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... la polémique sur la Marseillaise n'est pas ridicule"

La polémique suscitée par une ministre de la République qui a refusé de chanter l'hymne national lors d'une cérémonie officielle est fondée, plus que fondée, d'autant que la réaction de ladite ministre est venue enfoncer le clou. Au vu des mécontentements que son comportement a déclenché, elle aurait pu choisir de calmer le jeu avec des mots apaisants. Mais non, elle a préféré en remettre une couche et outrager la nation et sa République en évoquant un "karaoké d'estrade". Pour comprendre la portée de l'outrage, il suffit d'imaginer un instant l'émoi et le tollé qu'une telle attitude aurait déclenché aux Etats-Unis d'Amérique si Madame Taubira n'avait pas été ministre ici, mais là-bas et qu'elle avait tenu ces mêmes propos à l'égard de l'hymne américain. Gageons que Barack Obama n'aurait eu d'autre choix que de s'en séparer. N'allons pas rêver que l'État, de ce côté-ci de l'Atlantique, renoue avec le respect du peuple et de ses symboles, et que le Président de la République François Hollande ou son Premier ministre Manuel Valls demande de ce fait sa démission à la Garde des sceaux.

En France, le peuple, en sa qualité de dépositaire de l'identité française, se trouve contraint d'avaler des couleuvres en guise de repas quotidien, et cela ne date pas d'hier. Rappelons-nous les propos tenus par l'un des ministres du gouvernement de François Fillon qui suggérait que la France n'avait en quelque sorte jamais existé, puisque selon sa perception basée sur on ne sait quelle histoire : "la France n'est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion (…)"
Éric Besson n'a pas été démissionné alors que, là aussi, si le respect de la France et de son peuple avaient constitué des pré-requis de gouvernement, il l'aurait été.

Un autre exemple me vient à l'esprit, celui d'Henri Guaino auquel un ancien Premier ministre, Alain Juppé, demande de prendre congé de son parti politique. À y regarder de près, ce qui vaut à Henri Guaino d'être aujourd'hui la cible de nombreuses attaques, c'est de défendre à propos de l'Union Européenne la position exprimée par le peuple français envers une constitution rédigée sous l'égide de l'ancien Président de la République Valéry Giscard d'Estaing, avant que le Président Nicolas Sarkozy ne méprise le résultat du référendum en le contournant comme l'on sait et ce, avec le soutien d'une partie non négligeable de la classe politique. Et dire que notre classe politique ose encore se prétendre qualifiée pour donner des leçons de démocratie sur la scène internationale !

Lambert Wilson, maître de cérémonie du festival de Cannes, s'est cru obligé d'ajouter son grain de sel, exprimant sa sidération que notre hymne national soit encore chanté au vu de ses paroles qui seraient, selon lui, racistes, et trouvant qu'il serait temps d'en changer. Revient à ma mémoire un doux souvenir. C'était un soir du mois d'août il y trois ou quatre ans, à la tombée de la nuit sur la grande plage de Cannes. Nous étions des milliers assis sur le sable, les yeux levés vers le ciel pour assister au festival international de pyrotechnie. La musique de la Marseillaise retentit, annonçant que la prochaine équipe à concourir serait l'équipe française. Comme un seul homme, la plage se leva aussitôt spontanément et entonna à pleins poumons l'hymne national. Le peuple français se reconnaît dans sa Marseillaise. Le désamour des Français pour l'équipe nationale de football a été largement nourri par le refus de beaucoup trop de ses joueurs d'entonner l'hymne national. 63% des Français ont une mauvaise image de l'équipe nationale.

Quant à moi, la Marseillaise m'a toujours remué les tripes. Dans mon cœur, la France est indissociable de la Marseillaise. Ses paroles portent la voix des aînés, de ceux qui nous ont précédés. Elles font à présent partie du legs indivis qu'évoquait Ernest Renan. L'historien et résistant Marc Bloch écrivait qu'il "est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération" et que "peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner". Au sacre de Reims et au récit de la fête de la Fédération, j'ajouterais volontiers la Marseillaise !

Le Président Hollande se trompe lourdement en qualifiant - depuis l'Arménie - de "ridicule" la polémique déclenchée par l'outrage de la garde des sceaux à la Marseillaise qui est, rappelons-le, inscrite à l'article 2 de la Constitution, et qu'au titre de l'article 5 de cette même Constitution, il incombe au Président de la République l'obligation de veiller sur son respect. Avec cette polémique, nous ne sommes pas à la périphérie de la politique mais en son cœur. Au travers de cette question de respect du peuple, de ses principes et de ses symboles, c'est celle de la représentativité des élites politiques qui est posée. Qui représentent-elles au juste ? Je partage pleinement la défiance croissante des citoyens envers ceux qui ont fait de la politique leur métier ad vitam æternam, et chaque jour qui passe, une nouvelle décision politique vient augmenter mon niveau de défiance. Hier, c'était Benoît Hamon qui ouvrait la porte au voile dans les accompagnements scolaires. Avant-hier, François Hollande qui œuvrait à restaurer les seigneuries en découpant la France en 10 duchés. Ce qui est regrettable à plus d'un titre, c'est qu'à chaque fois les sujets sont traités avec superficialité, sans aucune vision, et que les citoyens ne sont guère informés des tenants et aboutissants. Parfois, le peuple est même traité de manière cavalière, pour rester polie. Lorsque l'élève Leonarda a été récupérée pour rejoindre sa famille sur le point d'être expulsée du territoire national, de nombreuses voix se sont élevées pour rappeler que les sorties scolaires faisaient partie intégrantes du temps scolaire. Et à présent, lorsque le ministre de l'Éducation Nationale se lave les mains du respect de la laïcité et se défausse sur les chefs d'établissement en leur demandant d'apprécier les situations au cas par cas, alors, comme par enchantement, les sorties scolaires ne sont plus partie intégrante du temps scolaire.

La polémique sur la Marseillaise vient une nouvelle fois éclairer le gouffre qui se creuse jour après jour entre les élites politiques et le peuple français. Chaque nouveau coup de canif ne fait qu'effilocher un peu plus le lien de confiance jusqu'au jour où ce dernier rompra, comme il a déjà rompu au cours de l'Histoire.
Paru dans Le Figaro (vox), 14 mai 2014

SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

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