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Si M. le Recteur Boubakeur parlait concret ?
 
La lecture dans le Figaro daté des 25 et 25 janvier de l’article  intitulé "Dalil Boubakeur et Bernard Kanovitch : comment œuvrer pour la paix civile ?" donne une idée sur la mobilisation du président français du culte musulman.
Ce haut responsable religieux se dérobe devant l’obstacle que constitue la désignation des choses par leur nom. Ainsi dit-il face à la montée de l’intégrisme : "Le comble est que notre société considérait ces extrémistes comme les vrais musulmans". Mais dans la mesure où les non-musulmans ne sont généralement pas qualifiés pour faire le tri entre "les vrais musulmans" et les autres, qu’a fait et que fait le Conseil français du culte musulman (CFCM) pour mettre un peu d’ordre au sujet de la définition correcte et, corrélativement, des risques de dérives sectaires ?  Aux autres, l’immense majorité pacifique des musulmans Français, comment leur dit-on de regarder ceux qui ne sont pas "les vrais musulmans" ?
Il poursuit : "De même le wahhabisme et autres influences extrêmes ont été laissées à leur pente naturelle sans être combattues à temps". 
Cette assertion, certainement pertinente, est intéressante au moins pour trois motifs : en premier lieu, la forme passive de la phrase est propre à suggérer une responsabilité  générale et diluée qui place sur le même pied tout le monde, la collectivité des citoyens et ceux qui sont qualifiés pour s’exprimer au nom de l’Islam, un peu comme un service météo qui parle du temps ; en deuxième lieu, on pourrait se demander pourquoi le CFCM s’exonère implicitement de toute responsabilité particulière pour ne pas avoir alerté la communautés des fidèles et les Pouvoirs publics lorsque, par exemple, il pouvait avoir connaissance d’aides en provenance de terres wahhabites pour édifier des mosquées, mener différentes actions d’ordre pédagogue et caritatif, nommer et rémunérer des imams non francophones hostiles aux valeurs républicaines; en troisième lieu, cette assertion élude le fait que la meilleure façon de combattre  une dérive religieuse est d’adresser des message en ce sens aux "vrais fidèles". Ce pour quoi les Pouvoirs publics sont incompétents alors que le CFCM trouve là sa raison d’être. Or sur ce point précis, quel est le bilan de son action ?
Et le président du CFCM de poursuivre pertinemment, mais non sans une petite dose de cynisme : "Cette complaisance a fini par donner un appui tacite à ces mouvements radicaux, et notre société n’a pas détecté son caractère très dangereux".
Imaginons la gêne, pour ne pas dire plus, qu’auraient éprouvé les fidèles musulmans si des non-musulmans s’étaient efforcés de mettre les choses au point en rappelant par exemple que ce n’est pas le Coran à proprement parler qui interdit la représentation de la face du prophète, (cf. l’article sur le blasphème de M.Remi Brague Magistro 18/01/2015), que sa représentation ne constitue pas ipso facto  un blasphème ou encore si des juristes laïques, s’érigeant contre la violence religieuse telle que la lapidation en Arabie Saoudite d’une musulmane citoyenne française par des membres de son propre clan qui entendent ainsi la punir d’un adultère, affirmaient qu’un tel assassinat déclenchait l’obligation pour le parquet français d’en poursuive les auteurs ou si une autorité publique (le Défenseur des droits par exemple) chargée de faire respecter la liberté de conscience, le libre arbitre de toute personne vivant en France conformément à notre Constitution et à la Convention européenne des droits de l’homme, traitait de l’absence d’effets juridiques en droit positif français de l’apostasie.

Nous ne pouvons qu’apprécier la déclaration du Recteur Boubakeur selon laquelle "nous ne sommes pas musulmans en France pour transformer la France", si c’est là est le cœur du programme sur la citoyenneté à l’usage des musulmans de France. S’imposent alors, dans ce contexte, des précisions en France sur les effets de la polygamie, l’intérêt supérieur de l’enfant, le respect de la femme ou encore les douloureux problèmes touchant aux enfants lorsque l’un des parents musulmans emmène ceux-ci en terre musulmane (que penser aujourd’hui du livre "Jamais sans ma fille" ?), les droits de la famille de confession musulmane sur les enfants du parent musulman défunt lorsque le conjoint survivant n’est pas de confession musulmane ? etc…

En réalité, au point de proximité et souvent d’intimité auquel sont parvenus les Français de confession musulmane et leurs compatriotes non-musulmans, les uns et les autres sont sevrés de grandes phrases qui tantôt les exaspèrent, tantôt les exonèrent de toute responsabilité pour les abandonner à une interprétation de l’histoire politico-religieuse qui débouche sur des malentendus et plus concrètement les jeter dans les bras des Pouvoirs publics et de la Justice. En priorité, nos compatriotes musulmans ont besoin de réponses précises, de modes d’emploi pour vivre harmonieusement ensemble… et avec ceux qui ne sont pas musulmans mais aussi qui vivent avec eux et parfois sous le même toit et dans les sangs se mélangent. C’est un sujet aussi important que celui des extrémistes religieux, mais ceux-ci servent de révélateurs.
Ainsi, concluons ce propos par une seule question choisie parmi tant d’autres qui sous-entend l’urgence d’une démarche d’éclaircissement : Comment la communauté doit-elle se comporter vis à vis d’un Français musulman qui abjure sa religion et qui envisage d’épouser une Juive ou une chrétienne ? Peut-on lui répondre : "C’est son affaire, pas la nôtre ! Chacun est libre".
M. le Recteur, s’il vous plait, il nous faut du concret pour avancer ensemble. On pense que vous êtes qualifié pour le faire. Les Musulmans n’ont-ils pas inventé l’astrolabe pour s’orienter !
MAYNIAL Patrice

Né le 17 mars 1944
Marié - 3 enfants


Magistrat
Ancien Directeur général de la Gendarmerie nationale (1993)


Ecole nationale de la Magistrature 
Diplôme d'études supérieures en droit privé
Diplômé de l'institut de criminologie de Paris
Licence en droit
 
Premier avocat général à la Cour de cassation (2007)
Avocat général à la Cour de cassation (Chambre sociale) (2004)
Secrétaire général de Thomson SA (1997)
Conseiller à la Cour de cassation (première chambre civile) (1996)
Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN) (1993)
Président de chambre à la cour d'appel, Paris (1992)
Vice-président au tribunal de grande instance, Paris (1986)
Conseiller technique au cabinet du ministre de la défense (1986)
Premier juge d'instruction au tribunal de grande instance, Paris (1981)
Substitut à l'administration centrale du ministère de la justice (1976)
En position de détachement à l'Institut national de la propriété industrielle
     Fonctions de chef de la division des marques (1976)
Juge au tribunal de grande instance, Versailles (1973)
Substitut à l'administration centrale du ministère de la justice (1970)
Auditeur de justice (1965)
 
Auditeur à l'Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN)
 
Ouvrages
Le droit du côté de la vie
     A la suite d'un Rapport au Premier Ministre - La Documentation Française, 1997
     Le droit du côté de la vie, Réflexions sur la fonction juridique de l'Etat (1997)
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Chevalier de l'ordre national du Mérite
Chevalier de l'ordre du Mérite agricole
Grand Officier de l'ordre du Mérite (Italie)

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