificateur. Les ramifications des différents courants terroristes sont innombrables. Leurs membres passent de l’un à l’autre au gré des circonstances et de leurs intérêts du moment.
Il faut surtout retenir que les mots employés doivent désigner des choses précises et exactes, au risque sinon de ne rien comprendre aux arrières pensées des acteurs, au premier rang desquels l’Arabie saoudite joue un rôle essentiel, souvent très ambigu.
Le Président Obama ne s’y est pas trompé, qui soutenait les FM en Egypte, car il avait cru percevoir là le moyen de stabiliser ce pays essentiel du Moyen-Orient. Mais c’était oublier l’incapacité totale des FM, totalement dénués de la moindre expérience politique, à affronter des difficultés inouïes pour remettre sur les rails un pays en pleine déliquescence. Incompétents, assurément, mais diaboliques, pas sûr.
En avril 2015, dans un discours sur les grandes orientations américaines pour les relations internationales, Barak Obama invite fermement les pays du Golfe à se réformer structurellement de l’intérieur pour apaiser les tensions internes qui menacent les régimes en place.
L’Arabie saoudite y a vu la rupture du Pacte du Quincy (sécurité contre pétrole) qui unissait les deux pays depuis 1945. Elle a alors décidé de développer, autant que faire se peut, une politique plus autonome, en s’affichant comme chef de file d’une coalition sunnite pour lutter d’une part, contre une supposée volonté hégémonique iranienne, et, d’autre part, contre un terrorisme dont elle a très imprudemment favorisé l’éclosion en son sein.
Mais c’est un autre sujet.
BINNENDIJK Bertrand

Né le 30 mars 1953
Marié - 7 enfants
 


Officier général
 

Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan
Ecole supérieure de guerre (ESG)
Diplômé d’études approfondies en histoire militaire et relations internationales
Diplôme de droit canonique (Institut catholique de Paris)


Après avoir exercé des commandements dans différentes unités de l’Arme blindée Cavalerie, il s’est orienté vers les relations internationales, en occupant différents postes en état-major de haut niveau et à l’étranger.
 
Officier de liaison-instructeur auprès de l’Army command and staff College, en Grande-Bretagne (1994-1997)
Attaché de défense près l’ambassade de France à Tel Aviv, en Israël (2001-2004).
 
A dirigé la Division Maîtrise des armements, puis la division Monde de l’état-major des armées.
A ce titre, a participé aux négociations de contrôle des armements dans le monde et travaillé au développement de la coopération militaire avec les pays du Proche et Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Amérique latine.
 
Après avoir quitté le service actif,
a passé un diplôme de droit canonique à la Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris et poursuit actuellement des études de théologie.
Dans ce cadre, a rédigé un mémoire intitulé "L’Eglise catholique au Maroc : l’Accord de 1983 entre le Roi Hassan II et le Pape Jean-Paul II".
 

Conférences sur la crise israélo-palestinienne
Enseignement de l’Islam à l’IRCOM d’Angers.
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Officier dans l'Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version