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La valse hésitation de l'homme normal

En se présentant aux primaires socialistes comme le candidat raisonnable du centre gauche, le président normal a su écarter ses rivaux, devenus aujourd’hui ses partenaires, et séduire les tenants du "Khan providentiel" dont les écarts tumultueux venaient de tuer dans l'œuf les prétentions présidentielles.
En annonçant une guerre au monde de la finance, en réduisant la portée de la crise et en promettant la relance de l’économie, il s'était acquis le ralliement résigné de la gauche de sa gauche.
En proclamant sa volonté de normalité et en affichant sa bonhommie centriste, il s'était acquis la sympathie des 'anti-sarkozyste' de droite comme de gauche, fatigués de l'hyperactivité du président sortant.
Mais l’élection acquise il fallut passer aux actes !

En fait de relance, ses deux premières années ont surtout été marquées par l’austérité !
En fait de guerre, ses deux premières années de présidence ont essentiellement consisté à  annoncer des chocs successifs sans résultat consistant.
D'abord le choc de compétitivité dont les résultats et les effets espérés dépendent de la mise en œuvre du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et de la mise en œuvre tardive de la TVA sociale, dont les premiers effets ne se feront sentir que deux ans après son élection !
Le choc de simplification ensuite, dont on attend toujours les résultats, après de nombreuses annonces et alors même que, tous les jours, des textes législatifs ou règlementaires augmentent inexorablement la complexité administrative !
Le choc de la moralisation enfin, instituant des mesures de transparence de la vie publique destinées à effacer et à prévenir les écarts les plus visibles des politiques, comme celui d'un ministre en charge des finances s'autorisant ce qu’il combat chez les autres au nom de la loi ; sans pour autant assainir les prérogatives exorbitantes d’une classe politique professionnalisée s’arrogeant des avantages fiscaux étonnants comme celui de bénéficier d’une part fiscale différente pour chaque revenu d’origine distincte, ce qui rend d’autant plus attrayant le cumul des mandats et fonctions.
On pourrait y joindre encore le choc de la fiscalité qui, lui, n'a pas été annoncé à son de trompe, mais qui a été le premier, voire le seul à produire des effets concrets. Notamment le choc en retour des élections municipales qui a consacré, par le record des abstentions et la perte de nombreuses villes, le rejet par ses propres électeurs de sa politique illisible, jugée néfaste.
Quant à la guerre déclarée au monde de la Finance, le Président normal a préféré y renoncer ;  que ce soit contre les banques (dont les activités restent inchangées) ou les marchés financiers, avec les paradis fiscaux et les fonds de pension, qu’il n'avait ni le pouvoir ni l'envie d'inquiéter sérieusement. Il a préféré choisir un ennemi, plus visible et tout aussi universel, et engager la France contre le terrorisme sur des terrains d'opérations extérieures ; combat plus à sa portée et plus propice à prouver sa détermination aux français dans son rôle de chef des armées et sa stature de Président sur la scène internationale.
Cette paix assumée avec le monde de la finance et les promesses réitérées de diminuer les déficits et la dette ont préservé jusqu’à présent la France de taux d'intérêt excessif lui permettant d’obtenir des délais supplémentaires et de ne pas trop dévier des exigences européennes.

La magie du verbe continue donc d'opérer malgré les contradictions visibles de sa politique. Pendant ses 2 ans de mandat ses pérégrinations l'ont conduit à renier successivement, après moult hésitations, tous ses engagements de normalité et d'efficacité ; ce qui s’est traduit par le rétablissement progressif, sous d'autres formes, des mesures anticrise engagées préalablement par son prédécesseur telles que la réduction du nombre de fonctionnaires, l'aggravation des conditions d'obtention de la retraite, la relance des efforts de compétitivité, la TVA sociale, l'accroissement de la fiscalité… entre autres.
L'annonce récurrente d'économies d'un montant de 50 milliards d'euros sans en préciser le détail, à laquelle s'ajoute depuis quelques semaines la promesse d'une baisse de fiscalité sans précisions également, participent à la confusion générale et entretiennent les peurs ; cela traduit les réticences à faire les véritables coupes dans les dépenses et les nécessaires réformes, dans une France qui vit au-dessus de ses moyens.
Je n’irai pas jusqu’à parler du choc des mots ou du poids des photos….Mais, à l’instar du poète, notre président normal aime bien la musique des mots, tout ce qui est vague et imprécis ; il choisit souvent les mots les plus solubles dans l'air, sans rien en eux qui pèse ou qui pose, où l’indécis à l’imprécis se joint…..

Après la déclaration de guerre avortée au monde de la Finance et les ratés des chocs successifs, l’heure est à la paix des braves. L’année 2014 inaugure l’ère des pactes : D’abord le pacte de responsabilité censé rassurer les employeurs et les encourager à investir et à créer des emplois, mais qui reste encore à ce jour une simple incantation dans la mesure où il repose essentiellement sur le préalable de l’existence et de l’importance d’un marché susceptible de répondre à une offre concurrentielle accrue.
Le choc de l'élection municipale, avec la montée des abstentions et la perte de nombreuses villes de la gauche, a conduit depuis le président normal à doubler son pacte de responsabilité par un pacte de solidarité destiné à en contrebalancer ce qui est dénoncé comme "un cadeau aux patrons" par un cadeau aux "travailleurs défavorisés". Tout ceci sans dépenses supplémentaires et sans impôts supplémentaires… Ne faudra-t-il pas choisir un jour ou l’autre c'est-à-dire à renoncer à vouloir concilier l’inconciliable… ?

La valse-hésitation de l'homme normal a encore précédé sa décision, à regret, d’adouber, comme un moindre mal, le plus populaire de ses ministres, espérant bénéficier de sa popularité et peut être aussi de son courage, qui en fait un dernier recours pour conduire à bien sa nouvelle politique et installer la fermeté et la discipline qu'il n'a jamais su imposer lui-même à son gouvernement…
Souhaitons dans l’intérêt de la France que le nouveau Premier Ministre ait le courage et la détermination d’imposer les choix difficiles mais nécessaires ! Il devra sortir de l’impasse politique dans laquelle le positionnement ambigu du Président le place et choisir entre le consensus de la majorité présidentielle, qui serait porteuse de l’échec national et de sa mort politique personnelle, et d’autre part la réussite du gouvernement et le redressement de la France.
DONNADIEU Francois-Xavier

Né le 9 septembre 1942
Marié – 3 enfants


Conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes


Institut d'études politiques (IEP, Paris)
Doctorat de droit
Diplôme de criminologie
Ecole supérieure de guerre
 
Ecole spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr-Coëtquidan (1962-1964)
Ecole d'application d'artillerie de Châlons-sur-Marne (1965)
Ecole des officiers de la gendarmerie nationale (1973)
Commandant la compagnie de gendarmerie de Salon-de-Provence (1979-1981)
Chargé des affaires juridiques
     à la Direction générale de la gendarmerie (1982)
Conseiller référendaire à la Cour des Comptes (1985)
Maître de conférence en droit public à l'IEP de Paris (1985-1991)
Maître de conférence en finances publiques à l'ESM de Saint-Cyr (1989-1996)
Directeur de cabinet
     de M. Jacques Godfrain, Ministre délégué à la Coopération (1996-1997)
Secrétaire général
     du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables (depuis 1998)
Conseiller maître à la Cour des comptes (depuis 1998)
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Commandeur de l'ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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