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De gaulle et le "choc des civilisations"

Développée en 1993 par Samuel Huntington (décédé en 2008), conseiller à la Maison Blanche du temps du Président Carter, Professeur de sciences politiques à Harvard, la thèse sur "le choc des civilisations", publiée en livre en France en 1997 (Odile Jacob), fait appel au "paradigme civilisation-nel"’, qui veut que les barrières politico-idéologiques deviennent moins importantes que les barrières religieuses, ethniques, et intellectuelles, et laisse entrevoir en conséquence que les conflits futurs ne seront pas principalement 'interétatiques' (au sens "territorial" classique qu’ils avaient avant tout au XIXème siècle) ou 'interidéologiques' (comme au XXème siècle), mais essentiellement à base de chocs religieux et culturels.
Cette thèse de Huntington fut mal reçue par ceux qui, avec un autre américain Francis Fukuyama (La Fin de l’histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992), estimaient que la fin de la confrontation des idéologies, à la suite de l’effondrement du bloc soviétique, devait entraîner le triomphe définitif, irréversible, de la 'démocratie libéralo-capitaliste'  et, conséquemment, 'l’homogénéisation des peuples' et l’avènement à terme d’un 'Etat universel'. Elle fut particulièrement rejetée en France, et donc rapidement "évacuée", car remettant en cause le "politiquement et religieusement correct" vis-à-vis de l’islam d’une part, et d’autre part – peut-être même surtout à l’époque – contrariant fortement les tenants de l' "intégrisme" laïque, furieux de voir réapparaître au premier rang, dans une analyse (géo)politique plutôt dominée dans l’Université française par les critères économiques et sociaux, le 'critère religieux' ; un critère que déjà Max Weber n’ignorait point, qui pensait que la "bataille des dieux" condamnait l’humanité à se déchirer indéfiniment…
Même si l’on n’adopte pas entièrement la thèse de Huntington – et notamment sa classification des civilisations – force est de constater qu’elle a été considérablement revalorisée par les attentats du 11 septembre 2001 à New-York, et qu’elle l’est de nouveau, aujourd’hui, par les manifestations délirantes déclenchées un peu partout, y compris chez nous, par un film de troisième ordre mettant en cause le "Prophète" !

Du point de vue de l’Histoire – et spécialement de l’histoire des idées politiques – il est intéressant de constater que le général de Gaulle lui-même avait déjà, sur de nombreux problèmes géopolitiques, une vision qu’il n’est pas hasardeux de qualifier d’ "huntingtonienne"… avant l’heure !
Cette vision est en tout cas très frappante au travers du témoignage donné en 1995 par un de ses proches collaborateurs, le diplomate Gilbert Pérol : "Il y a presque trente ans, dans l’avion qui le ramenait de son voyage en Union soviétique – qu’il appelait toujours la Russie – le général de Gaulle me disait personnellement cette phrase prémonitoire : "Un jour, les Russes seront face à l’Asie, aux avant-postes de l’Europe, et ce jour-là, avait-il insisté en ponctuant du doigt, il faudra que nous soyons à leurs côtés, car ils sont de notre race." (La Nef, n° 47, fév.1995). On sent bien, dans cette déclaration, la préscience qu’avait  le Général de conflits de type "civilisationnel". Ce n’était pas nouveau chez lui qui, déjà en 1954, dans une lettre, en date du 14 juin, écrivait  à son neveu Bernard de Gaulle résident à Hong-Kong : "L’opposition communisme-capitalisme est une apparence. Au fond de tout, il y a l’Asie contre l’univers des Blancs. C’est une querelle sans mesure… " (Lettres, Notes, et Carnets, juin 1951-mai 1958, Plon, 1985, p.177). De Gaulle, on le sait, a toujours été fasciné par la Chine (il voulait s’y rendre au printemps 1971, la mort en a décidé autrement…), mais en même temps, il en a toujours eu peur, craignant tout particulièrement – ce qui prend tout son sens aujourd’hui – un islam sous domination chinoise ! Pour preuve, cette déclaration qu’il fit le 28 mai 1940 à l’aumônier de la 4ème Division cuirassée : "Monsieur l’aumônier, cette guerre n’est qu’un affrontement des peuples et des civilisations. Et quand surgira l’affrontement avec la Chine, ce très grand peuple, cette civilisation plus ancienne que la nôtre, que serons-nous et que ferons-nous ? Mais j’ai confiance. Le dernier mot sera à la civilisation la plus élevée et la plus désintéressée : la nôtre, la civilisation chrétienne. (…) le danger le plus grand et le plus immédiat peut venir de la transversale musulmane, qui va de Tanger aux Indes. Si cette transversale passait sous obédience communiste russe ou, ce qui serait pire, chinoise, nous sommes foutus (…) Et, croyez-moi, monsieur l’aumônier, il n’y aura plus de Poitiers possible." (cité par Eric Roussel Charles de Gaulle, Gallimard, 2002, pp.83-84).

Au demeurant, la théorie du "choc des civilisations" n’est pas aussi neuve qu’on pourrait le croire, compte tenu des débats passionnés qui entourèrent, dans les années 1990, la parution en France de la thèse de Huntington. De fait, dès le début du XXème siècle on pressentait, dans les milieux "nationalistes" de l’époque, un choc de ce type. Il n’est donc pas impossible, il est même probable que le jeune Charles de Gaulle ait été marqué par cette théorie, notamment à la lecture des romans du capitaine Danrit, de son vrai nom Emile Driant, compagnon de route du général Boulanger (dont il fut l’officier d’ordonnance et dont il épousa une des filles), également de Déroulède (pour lequel de Gaulle éprouvait de l’estime au point de le citer en termes très flatteurs lors d’une conférence qu’il fit à des officiers sur le patriotisme en 1913) et aussi de Barrès (auquel de Gaulle aimait à se référer et dont tous les ouvrages se trouvaient dans sa bibliothèque à La Boisserie). Danrit (Driant) fit en effet paraître en 1895 L’invasion noire dont le thème était l’invasion de l’Europe par des Africains islamisés…, et en 1905 L’invasion jaune dont le thème était toujours l’invasion de l’Europe, mais cette fois par des Chinois encadrés par des Japonais, d’où la popularité, à cette époque, du fameux "péril jaune"… Le lieutenant-colonel Driant, qui avait démissionné de l’armée en 1906 à la suite de la tristement célèbre "Affaire des Fiches" et de la "Séparation", fut élu député de Nancy en 1910, reprit du service en 1914 et fut tué à Verdun en 1916. Il est un des personnages clés pour comprendre la 'mentalité nationaliste' du début du XXème siècle qui a indiscutablement marqué le jeune de Gaulle, et si profondément, qu’on ne peut exclure que, revenu au Pouvoir en 1958, et refusant, en donnant l’indépendance à l’Algérie, d’intégrer dix millions de musulmans (aujourd’hui plus de vingt), il ne faisait qu’empêcher que ne se créassent, à 'l’intérieur même' de la France métropolitaine, les conditions d’un inévitable choc de civilisations. Hélas, l’immigration aidant, nous y sommes en plein !

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