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USA : crise constitutionnelle ?

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Etats-Unis : crise constitutionnelle en gestation ?
 
En déclarant n’accepter le verdict des urnes que s’il était élu, Donald Trump a choqué l’Amérique. La réaction a été immédiate. La classe politique et les médias ont condamné sa déclaration. Il a alors annoncé qu’il accepterait le verdict s’il est "juste". Les résultats d’élections présidentielles ont été contestés dans le passé mais jamais un candidat n’a refusé à l’avance la décision des électeurs. C’est donc l’annonce d’une crise constitutionnelle grave qu’il a faite. Comment en est-on arrivé là ?
 
Il y a un malaise dans la société américaine qui ne se reflète pas dans les statistiques officielles mais qui n’en est pas moins réel. Des mouvements, déjà anciens, comme Tea Party ou Occupy Wall Street ou plus récents, comme Black lives matter ou Our Revolution, en sont l’expression. Un sentiment permanent d’insécurité, l’augmentation des frais médicaux et du coût des études universitaires, l’écart de revenu entre classes laborieuse et dirigeante, etc. tous ces facteurs concourent à ce malaise. Donald Trump surfe sur ce malaise. Il est le candidat de la majorité silencieuse, cette Amérique profonde chère à Nixon, qui ne croit plus au rêve américain. Mais, ses frasques, ses excès de langage, son style l’ont isolé ainsi que ses propos sur Vladimir Poutine, l’OTAN, etc. Les caciques du Parti républicain qui craignent pour leur réélection, prennent leurs distances.
 
A sa décharge, pour être comprise son annonce sur le verdict des urnes doit être remise dans son contexte. Il existe un vif débat aux Etats-Unis sur le processus électoral. L’utilisation de machines électroniques qui ne laissent aucune trace écrite, est l’objet d’une controverse depuis de nombreuses années. Bill Moyers de Public Broadcasting Services, programma il y a quelques années une émission démontrant qu’elles sont programmées pour faire élire un candidat donné. C’est à cette controverse que Donald Trump fait allusion quand il déclare être prêt à se soumettre au verdict des urnes que s’il lui est favorable. Sa déclaration quelques jours plus tard qu’il acceptera le résultat s’il est "juste", ne change rien à l’affaire car elle sous-entend que le processus est "truqué".
 
Hillary Clinton se présente comme la candidate du rassemblement, susceptible de répondre aux attentes des "petits blancs" sans aliéner le vote noir ou latino. Elle s’appuie sur ses quarante années d’expérience et son bilan pour convaincre. Mais les révélations de WikiLeaks sur ses courriels non sécurisés, ses liens avec Wall Street, ou les tentatives, vraies ou fausses, pour écarter la candidature de Bernie Sanders lui font du tort. L’origine des fonds de la Fondation Clinton qui a collecté 2 milliards de dollars depuis sa création, est aussi l’objet d’un vif débat. Il semble en effet qu’en tant que ministre des affaires étrangères, elle ait accordé des faveurs à des personnes ou à des états étrangers en échange de dons à la Fondation.
 
A ce lourd bilan, s’ajoute sa politique jusqu’au-boutiste au Moyen Orient qui fait courir le risque d’une confrontation directe avec la Russie, selon le témoignage du général Joseph Dunford, chef d’état-major des armées. Le général qui répondait à une question du sénateur Lyndsey Graham, ajouta que c’était là un risque qu’il n’était pas prêt à prendre. Car dans cette éventualité, le recours à l’arme nucléaire ne peut plus être exclu. La miniaturisation des ogives en facilite l’usage, comme l’a prophétisé Zbigniew Brezinski, ancien conseiller à la Sécurité Nationale du président Carter dans un article de Foreign Affairs.
 
En résumé, les Américains ont le choix entre un électron libre ou une va-t-en-guerre. Face à ce choix, certains ont décidé de s’abstenir. L’abstention est en progrès. Sur une courbe de tendance commençant en 1950, elle atteindra 50 % en 2016. Dans ce cas, si Donald Trump ou Hillary Clinton est élu avec 50 % des suffrages exprimés (1), il ou elle n’aura été élue que par 25 % des électeurs inscrits – 75% des électeurs n’auront pas voté pour lui ou pour elle. Quelle serait alors la légitimité de l’un ou de l’autre ? Si à cela, s’ajoutent le doute sur le processus électoral exprimé par Donald Trump mais partagé par un certain nombre d’Américains et le malaise profond de la société américaine, le risque d’une crise constitutionnelle ne peut être exclu.
 
Dans cette hypothèse, les Américains ne seraient-ils pas en droit d’exiger la convocation d’une assemblée constituante, semblable à celle de Philadelphie de 1787, pour repenser leur démocratie selon l’idéal exprimé par Abraham Lincoln à Gettysburg en 1863 : un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.
 
(1) 48,9 % est le taux moyen obtenu par les présidents élus depuis John Kennedy.
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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