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L’anticolonialisme militant

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Le Grand Atlas de l’anticolonialisme militant
 
Je projetais depuis longtemps un article sur l’idéologie anticolonialiste. Il viendra en son temps. Un nouveau livre trouvé par hasard à Lyon chez un bouquiniste des quais de Saône est venu alimenter ma réflexion sur le sujet et provoquer une réaction  immédiate, à chaud, que je vous livre aujourd’hui. Il s’agit du "Grand Atlas des empires coloniaux"  paru aux Éditions Autrement (2015).
 
La présentation est soignée, le plan combine intelligemment chronologie et thématique. Trouvant ce livre neuf à très bon marché, je me suis fait piéger par l’apparence, ne découvrant la substance de l’ouvrage qu’une fois rentré chez moi. Et là… Mea culpa. Avant de sortir mon billet de 20 Euros, j’aurais dû regarder la 4e de couverture. J’aurais lu que la conquête coloniale ne fut "civilisatrice" qu’entre guillemets, mais surtout destructrice sans guillemets, et que les empires coloniaux (tous, sans distinction) furent fondés sur la traite négrière et l’esclavage, ce qui est une parfaite contrevérité en ce qui concerne les entreprises coloniales françaises du 19e siècle.
 
Autant les grands anciens de l’anticolonialisme militant avaient tout de même une sorte de panache, un vécu, une plume, quelque chose qui faisait d’eux des personnalités, certes contestables mais jamais méprisables, autant leurs émules d’aujourd’hui sont consternants de platitude et de soumission idéologique, le petit doigt sur la couture d’un pantalon mal repassé au fer tiède du conformisme ambiant.
 
Il est impossible de relever et de commenter ici, en un seul article, toutes les erreurs et tous les raisonnements spécieux contenus dans cet ouvrage. Je me contenterai de citer un exemple particulièrement significatif :
 
Au chapitre consacré à la médecine coloniale, on peut lire ceci : "L’amélioration des conditions sanitaires est souvent mise au crédit de l’œuvre coloniale. La réalité est moins brillante : la sécurité alimentaire des populations colonisées est loin d’être assurée et celles-ci souffrent encore de disette, voire de famine."
 
C’est typique du mode de pensée et de la phraséologie des néo-anticolonialistes : un raisonnement elliptique pose d’abord une vérité communément admise (les bienfaits de la médecine coloniale) comme une erreur vulgaire que les "vrais scientifiques" contemporains vont enfin dénoncer. Puis, ayant peu ou pas d’argument sérieux, ces "scientifiques" portent sans vergogne au passif d’une discipline particulière (la médecine coloniale) les carences présupposées d’une autre discipline (l’agriculture coloniale). Soit on est en présence d’un cas de confusion mentale, soit il s’agit d’un enfumage intentionnel pour discréditer à n’importe quel prix l’entreprise coloniale et l’une de ses réalisations les plus admirables. J’opte pour la deuxième solution.
 
En observant le cas particulier du Tonkin, on constate objectivement que les progrès de la médecine y ont provoqué une croissance démographique remarquable pendant la période coloniale. Au point que l’agriculture et l’agronomie, même en évolution notable, n’ont pas pu suivre le même rythme. D’où, effectivement, disettes et famines dans ce protectorat. À côté de cela, les rendements agricoles ont connu par endroits des envolées spectaculaires qui ont fait des colonies françaises (notamment la Cochinchine) de grands exportateurs de denrées alimentaires.
 
Un homme exceptionnel devrait pourtant mettre tout le monde d’accord : Alexandre Yersin. Médecin et chercheur, disciple de Pasteur, il découvrit le bacille de la peste. Il fut aussi un simple médecin de village pour les pécheurs de Nha Trang où il résidait le plus souvent. En plus de cela, il fut un agronome de talent qui acclimata en Indochine toutes sortes d’espèces animales et végétales pour le plus grand bien de l’humanité en général, et pas seulement des colons. Mais non, l’idéologie semble toujours l’emporter chez nos petits marquis. S’ils reconnaissent du bout de la plume, et en se pinçant le nez, certains bienfaits de quelques médecins coloniaux (dont Yersin), ils ajoutent que ces derniers n’agissaient globalement que dans le but de fournir une main d’œuvre en bonne santé aux vilains patrons colonialistes, et des soldats en bonne forme opérationnelle aux méchants officiers de la Coloniale. Comme c’est l’intention qui compte, le bilan de la médecine coloniale est donc, de toute façon, horriblement négatif. CQFD.
 
Mieux, on peut lire également que "les pratiques médicales (…) participent aussi à l’imposition d’une science occidentale (…) contribuant à perturber les structures sociales et politiques autochtones." Quels maladroits ces toubibs ! Il est évident que, dans tous les domaines, les apports occidentaux liés à la conquête coloniale ont provoqué des conflits au sein des sociétés autochtones. C’est enfoncer une porte ouverte que de le rappeler. Mais, qu’il me soit permis une incise personnelle agrémentée d’un léger anachronisme : nos donneurs de leçons n’ont sans doute jamais mis les pieds sur les hauts-plateaux du Vietnam à l’époque du paradis communiste, quand les minorités ethniques n’avaient plus droit à aucune "imposition de la science occidentale" (comme ils disent), quand l’espérance de vie était de moins de quarante ans et que l’on pouvait voir comme je l’ai vu des lépreux brouter l’herbe en rampant sur leurs moignons. J’essaye d’imaginer nos doctes auteurs expliquant à ces lépreux la chance qu’ils ont eu d’échapper aux crimes abominables de la science occidentale…
 
Ce qui fait peur, au risque de me répéter d’un article à l’autre, c’est que de telles âneries sont proférées par des gens bardés de diplômes universitaires et sollicités pour présider aux destinées des plus grandes institutions, expositions et colloques sur la colonisation. On frémit en pensant au 'décervellement' auquel ils peuvent soumettre leurs étudiants et leur public. Cela promet un avenir radieux à l’enseignement de l’histoire coloniale…
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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