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Made in Algéria

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Made in Algéria
 
Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), à Marseille, propose du 20 janvier au 2 mai une exposition intitulée "Made in Algéria. Généalogie d’un territoire". A priori, c’est une occasion rare de voir rassemblés de magnifiques documents originaux sur l’histoire de l’Algérie, principalement des cartes, des peintures, des photographies, et même quelques films.
 
On m’avait prévenu : "à Marseille, ne manque pas de visiter le MUCEM, le site est magnifique, mais tu peux éviter les expositions, c’est complètement nul… ".
En fait, ce n’est pas juste.
Oui, les espaces extérieurs du musée sont exceptionnels et valent à eux seuls le détour. Mais non, l’exposition "Made in Algéria" est loin d’être nulle. Tout d’abord en raison de la qualité des documents exposés, mais aussi pour l’invraisemblable jargon et la pitoyable idéologie qui président à la présentation (je devrais dire au détournement) de ces documents. Ce n’est pas nul, c’est une caricature outrancière et grotesque, dans le pire verbiage conceptualiste auto-flagellant que l’on puisse imaginer. On dirait des tracts de propagande rédigés par des idéologues anticolonialistes des années 50. Une fois de plus, dans un musée financé par les impôts des Français, sous la tutelle des pouvoirs publics français, on enseigne au visiteur la haine de la France et de ce qu’elle a fait outre-mer dans les siècles passés.
 
Le seul avantage de la logorrhée anticolonialiste qui jalonne l’exposition et le catalogue, c’est qu’elle décourage les meilleures volontés par une lourdeur idéologique inimaginable. Le livre vous tombe des mains au bout de trois lignes. On gage que les auteurs feront peu d’émules, tant leurs propos sont rébarbatifs. Sur les murs, certaines notices de présentation sont des exemples à conserver précieusement, pour que les générations futures sachent à quel niveau a dégringolé l’analyse historique quand elle s’est livrée, pieds et poings liés, à une idéologie totalitaire.
 
Le choix du titre "Made in Algéria" est assez curieux, puisque très peu de ce qui est exposé (cartes et peintures) a été réalisé en Algérie, par des Algériens, ou avec des techniques propres à l’Algérie. C’est ce que les auteurs et autres commissaires (politiques) appellent, en la stigmatisant, une "captation". Le seul fait d’effectuer un relevé topographique est déjà, pour eux, une appropriation "colonialiste" du territoire. C’est écrit noir sur blanc et rabâché continuellement, au cas où on n’aurait pas compris du premier coup. Le concept est tellement fort, ils sont tellement contents d’avoir trouvé ça, qu’ils y vont à la truelle, dans chaque salle et à chaque page, ou presque.
 
Parmi la variété, la densité et la richesse des œuvres proposées, il y a un film en super8, projeté sur un mur. C’est passionnant. Il s’agit d’un montage d’archives privées, provenant d’une famille de colons (anonymes), montrant la vie d’une exploitation agricole pendant la guerre d’Algérie. La courte légende sur le mur de projection nous enseigne que ce film, par la "tension" qu’il contient "condamne" ce type d’exploitation agricole… Mais ce film n’offre que des images factuelles, il n’y a pas de son, pas de commentaire, il ne condamne rien du tout, sinon, avec le recul tu temps, la connerie de ceux qui ont fait table rase du magnifique développement agricole réalisé par les Français d’Algérie et par les Algériens eux-mêmes avant l’indépendance. Pour ne rien dire de ceux qui s’acharnent aujourd’hui à démontrer que la France n’a commis là-bas que des atrocités…
 
Tous les commentaires sont à l’avenant. Dans l’une des dernières salles, on a même droit à un portrait de Che Guevara… au point où l’on en est, pourquoi pas ?... Si l’on ne comprend pas très ce qu’il vient faire là, on remarque, en revanche, un absent de poids dans cette "généalogie" : l’ancêtre turc. S’il y a, dans l’exposition, une image, un mot ou un commentaire critique sur la régence turque, ils sont tellement discrets qu’ils m’ont échappé… Disons que l’on est en présence d’une généalogie sélective. Aurait-on honte d’une certaine parentèle ?...
 
Il est bien expliqué au visiteur que les abominables colonialistes français ont laissé les populations algériennes en 1962 dans un état de misère bien pire que ce qu’ils avaient trouvé en 1830. Ah bon… on aimerait connaître les états des lieux irréfutables, effectués sous domination turque, qui attestent, par comparaison, de l’appauvrissement de l’Algérie sous domination française. Tout cela n’est pas sérieux. Le MUCEM pourrait avoir un rôle magnifique de rassemblement, de concorde et d’harmonie entre les pays méditerranéens. Au lieu de cela, il contribue, par ce type d’exposition, à une inversion des valeurs qui sape les fondements de la société française, déconsidère notre passé, décervelle nos enfants et fait haïr notre pays aux jeunes gens originaires des anciennes colonies.
Finalement, mes amis avaient raison, tant que ce musée sera sous emprise idéologique totalitaire, on pourra se contenter sans dommages de visiter seulement les extérieurs…
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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