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Le maréchal Hubert Lyautey

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Communication donnée à l'Académie des Sciences d’Outre-Mer, pour son 90ème anniversaire, 26 juin 2012.

Ce 90ème anniversaire de la création de votre prestigieuse Académie me procure l’honneur et le plaisir d’évoquer aujourd’hui brièvement devant vous cette extraordinaire et fascinante personnalité qu’est le Maréchal Lyautey.
(…)
J’indiquerai brièvement ensuite en quoi Hubert Lyautey a été d’une parfaite fidélité à l’idéal et aux objectifs de votre Académie, et, m’appuyant sur les quatre verbes de votre Devise, j’ouvrirai quelques pistes de nature à souligner l’étonnante actualité des messages que sa vision prophétique, formulée il y a plus d’un siècle, continue à nous transmettre pour aujourd’hui et pour demain.


Le Maréchal Hubert Lyautey et l’Académie des Sciences d’Outre-Mer
Vous n’aurez pas manqué de noter que 2012 est non seulement l’année du 90ème anniversaire de votre Académie, mais marque aussi le 100ème anniversaire du Traité de Fez dont la signature a été un évènement fondateur de la vie et de l’œuvre du Maréchal Lyautey. En effet, ce Traité instituant le protectorat de la France sur le Maroc a été signé le 30 mars 1912. Et dès le 28 avril, Hubert Lyautey est nommé Commissaire Résident Général de la République Française au Maroc. Il débarque à Casablanca dès le 13 mai 1912.
Ajoutons, d’ailleurs, que c’est aussi en 1912, le 31 octobre, qu’Hubert Lyautey était élu à l’Académie Française, où il ne sera d’ailleurs officiellement reçu, en raison de la Grande Guerre, qu’en 1920. Quelques jours avant cette élection, le 19 octobre 2012, Lyautey avait tenu à présider personnellement la cérémonie de la pose de la première pierre du mihrab de la mosquée de Paris.

Lorsqu’il arrive au Maroc en qualité de premier Résident Général, Lyautey a déjà une riche expérience coloniale acquise précocement comme jeune officier dans cette Algérie qui l’a d’emblée fasciné par l’extraordinaire champ d’action qu’elle propose aux hommes de sa trempe.
De ses premières expériences dans ce "pays de lumière" où il y a tant à faire, il conservera un irrésistible besoin de retrouver soleil, espace, autonomie, et surtout responsabilités à sa mesure.
Il devra attendre 1894 pour être exaucé. Alors âgé de près de 40 ans, promu Chef d’Escadrons l’année précédente, largement connu comme l’auteur de l’article publié en Mars 1891 sous le titre "Du rôle social de l’Officier dans le service militaire universel", et probablement éloigné de ce fait de la métropole par le haut commandement qui n’apprécie guère le bruit fait autour de ce texte alors jugé  non conformiste, il est affecté comme officier supérieur en Indochine. Cette affectation marquera un tournant décisif dans sa carrière.
A l’école d’une autre personnalité exceptionnelle, le Colonel Gallieni, avec qui il se sent d’emblée en totale harmonie, il aura parcouru, en 28 mois le Tonkin, l’Annam, le Cambodge, la Cochinchine, développé pour la vie coloniale une passion qui ne le quittera plus, et expérimenté des méthodes de colonisation que l’on pourrait qualifier de "révolutionnaires" : il les résume lui-même par la célèbre formule : "Il faut savoir gouverner avec le mandarin, et non pas contre le mandarin".

C’est ensuite à Madagascar, où Gallieni l’a appelé dès qu’il en a été nommé Gouverneur Général, en 1897, que Lyautey enrichira son expérience coloniale, en pacifiant et en organisant par des méthodes aussi originales qu’exigeantes et durablement efficaces, d’abord le Nord-Ouest de l’île, puis le Sud de Madagascar dont il a été nommé Commandant supérieur en 1900.
Rentré en France en 1902, après cinq années épuisantes mais extraordinairement fructueuses en matière de pacification grâce à la méthode de commandement Gallieni qu’il a enrichie, formalisée, et largement rayonnée, il passera moins d’une année à la tête du 14éme régiment de Hussards d’Alençon, avant d’être nommé, à sa grande satisfaction, en septembre 1903, au commandement de l’Infanterie de la Division d’Oran et de la Subdivision d’Aïn Sefra, avec mission de rétablir la situation très dégradée, voire périlleuse, de certaines de nos unités à la frontière algéro-marocaine.
Les impressionnants succès qu’il obtient lui valent, trois ans plus tard, de recevoir le commandement en titre de la Division d’Oran.
C’est en cette qualité qu’il effectuera au Maroc, en octobre 1907, puis au printemps 1908, deux missions d’inspection au Maroc, auprès du Corps d’occupation du Général d’Amade, avant d’être nommé Haut Commissaire de France pour les confins algéro-marocains.

Lors de la signature du Traité de Fez de mars 1912, le Général de Division Hubert Lyautey est donc déjà riche d’une très vaste expérience coloniale dont ce grand écrivain a eu le mérite de consigner plusieurs impressions et enseignements dans de passionnants recueils de lettres : Lettres "d’Algérie" de 1882, "du Tonkin" de 1895, "de Madagascar" de 1897, "du Sud de Madagascar" de 1900, "du Sud-Oranais" de 1903, "de Rabat" de 1907. En décembre 1899, Gallieni, soucieux de diffuser mieux qu’il n’a su le faire lui-même des thèses qui lui sont chères, et qui connait les talents d'écrivain et d'orateur de Lyautey, profite d’un passage de ce dernier à Paris pour lui demander de prononcer devant le public averti de l'Union coloniale une conférence sur les méthodes de pacification pratiquées au Tonkin et à Madagascar. Il est très applaudi et le texte parait dans La Revue des Deux-Mondes du 15 janvier 1900 sous le titre : "Du rôle colonial de l'Armée" titre qui n’est pas sans rappeler "Du rôle social de l’officier". Ce document dresse un profil de l’officier colonial d’une étonnante actualité pour nos soldats aujourd’hui engagés en opérations extérieures dans des missions désormais baptisées d’action civilo-militaire. Soldat certes avant tout, avec les qualités de courage et d’abnégation attachées à cet état, l’officier colonial tel que le décrit Lyautey doit aussi être planteur, bâtisseur, commerçant, et pour cela parler et lire la langue et les dialectes du pays.
Et voilà que s’ouvrent pour le Général Lyautey, il y a un siècle presque jour pour jour, treize années particulièrement denses. De 1912 à 1925, il va se consacrer en effet jour et nuit à sa mission de création d’un Maroc moderne. Pénétré de l’importance fondamentale du rôle symbolique et unificateur que doit incarner le Sultan, il se montre respectueux de son prestige et de son autorité qu’il s’attache en toutes occasions à restaurer et à promouvoir. Tout à la fois pacificateur, architecte, négociateur, administrateur, il va, contre vents et marées, et souvent sans aucun vrai soutien de l’administration métropolitaine, doter le pays des infrastructures indispensables à son développement économique et social, en mettant en œuvre une stratégie de long terme respectant scrupuleusement les traditions locales, la religion, le patrimoine culturel et architectural des différentes régions du Maroc.
A son retour en France à l’automne 1925, date de sa démission de son poste de Résident Général, conséquence de lourds différents avec le gouvernement de l’époque, il ne recevra aucun accueil des autorités officielles françaises, alors que la dignité de Maréchal de France lui a été conférée le 19 février 1921.
Dès lors, il consacrera l’essentiel des dernières années de sa vie à de nombreux déplacements que lui imposent sa très grande notoriété, à la rédaction de "Paroles d’Action", recueil de textes significatifs qui peut être considéré comme son  testament spirituel, à la présidence d’honneur de l’ensemble du Scoutisme français, et surtout  à son rôle de Commissaire Général de l’Exposition Coloniale Internationale. Cette  exposition coloniale accueillera, du 6 Mai au 15 novembre 1931, plus de 33 millions de visiteurs dans ce magnifique Palais de la Porte Dorée à Vincennes, dont la vocation initiale de musée permanent de l’œuvre coloniale de la France mériterait d’être restaurée. Voilà une suggestion d’action pour votre Fondation !
(…)

Fidélité à l’idéal de l’Académie des messages que nous laisse le Maréchal Lyautey
Quelques mots maintenant pour illustrer le caractère véritablement prophétique de certains messages que Lyautey nous a laissés, dans le droit fil de l’esprit qui a présidé à la création de votre Académie en 1922, et dans la fidélité aux quatre verbes de votre belle devise : Savoir, Comprendre, Respecter, Aimer.
Dans les quelques minutes dont je dispose, je serai évidemment caricatural, et je m’en excuse à l’avance, notamment auprès de ceux grâce à qui je connais un peu la personnalité et l’œuvre de Lyautey, et à qui j’emprunte bien des éléments et des expressions de cet exposé : je veux citer Arnaud Teyssier, auteur de l’excellent livre, intitulé tout simplement "Lyautey", paru en 2004 et réédité depuis. Vous l’avez certainement tous lu et savouré. Je veux aussi citer le Colonel Pierre Geoffroy, président de l’Association Nationale Maréchal Lyautey et de la Fondation Lyautey. (1)
De façon un peu artificielle, je l’admets, et en me limitant nécessairement à quelques exemples seulement, je voudrais donc maintenant évoquer quelques messages que nous laisse Lyautey en matière de "Savoir, Comprendre, Respecter, Aimer".

Savoir
Toute sa vie, Lyautey l’a d’abord consacrée à l’acquisition du Savoir.
Immobilisé dans un corset d’acier jusqu’à l’âge de 12 ans, il a pris goût à la lecture, un gout très éclectique qui ne le quittera jamais. Dans la jungle tonkinoise, comme sous l’écrasante chaleur du désert algérien, ou dans un emploi du temps au Maroc qui défie notre imagination, toujours, il a su trouver le temps de s’instruire pour savoir. C’est pour savoir qu’il s’est imposé, en Afrique, d’apprendre l’arabe. Quel dommage que si peu de nos officiers parlent farci ou pachtoun ! Mais il est vrai que des séjours outre-mer de quatre ou six mois, ou même une année, sont moins motivants à cet égard que, par exemple, les quelque treize années au cours desquelles Lyautey a exercé ses fonctions au Maroc. Il y aurait beaucoup à dire sur l’importance, dans toute mission de pacification, de disposer d’une période assez longue pour inscrire son action dans la durée, et de parler assez bien la langue des parties en présence pour s’exprimer et comprendre, bien au-delà des mots, la culture et les mentalités.
Mais revenons à ce verbe : Savoir. C’est aussi pour savoir qu’il n’a cessé d’entretenir des correspondances assidues avec de très éminentes personnalités de toutes tendances, formations, et origines.
Ce savoir, il l’exigeait aussi de ses subordonnés et de ses collaborateurs de toutes disciplines, scientifiques, architectes, ingénieurs, médecins. Mais il s’est en outre attaché très tôt à en donner le goût à ses soldats. C’est tout le sens de sa réflexion qui fit alors grand bruit sur le "rôle social de l’officier". C’est aussi le conseil qu’il donnait à ses cadres en ces termes : "L’homme complet, celui qui veut remplir sa pleine destinée et être digne de mener des hommes, être chef en un mot, celui-là doit avoir ses lanternes ouvertes sur tout ce qui fait l’honneur de l’humanité". Y-a-t-il plus belle définition du Savoir ?
Lyautey a aussi été pour nous un précurseur exemplaire en matière de "faire savoir". Comme nous l’évoquions plus haut, Gallieni l’avait d’emblée bien compris, qui lui a en quelque sorte confié la mission de faire connaître ses méthodes nouvelles de colonisation et les résultats obtenus. Et la Promotion de l’Ecole de Guerre récemment baptisée "Maréchal Lyautey" aura beaucoup à apprendre de son Parrain dans ce domaine de la Communication qui fait désormais perdre ou gagner des batailles, peut-être même des guerres.
Savoir, pour Lyautey, c’est, aussi et surtout, savoir ce que l’on veut. Je le cite : "L’essentiel est de savoir ce que l’on veut et où l’on va. Or cela, je le sais : faire prédominer sur tous mes actes le devoir social".

Comprendre
Il ne s’agit donc pas de savoir pour briller et étaler sa culture. S’il faut savoir, et toujours savoir davantage, c’est d’abord pour Comprendre. L’essentiel de ce que Lyautey a compris, et qu’il doit nous permettre de comprendre à notre tour aujourd’hui, couvre de très vastes thèmes. Je n’en retiendrai que quatre, en m’appuyant sur ses écrits.
Comprendre c’est d’abord apprécier précisément l’esprit de la mission, puis monter une manœuvre à partir des moyens effectivement disponibles, après avoir accumulé les renseignements de toute nature indispensables pour la concevoir, l’organiser puis la conduire.
"Ce qu’il faut, écrit-il, c’est voir le but, toujours le but, et seulement le but, et constamment y adapter les moyens pour l’atteindre dans le plus bref délai". Admirable est à cet égard l’intelligence dont a fait preuve Lyautey en acceptant délibérément de démunir le Maroc de l’essentiel de ses forces d’active au profit des théâtres européens de la Grande Guerre, sans se replier vers la Côte comme il en avait reçu l’ordre, mais en conservant le contrôle de l’ensemble des régions, alors en cours de très fragile pacification, par le maintien de points clés de valeur stratégique tenus par des territoriaux qui, sous son impulsion, feront merveille.
Comprendre, c’est anticiper sur les résultats de la manœuvre en cours au regard de la future situation d’ensemble. "La pacification, écrit-il, est faite de prudence et d’adaptation. Elle doit progresser comme une tâche d’huile, souple mélange de politique, d’amitié et de force, de raids militaires se muant en essor économique". Les missions de pacification récemment conduites en Irak, en Afghanistan, ou en Lybie ont-elles bien respecté le souci de Lyautey de comprendre avant d’agir, et d’imaginer, avec plusieurs coups d’avance, comment parvenir à ce que nos états-majors appellent aujourd’hui "l’état final souhaité" ?
Lyautey avait aussi compris que l’action militaire n’a de sens qu’au service d’un projet politique qui ne sera atteint, sous la protection vigilante de la force du soldat, que par des actions civiles de multiples natures orientées vers la recherche du développement économique, social et culturel de la région concernée. C’est ce que l’OTAN appelle aujourd’hui doctement la "Comprehensive approach". On ne cesse de répéter aujourd’hui comme une découverte ce que Lyautey savait depuis longtemps : aucune crise n’a de solution uniquement militaire !
De même, Lyautey n’avait-il pas tout compris quand il en vint à exprimer dans une allocution du 14 avril 1925, cette mise en garde solennelle : il faut admettre "comme une vérité historique que, dans un  temps plus ou moins lointain, l’Afrique du Nord, évoluée et civilisée, vivant de sa vie autonome, se détachera de la métropole. Il faut qu’à ce moment-là, et ce doit être le but suprême de notre politique, cette séparation se fasse sans douleur, et que les regards des indigènes continuent à se tourner avec affection vers la France. Il ne faut pas que les peuples africains se retournent contre elle". Quelle intuition prophétique dont il est grand dommage qu’elle n’ait pas été écoutée par l’administration et certains gros colons français, notamment en Algérie !
Mille autres exemples pourraient être donnés de l’importance qu’attachait Lyautey à savoir puis comprendre avant d’agir, processus qu’il conduisait en boucle pour que l’action soit toujours éclairée par un savoir et une compréhension toujours actualisés.

Respecter
Mais ce que Lyautey savait le mieux, et qu’il avait peut-être le mieux compris, c’est que pour comprendre, il faut d’abord Respecter.
La culture aristocratique dont Lyautey est pétri est faite tout à la fois du respect de l’autre, et du respect de soi-même.
C’est d’abord par une approche respectueuse des réalités profondes du Maroc que Lyautey a pu conduire ce pays, alors si fragile et déchiré, vers la modernité dans l’unité. "Le Maroc, écrit-il, est un Etat autonome dont la France assure la protection, mais qui reste sous la souveraineté du Sultan, avec son statut propre. Une des premières conditions de mon rôle est d’assurer l’intégrité de ce régime et le respect de ce statut".
Mais au-delà du respect des traditions sociales et cultuelles, des opinions locales, tribales, et nationales, des structures administratives locales du Maghzen de l’époque, Lyautey, dans une vision profondément humaniste, visait le respect de l’Homme. "Il n’y a qu’une voie à suivre, écrit-il encore, celle du travail social, qu’une règle : agir dans un esprit de justice et de respect, le seul qui libère l’homme".
Respecter l’homme, c’est enfin pour Lyautey, certes respecter les autres dans leurs identités profondes, mais aussi, et d’abord, se respecter soi-même. C’est ainsi qu’il écrit "Ce dont il faut bien être pénétré, si l’on veut bien servir la France en pays d’Islam, c’est qu’il ne suffit pas d’y respecter leur religion, mais aussi les autres, à commencer par celle dans laquelle est né et a grandi notre pays, sans que ce respect exige d’ailleurs la moindre abdication de la liberté de pensée individuelle". C’est la même idée sur laquelle il insiste quand il écrit : "Je revendique dans ma sympathie pour l’Islam de n’avoir jamais abdiqué rien de nos origines, de notre intellectualité, de nos traditions de Français". N’y-a-t-il pas là une leçon que nous devrions méditer alors que les flux démographiques se sont inversés, et que l’immigration amène dans nos pays d’Europe des foules nombreuses qui professent l’Islam.
Ces musulmans issus de l’immigration, il nous faut certes respecter leur religion, mais il est capital d’obtenir qu’à leur tour, ils respectent les traditions et les modes de vie de leur pays d’accueil, et qu’ils s’approprient en profondeur les repères sociaux, culturels, et moraux qui fondent nos originalités nationales ? A noter que cette appropriation sera évidemment d’autant plus facile et naturelle que ces repères seront solides. Lyautey ne manquait pas de s’interroger sur la fragilité des repères de la société française de son époque. Il est clair que nous devons à notre tour nous livrer sans complaisance à cette introspection.

Aimer
Savoir, comprendre, respecter, nous en arrivons au dernier verbe de votre Devise : Aimer. Il pourrait paraître paradoxal de vouloir caractériser l’œuvre et la méthode de celui qui fut toujours très pudique, voire réservé, parfois glacial, par le verbe Aimer.
C’est pourtant lui qui a écrit "Il n’y a pas d’œuvre humaine qui pour être vraiment grande n’ait besoin d’une parcelle d’amour" ? De même, s’agissant d’un brillant officier qui l’a approché, Lyautey dira : "Il est bougrement intelligent, mais il ne fera rien de grand car il est dépourvu d’amour".
C’est lui aussi qui proclamait, s’agissant du Maroc "La pensée avec laquelle je vis, qui me porte, qui est une directive essentielle : je veux nous faire aimer de ce peuple".
Et c’est bien d’amour de ses hommes qu’il est question quand il écrit : "La plus grande preuve d’estime que l’on puisse donner aux gens que l’on a l’honneur de diriger, ce n’est pas de les flagorner, mais de leur parler gravement, en leur montrant les choses comme elles sont". C’est aussi ce qu’il exprime dans cette phrase : "Pour comprendre quelqu’un, l’intelligence ne suffit pas. Il faut le cœur".
A travers sa pratique quotidienne de votre riche devise, Lyautey a au fond décliné tout ce qui constitue ce management à visage humain que nos grandes écoles cherchent à enseigner aujourd’hui.
Pour comprendre l’esprit et la philosophie de Lyautey, et pour conclure, il me semble qu’aux quatre verbes de votre devise : Savoir, comprendre, respecter, aimer, il faut absolument en ajouter un cinquième qui complète les quatre autres et leur donne sens. Vous le devinez, c’est le verbe Agir. Lyautey se définissait lui-même comme "un animal d’action". En l’absence de "Mémoires" que ce merveilleux écrivain, pourtant assez prolifique, s’est refusé à écrire, Lyautey a publié en 1927 un livre dont je disais plus haut qu’il est une sorte de testament spirituel : il l’a intitulé, sans surprise, "Paroles d’action". Et sa devise, bien connue, illustre et explique toute sa vie. Elle est limpide "La joie de l’homme est dans l’action".
Mais l’action, telle qu’il la conçoit a besoin d’un champ à la mesure de l’idéal humaniste qui l’anime. Et il estime que la métropole est trop étroite à tous égards, et pas seulement géographiquement mais aussi mentalement, pour que se libèrent les énergies créatrices des élites. "Il m’apparaît de plus en plus, écrit-il en 1903, que dans la vie coloniale seule s’est concentrée toute la vitalité de notre pays….C’est la seule fabrique d’énergie française qui subsiste". Dans une lettre écrite quelque temps auparavant, il avait déjà affirmé : "Dans le désarroi actuel, dans la liquéfaction intérieure, il m’apparaît de plus en plus que dans la vie coloniale seule s’est concentrée toute la vitalité de notre pays [….] C’est la seule fabrique d’énergie française qui subsiste".
Toutes choses égales d’ailleurs, la vocation de votre Académie n’est-elle pas de promouvoir, à l’image de Lyautey, l’intérêt, voire la passion de notre jeunesse la plus entreprenante et la plus brillante, pour le grand large, un grand large étendu aujourd’hui aux dimensions géographiques du monde, mais aussi à ses dimensions virtuelles, et bientôt aussi spatiales.

Arrivé au terme de cette intervention, forcément caricaturale tant il y aurait à dire sur l’actualité des messages que nous lègue cette immense personnalité qu’a été et que reste le Maréchal de France Hubert Lyautey, c’est sur ce mot Action que je voudrais insister en citant le Général de Gaulle. A propos du thème général que nous appelons aujourd’hui très maladroitement le devoir de Mémoire, il écrit : "Le souvenir n’est pas seulement un pieux hommage rendu aux morts, mais le ferment toujours à l’œuvre dans l’action des vivants".
Ce ferment, votre Académie a pour vocation de le diffuser aussi largement que possible. Puisse-t-elle le faire dans les 90 ans à venir aussi bien qu’elle l’a fait au cours des 90 années passées !
Dans cet esprit, l’Association Maréchal Lyautey et la Fondation Lyautey, que je représente aujourd’hui sont évidemment prêtes à agir avec vous.
Puisse en tous cas ce ferment si riche que nous lègue le Maréchal Lyautey longtemps nourrir l’action des vivants.


(1) Seules son inflexible détermination, son imagination créatrice, et son intelligente détermination ont permis, depuis 1980, de sauver, dans des conditions initiales rocambolesques, le patrimoine historique du Maréchal, de préserver son domaine de Thorey-Lyautey, et de multiplier les occasions de faire connaître à un vaste public les messages de ce visionnaire. Aujourd’hui, l’Association nationale Maréchal Lyautey et la Fondation Lyautey qu’il préside depuis plus de trente années avec un inlassable dévouement connaissent de graves difficultés liées à l’évolution de la société. Les membres de ces structures doivent être renouvelés et de significatifs moyens financiers pérennes doivent être mobilisés. Vous aurez compris que je lance ici un vibrant "appel au peuple" pour que soit perpétué l’héritage moral et matériel de Lyautey.

Association Nationale Maréchal Lyautey
Château de Thorey-Lyautey. 54115. Thorey-Lyautey. Courrier à BP 13851  54029  NANCY CEDEX.  Téléphone : 03 83 25 12 12   Email : châ Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Site : www.lyautey.fr
Fondation Lyautey
4 rue Amélie. 75007. Paris. Courrier à BP 13851  54029  NANCY CEDEX.  Téléphone : 03 83 25 12 12   Email : châ Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.     Site : www.lyautey.fr
LA PRESLE de Bertrand

Né le 5 septembre 1937
Marié – 4 enfants
 
Officier, général d’armée
 

Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
Brevet technique d’études militaires supérieures
Maîtrise de sciences économiques
Diplôme de l’Institut d’études politiques (Paris. Section Economique et Financière)
 
Général de brigade (1985)
Général de division, commandant la 3ème division blindée (Fribourg) (1989)
Général de corps d’armée, Major Général de l’armée de terre (1990-1993)
Commandant la Force d’action rapide (FAR)
Commandant la Force de protection des Nations-unies en ex-Yougoslavie (1994-1995)
Général d’armée (1995)
Inspecteur général des armées (Terre)
Conseiller du gouvernement pour la Défense
Gouverneur des Invalides (1997-2002)
Vice-président de l’Union des Blessés de la Face et de la Tête (Les Gueules Cassées)
 
Distinctions
Grand’ Officier de la Légion d’honneur
Commandeur de l’Ordre national du Mérite
Knight Commander of the British Empire (GB)
Grand officier de l’Etoile polaire (Suède)
Croix du Service méritoire(Canada)
Officier du Cèdre du Liban

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