Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Le multilatéralisme

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Le multilatéralisme, le grand défi pour 2017
 
Toute la grande histoire diplomatique du XXe siècle se confond avec le long effort des hommes de bonne volonté pour construire un multilatéralisme qui fonctionne dans les relations internationales. Après le suicide européen de la Première Guerre mondiale - provoqué par une réaction en chaîne sur des alliances militaires bilatérales -, la SDN de Genève avait suscité un immense espoir. Il fut vite déçu, après que le Sénat américain eut refusé la ratification du traité de Versailles et donc l’adhésion de la première puissance mondiale au nouveau système diplomatique multilatéral.
Il fallut le traumatisme supplémentaire de la Seconde Guerre mondiale, puis l’édification de l’ONU par les puissances victorieuses pour que le multilatéralisme s’impose enfin dans les relations internationales. Ce dernier a incarné une triple avancée en diplomatie. Il donne du temps à la décision, temps qui permet de laisser retomber la fureur des réactions de sang chaud et évite l’improvisation. Grâce au forum que constitue toute enceinte multilatérale, il exige un effort minimum d’explication publique - et donc de réflexion stratégique - de la part de l’État qui entend prendre telle ou telle initiative périlleuse pour la paix. Le multilatéralisme, source du droit international, a créé pour les puissances un devoir de justification par rapport à celui-ci. Enfin, tout système multilatéral fournit mécaniquement de multiples partenaires prêts à jouer les médiateurs. Jamais la guerre franco-prussienne de 1870 n’aurait éclaté si Napoléon III avait dû exprimer ses griefs - très exagérés - dans un cadre multilatéral. Le discutable geste de colère de Khrouchtchev, frappant de sa chaussure son pupitre à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1960, a eu le mérite d’être spectaculaire, sans que soit versée la moindre goutte de sang. Si le président George W. Bush s’en était tenu au respect des règles de l’ONU, il n’aurait pas pu intervenir en Irak en 2003, et les États-Unis, comme le Moyen-Orient, s’en seraient portés beaucoup mieux. Le multilatéralisme ne peut pas à lui seul garantir la paix mondiale. Mais il accroît considérablement ses chances, comme l’a montré l’accord de désarmement nucléaire signé avec l’Iran le 14 juillet 2015.
Les institutions multilatérales ont démontré leur utilité dans bien d’autres secteurs depuis 1945 : la stabilité financière (FMI) ; le commerce international (OMC) ; la prévention des épidémies (OMS) ; la lutte contre le réchauffement climatique (succès de la COP21), etc.

La grande question pour les relations internationales en 2017 est de savoir si les grandes puissances continueront ou non à jouer le jeu apaisant du multilatéralisme.
Entre Washington et Pékin, les relations promettent d’être tumultueuses. Donald Trump a bien sûr le droit de prendre qui il veut au téléphone, y compris la présidente de Taïwan. Malvenue est la leçon que cherche à lui faire la Chine, au moment même où elle foule aux pieds les engagements qu’elle avait pris pour Hongkong. Trump est également fondé à critiquer une Chine qui envahit commercialement les pays étrangers, sans offrir la même ouverture sur son marché national. Mais attention aux dégâts que pourrait faire une guerre commerciale bilatérale ! Il serait dangereux que Trump, mû par un ego surdimensionné, se mette en première ligne. Il serait préférable que les griefs américains s’expriment d’abord dans l’enceinte de l’OMC.
La principale pomme de discorde entre la Chine et ses voisins d’Asie du Sud-Est reste l’hégémonisme de Pékin en mers de Chine méridionale et orientale. Les Chinois ne devraient pas être aveuglés par le succès provisoire qu’ils ont obtenu en négociant bilatéralement avec le folklorique président philippin Duterte. La Chine ne retrouvera jamais la confiance de ses grands partenaires asiatiques tant qu’elle n’aura pas accepté de négocier avec eux dans un cadre multilatéral le partage de ces domaines maritimes.
En 2017, l’Amérique essaiera de rétablir un partenariat stratégique avec la Russie. Si un deal se faisait sur le dossier ukrainien - reconnaissance de l’annexion de la Crimée contre retrait russe du Donbass -, ce serait une chance pour la paix. Mais attention à ne pas donner le moindre signe de faiblesse au Kremlin ! La construction multilatérale qu’est l’Otan doit à tout prix être maintenue en Europe de l’Est, car la guerre est trop souvent fille de la peur.
En Europe, un Brexit dur serait une erreur. N’hésitons pas à prolonger les négociations. Les Anglais ont trop besoin des Européens et réciproquement. Les Brexiters ont été effrayés par l’invasion migratoire. Mais pour résoudre à long terme le problème de l’immigration illégale dans le monde, on a, à l’évidence, besoin de plus de multilatéralisme !
En diplomatie, ce n’est pas l’idéologie, mais c’est le réalisme qui plaide en faveur du multilatéralisme…

Paru dans Le Figaro, 3 janvier 2017
GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version