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A. Montebourg, rebelle de pacotille

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Il trouvait l'eau du Rubicon un peu froide, mais Hollande et Valls lui ont construit un pont pour qu'il puisse le traverser à sec.
Le destin d'Arnaud Montebourg est tracé, en tout cas dans sa tête : candidat à la présidentielle de 2017. Sa rupture lui vaudra viatique. C'est un classique de la Vème République : Pompidou avec de Gaulle, Chirac avec Giscard, Chevènement avec Mitterrand et Jospin.
Sa ligne stratégique est déjà tracée : un patriotisme économique à la Villepin mâtinée de Vive la sociale des "frondeurs" du PS. Le social-colbertisme contre le social-libéralisme ; la République virile conte la Démocratie molle ; la France contre l'Allemagne. La souveraineté nationale contre le mondialisme de Bruxelles.
 
Mais ses contradictions et faiblesses vont vite apparaître : Montebourg n'a peur ni des nationalisations, ni du protectionnisme, mais pourchasse les professions réglementées, en bon libéral qui s'ignore. S'il conserve l'euro, ses diatribes contre les déficits et la régression sociale deviennent inopérantes ; s'il revient au franc, il entérine une baisse du pouvoir d'achat. La relance de la consommation que ses amis socialistes envisagent pour relancer la croissance, fera la joie de l'industrie allemande… comme en 1981. Il réclame l'instauration d'une VIème République plus démocratique et parlementariste ; mais pourquoi devenir Président pour ramener la fonction à son ancienne vacuité ? Et pourquoi défendre notre souveraineté nationale contre les diktats de Bruxelles et Berlin et détruire notre Elysée gaullien, une de nos rares armes de résistance ?
 
Ces contradictions ramènent Montebourg aux errements traditionnels de sa ligne politique. Il est un sous-Mélenchon, lui-même un sous-Chevènement. Les trois hommes ont en commun de n'avoir jamais digéré le grand virage libéral de 1983 ; de vouloir refonder la gauche sur des bases républicaines et sociales ; de croire ingénument qu'ils ont brisé un grand tabou en exaltant les mots France, patrie, nation, et cela leur vaudra la reconnaissance générale ; mais ils n'osent pas transgresser le tabou suprême qu'est l'immigration. Cette inhibition ultime les prive d'un électorat populaire qui ne les écoute même pas tant qu'ils n'ont pas prononcé ce sésame-là. Ces rebelles de pacotille se retrouvent alors désarmés, combattant l'idéologie des élites sans le soutien du peuple. Chevènement l'avait compris, mais n'a jamais voulu en parler autrement que sous son képi de ministre de l'Intérieur ; Mélenchon en a pleuré au soir des européennes de 2014 en reconnaissant que "le clivage n'est plus désormais social mais ethnique". Montebourg ne se montrera pas plus iconoclaste que ses glorieux prédécesseurs ; et connaîtra le même sort de perdant magnifique.
Paru dans Le Figaro Magazine, 29 août 2014
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.