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La France et l’OTAN en Syrie

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La France et l’OTAN en Syrie
 
Depuis que le peuple syrien a commencé, il y a huit ans, d’être broyé dans l’engrenage d’une guerre implacable, je n’ai cessé d’exposer, dans divers articles, ce que je pensais être la nature réelle du conflit et d’en proposer une issue raisonnable. Je n’ai eu aucun succès. Ma voix a été étouffée par les proclamations bruyantes de nos gouvernants et le tintamarre de nos grands médias. Finalement c’est mon point de vue que les évènements ratifient en silence. Que le lecteur ne voie pas dans cette affirmation, l’expression d’une quelconque vanité. Je n’ai fait que reprendre le témoignage d’amis Syriens qui ont vécu dans leur chair, leur cœur et leur esprit le martyre de leur peuple.
C’est en leur nom encore que j’ai le plaisir de recommander un livre de Roland Hureaux : la France et l’Otan en Syrie. L’auteur y récapitule, dans un style vivant et clair, tout ce qu’il est important de savoir pour comprendre les origines, le déroulement et les conséquences de la tragédie syrienne.
 
Le pape François disait récemment que les conflits violents dans lesquels l’Occident s’est heurté à l’Orient musulman depuis un tiers de siècle, forment comme différentes batailles d’une guerre unique, une troisième guerre mondiale larvée. Les expéditions d’Afghanistan, d’Irak, de Libye et finalement de Syrie en sont des épisodes successifs. S’y ajoutent les interférences armées de l’Occident dans les disputes arabes, par exemple hier au Liban et aujourd’hui au Yémen. Roland Hureaux approfondit et précise cette thèse et il démontre pourquoi et comment le conflit syrien constitue, jusqu’à nouvel ordre, l’ingérence la plus brutale de l’Ouest dans les affaires du monde islamisé. La longueur des combats, l’étendue des destructions, l’accumulation des morts, l’ampleur des populations chassées de chez elles, témoignent, écrit-il, de l’acharnement des puissances occidentales, principalement des gouvernements de Washington et de Londres, contre l’Etat de Bachar El Assad. Le changement de régime que les dirigeants anglo-saxons ont réussi à Kaboul, à Bagdad et à Tripoli et dont le but a été de substituer des ministres complaisants à des dirigeants hostiles sous le masque d’une démocratisation à marche forcée, a été tenté aussi à Damas. Des moyens considérables ont été consentis. Armes et argent se sont déversés sur les "rebelles". Des "conseillers" militaires ont organisé leur lutte. Une formidable coalition (plus de cent gouvernements) a soutenu l’entreprise. A la surprise de tous les observateurs qualifiés, le projet a échoué. L’armée syrienne a tenu, l’administration a tenu, le gouvernement a tenu. L’aide de la Russie et de l’Iran ont ensuite fait pencher la balance du côté de Bachar El Assad. Roland Hureaux explique cette résistance imprévue en rappelant ses principales étapes.
Il dévoile aussi comment la réalité de cette guerre nous a été dissimulée par une propagande grossière dont nos politiciens et nos grands médias se sont fait les porte-parole. Ils nous ont mensongèrement présenté les affrontements armés sur le sol syrien comme la lutte de démocrates aux mains pures et aux intentions droites contre un dictateur "boucher de son propre peuple", qui n’était soutenu que par un clan de profiteurs et d’assassins. Vue ainsi, la victoire de Bachar El Assad est incompréhensible. C’est pourquoi la propagande s’est tue, mis à part quelques intellectuels obstinés.

L’auteur pense que la guerre de Syrie constitue un tournant majeur dans l’histoire tourmentée des relations entre l’Orient et l’Occident. Elle est pour ce dernier, un échec plus cuisant encore que ses déconvenues en Afghanistan, en Irak et en Libye. Reste à voir si la leçon a été vraiment comprise à Washington. L’épreuve de force entre Américains et Iraniens en fait douter.   
Un chapitre entier examine la position prise par la France dans la tragédie syrienne. Je n’ai pu lire sans un serrement de cœur les pages dans lesquelles Hureaux rappelle les déclarations et les actions de nos trois derniers Présidents. Pour figurer à l’avant garde des croisés de la démocratisation, les duos Sarkozy-Juppé, Hollande-Fabius et Macron-Le Drian ont follement dissipé l’héritage presque millénaire que nos diplomates, nos ordres religieux et nos soldats avaient amassé à grand peine dans le Proche Orient. Les pertes morale, politique et économique que leur légèreté nous cause, sont incalculables.
Tant de souffrance infligée à un peuple qui ne nous menaçait en rien, ne pouvait rester sans rétribution. L’auteur cite la prédiction que l’évêque de Mossoul nous a adressée. Elle reprend ce que m’avait annoncé un de ces grands spirituels que la chrétienté orientale produit souvent : "Notre souffrance ici n’est qu’un prélude à ce que vous devrez souffrir dans un futur proche". Depuis, les Etats de l’Union européenne, ces Etats qui n’ont eu ni le courage ni la clairvoyance de ne pas suivre les Anglo-saxons dans leur aventure, ont subi un contrecoup inattendu : l’afflux des réfugiés syriens sur le sol de l’Union a suscité la montée des "populismes", assuré la victoire du "Brexit" et ébranlé les institutions de Bruxelles. L’islamisme radical en a profité pour infiltrer chez nous ses terroristes. Ils ont fait des centaines de morts et nul ne peut assurer que leurs méfaits sont terminés. Roland Hureaux décrit en détail ce qu’il appelle le "traumatisme européen" et insiste sur son caractère durable.
     
L’ouvrage embrasse tous ces sujets et d’autres encore. Sa force de conviction vient de sa rigueur dans l’analyse et de la richesse de sa documentation. Peut-être les vérités qu’il présente seront-elles enfin reconnues, même s’il est bien tard pour réparer le mal que des chimères ont provoquées.

Envoyé par l'auteur, 27 juin 2019
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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