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L'année du singe

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L'année du singe                                     
 
L'ANNEE du SINGE commence ce 9 février selon le calendrier lunaire, et sera bénéfique : le Singe est malin, lucide et positif, porteur de nouveautés, contrairement à la Chèvre obtuse qui le précéda. Les pays asiatiques se préparent donc au changement, espérant de sérieux coups de chance dans le maelstrom contemporain, et aussi  un "boom" notable des naissances – notamment en Chine – destiné à compenser la baisse de natalité de l'Année passée, enrayer les désastreux effets de la défunte politique de "l'enfant unique" et faire face à l'invasion des septentes/nonantes. Beaucoup de femmes d'Orient Extrême prévoient la venue d'un enfant sous l'égide du Singe, achètent la layette ornée de son petit portrait grimaçant. Toutefois les célébrations seront moins délirantes dans un contexte de repli économique qui fait "mettre la puce à l'oreille" du singe.
 
Le pourtour Pacifique, l'Asie de Séoul à Singapour, de Tokyo à Jakarta, de Mumbai à Kuala Lumpur se présentent comme des laboratoires économiques et financiers fascinants, à la fois pétris des recettes apprises au contact des Occidentaux et tentés par des expérimentations nouvelles afin de faire barrage à une éventuelle "vraie" récession. Toutes ces nations ont découvert la "croissance", l'enrichissement, la consommation, à une très grande vitesse -un demi-siècle- et la crainte majeure est de subir l'effondrement de ces systèmes de profits et progrès dans un chaos généralisé, car ils sont désormais interdépendants et "chacun dépend de la bonne santé de tous".
 
L'aspect politique joue son rôle : l'Empereur Akihito du Japon, qui n'est plus un dieu depuis 1946, et l'Impératrice, ont fait une visite officielle spectaculaire aux Philippines, martyrisées entre 1943 et 1945 ; avancée notable de reprise de relations paisibles et ... économiques : il s'est excusé pour les 100 000 victimes de la guerre, et a "demandé pardon" aux familles. Peut-être n'en pense-t-il pas un mot, et à 80 ans cela lui est-il indifférent, mais la démarche est faite, constructive et honorable.
De même, Singapour envisage, le fondateur-mentor Lee disparu l'an passé, de faire évoluer son système présidentiel très "paternaliste" vers plus d'ouverture et de participation des diverses collectivités.
Jakarta met un peu d'ordre dans ses institutions, ce qui fait bien plaisir à ses voisins, Kuala Lumpur punit désormais gravement la corruption de ses leaders les plus indélicats.
Et les Australiens se promettent de devenir une République à part entière mais avec courtoisie, ils attendront pour ce faire la disparition de la reine Elisabeth. Cela ne veut pas dire que le Commonwealth est en train de périr, mais il se situe sur une autre base, davantage économique et financière, et bien moins politique (à l'exception du principe du parlementarisme ouvert) ; les ultimes oripeaux de "l'Empire" s'effacent au profit d'une collaboration plus éclairée.
 
Dans toutes les capitales, afin de soutenir l'économie, des travaux partout : on démolit les horreurs béton des années 70/80 et des quartiers traditionnels pour les remplacer par des buildings en matériaux récents qui permettent des formes surprenantes, ou par des habitats de 50 étages, façon Hong Kong, maigres comme des cigarettes. On prolonge les lignes de métro, on crée des stades, des piscines, des musées, de nouveaux campus pour des étudiants de plus en plus nombreux. Séoul dévore ses banlieues, Tokyo ses villages excentrés, des lignes de Train à Grande Vitesse sont en construction de Séoul à Busan, le grand port du sud, de K.L. à Singapour. Cette dernière est de nouveau un chantier permanent, Jakarta (qui n'a toujours pas de plan d'urbanisme) s'étale à perte de vue.
 
Dans cette frénésie d'évolution et cette volonté de "bien faire", deux préoccupations plombent l'horizon :

D'une part le poids de la Chine continentale, sa stagnation brutale après 12 années de croissance continue, et pour ne pas dire carrément une récession dans certains secteurs, le désordre financier et bancaire, l'opacité des gestions, ses mensonges, sa corruption. Tous les pays du Pacifique ont investi en Chine massivement, de même que la Chine -investissement public ou privé – a énormément investi dans ces pays sous des formes très variées. Le pays est également la proie de désordres sociaux de plus en plus évidents. Les bas salaires et le très pesant univers du travail en sont la cause. L'internet, même contrôlé, informe les travailleurs. Le monde rural est en perdition : sa pauvreté endémique, son insuffisance, font que les Chinois risquent à nouveau de mourir de faim et importent déjà une partie non négligeable de l'alimentation des cités géantes (qui ne produisent que du papier et du béton). Les catastrophes naturelles sont légion et dûment cachées. Tout cela inquiète beaucoup et n'ouvre pas des perspectives rassurantes. La lutte pour le maintien ou l'élévation du niveau de vie sera dure.
 
En second lieu, la crainte de "la lèpre" terroriste est devenue -sans être encore aussi préoccupante qu'en Occident- très présente : les actes et les menaces perpétrés par l'ISIS (Islamic State in Irak and Syria, version anglaise de daesh) engendrent des mesures de prévention, une surveillance discrètement accrue. Certes, si l'insouciance et la joie de vivre restent affichées, la crainte du délitement de l'ambiance souhaitable à l'activité économique est palpable. La Malaisie est aux premières loges des inquiétudes : les crashes d'avions répétitifs restent inexpliqués, Kuala Lumpur a subi des attentats engendrant de nombreuses arrestations ; Djakarta a subi au moins 5 attaques terroristes en quelques mois. La main d'œuvre bengali, massivement importée, est considérée comme un pôle de dangerosité potentiel. Le Bangla Desh (absurdité de la Partition de 1947) est un terreau inépuisable de révoltés, tout comme le Pakistan, plus riche et plus dangereux. Les deux craintes principales sont – comme en Europe – les bandes ou individus isolés, indétectables dans la vie ordinaire, et l'endoctrinement des jeunes via les réseaux sociaux. Néanmoins, dans les capitales on est partout tout le temps sous caméras, les voitures et camions sont très contrôlés, comme les aéroports...restent les activités maritimes, pas toujours très claires, les "infiltrations anciennes" via les activités mafieuses (drogue, armes, prostitution).
 
Le risque terroriste peut également enclencher des réactions racistes, de violents rejets ; or tous ces pays Pacifique ont joué la carte (non sans mal) de la bonne entente entre tous les groupes. Le Japonais nouveau aime le monde entier, le Coréen a oublié le Mandchoukouho, Singapour est fier de ses quatre communautés réunies en une seule nation ; le Premier ministre a réuni à une journée de célébration les chefs des six religions également présentes sur l'ile-état au milieu de 15 000 enfants de toutes les écoles de toutes les appartenances (puisque les écoliers ont des uniformes affichant ainsi leur communauté). Ce fut très beau. L'Australie qui rejeta si longuement les Asiatiques, les absorbe désormais dans ses remarquables universités : à Sydney ou Melbourne, deux étudiants sur quatre sont Coréens, Japonais, Singapouriens, Philippins, etc...
 
Quelle est l'image de la France dans tout cela ? Globalement, - lorsqu'on sait qu'elle existe, ce qui n'est pas toujours le cas – on l'aime bien : les violences à Paris en 2015 ont été suivies avec compassion. Mais elle apparaît souvent désuète, un peu "à coté de ses pompes", confinée dans la culture, la mode et la littérature. Sur le plan politique, les critiques sont nombreuses : les Asiatiques ne comprennent pas qu'avec autant de gens dits "talentueux", la France n'arrive pas à sortir de l'ornière. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, les caricatures vont bon train : on y voit François 2 (le rond) affolé par l'héritage de François 1er (l'énigmatique), les gesticulations auprès des Indiens et des Iraniens font sourire, le nouveau "plan" anti chômage a été qualifié de "electoral gimmick", ce qui n'est pas vraiment un compliment. Un éditorialiste australien va plus loin qualifiant l'éventail de nos politiciens présidentiables de "champ de menhirs  plantés dans le paysage politique depuis des lustres", soulignant l'immobilisme, l'absence d'ambition autre que personnelle et le blocage imposé par des extrêmes droite ou gauche sans programme et incapables de transactions.
 
Quels sont les Français actuellement "bien considérés" en Zone Pacifique ?
Zinedine Zidane, toujours, idole de millions de gamins ; on aime bien Gilles Simon aussi et Montfils (original). Philippe Stark fait un malheur à Séoul, à Tokyo, à Singapour : on l'adore ; il est vrai qu'il a un mental parfaitement adapté à la vision asiatique alliant efficacité et esthétique : il vend concepts d'hôtels, d'aéroports, des magasins, des objets, des piscines, des intérieurs d'avions, de voitures... Bref, la gloire ! Bien sûr, il y a les marques habituelles, Vuitton, Dior, Chanel et tous les autres, mais la concurrence est dure avec les nouvelles générations de créateurs... Côté sérieux, Jean Claude Trichet (ex BCE, maintenant président du groupe des 30) est très écouté. Madame Christine Lagarde est très estimée, et le renouvellement de son mandat FMI a été énergiquement soutenu ; en plus on la trouve élégante et pleine d'humour. Mais celui qui a "enchanté" l'Asie début janvier c'est Cédric Villani, notre Médaillé Field 2010 (l'équivalent d'un Nobel en mathématiques) : en tant que président de l'Institut Poincaré de Paris, il a été convié, après être déjà venu en 2013, à présider le Global Young Scientists Summit de l'Université de Singapour, lequel réunit tout le "gratin" des jeunes chercheurs en mathématiques théoriques et technologie du monde entier. C'est un événement considérable. Villani, avec son physique à la Franz Liszt et ses 42 ans triomphants, a séduit tout le monde par son érudition, son ouverture aux autres et à l'avenir de la science "pour créer un monde meilleur", son originalité. Spécialiste des théories cinétiques et des états instables de la matière, il a rappelé que Poincaré "avait été le dernier mathématicien, à la fin du 19ème siècle, à avoir la maitrise de l'ensemble des mathématiques". Après lui, la recherche s'est à la fois élargie et parcellisée, ce qui rend "indispensable" des réunions mondiales telles que le Global Summit. Il a conclu les travaux en insistant sur le fait que seules la culture et la connaissance peuvent développer la curiosité, le partage et la créativité, tellement essentielles à "la vitalité du monde". Ce fut un moment enchanté. Des pages de presse entières ont été consacrées à Cédric Villani et à cet événement.
Qui, en France, connait le Professeur Cédric Villani ?
Bonne Année lunaire...
(1) Depuis janvier, la reine ne règne déjà plus sur l'Ile de La Barbade qui a sauté le pas, devenant une république à part entière.
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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