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Ce qu'est la France

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Il faut redire ce qu'est la France

L'élection législative partielle du Doubs aura-t-elle joué le rôle d'une répétition générale, deux ans avant le rendez-vous de 2017 ? Il est encore trop tôt pour le dire, bien sûr. Mais une chose est déjà certaine : si la droite veut jouer un rôle dans ce rendez-vous, il faudra d'abord qu'elle soit capable de parler à ceux qui veulent encore espérer. Et rien n'est moins acquis aujourd'hui. Il faudra que la droite soit capable de nommer vraiment les problèmes que notre pays rencontre, de les désigner par leur nom, avant même de proposer un catalogue de solutions. Il faudra qu'elle soit capable, surtout, de parler de notre pays, car c'est sans doute l'urgence première.
 
Qu'est-ce que la France ?
À cette question, la gauche répond par le vide, la vacuité de ces "valeurs de la République" dont on ne sait ni d'où elles proviennent, ni sur quoi elles se fondent, ni qui a le droit d'en établir la liste exhaustive pour y "former" les citoyens de demain.
Une liberté d'expression vidée de toute signification, et dont chaque jour permet de mesurer les évidentes asymétries.
Une laïcité superstitieuse, plus proche de la pensée magique que d'un principe raisonnable de vie commune.
L'incantation de l'unité nationale, brandie de manière coercitive par ceux qui depuis des années ont transformé en progrès tous les caprices solitaires d'un individualisme inconséquent.
Que fonder encore sur des "valeurs" qui sonnent si creux et depuis si longtemps?
 
Aux illusions qu'entretient la majorité il n'y a que l'opposition qui veuille croire encore. Quelle tristesse de la voir faire allégeance à ce discours du vide que la gauche a consacré - discours ressuscité, comble de l'ironie, à la faveur de la catastrophe qu'il a contribué à produire !
C'est parce que, depuis un demi-siècle, nous ne savons plus dire ce qu'est la France que de jeunes Français finissent par se retourner contre elle, pour avoir trouvé ailleurs une raison d'être et une cause à servir.
C'est parce que nous leur avons trop bien appris à détester leur pays qu'ils en arrivent à le trahir.
 
Face à cela, la droite semble condamnée au mutisme. Quel drame que ses dirigeants s'autocensurent, par peur sans doute de déroger aux conformismes du moment, quand tous les Français leur crient un besoin de cohérence, de sens et de clarté ! Les revirements tactiques incessants des responsables de l'UMP, sur des questions aussi décisives que le mariage, la filiation, la nationalité ou la place du travail dans notre société, ne sont que le symptôme du même vide : comment espérer alors qu'une majorité un jour adhère à ce qui fluctue sans cesse au gré des diktats d'une pseudo-modernité ?
Si l'on préfère, plutôt que de poser des fondements stables et clairs, se "positionner" sans cesse par rapport au FN ou au PS, on les laisse définir les termes mêmes du débat, et il faudra bientôt s'habituer à n'avoir plus d'autre rôle à jouer que celui de spectateur impuissant, réduit au ridicule du "ni-ni". À ceux qui ne savent rien affirmer, il ne restera plus bientôt que d'inutiles négations.
 
Qu'est-ce que la France ?
Il y a quelques semaines, je recevais un message émouvant de Ladji, un jeune Malien de 22 ans. Depuis son pays, il me disait sa passion et sa reconnaissance pour la culture française, "mélange subtil d'Homère et de la Bible". Voilà ce qu'il faudrait donner à nouveau à aimer, par l'école, par la politique culturelle, par une vision bien établie de l'homme et de la société qui irriguerait ensuite la cohérence de nos choix collectifs. Voilà ce que nos politiques devraient, avant tout, s'employer à reconstruire - et l'héritage sur lequel la France peut reconstruire son avenir.
 
Mais de cet héritage même, la droite a-t-elle encore conscience ?
Sait-elle encore le recevoir, le travailler, le proposer ?
Quelle tristesse de voir l'un de ses porte-parole, Gérald Darmanin, déclarer sans nuances qu' "il y a un problème avec toutes les religions dans la République" et que le catholicisme en fait partie… A-t-il oublié que la France doit à l'Église l'idée même de laïcité?
Une fois l'émotion de janvier passée, il faut le redire aujourd'hui, de manière apaisée mais claire.
Non, la France n'est pas Charlie ; elle n'est pas née de l'ironie corrosive qui défait tout ce que d'autres ont construit avant nous, et pour nous. Elle n'a pas d'avenir si elle croit trouver sa liberté dans la négation agressive, obsessionnelle et stérile, de sa propre identité.
De l'alliance de la tradition judéo-chrétienne avec la raison antique est née notre culture, notre conception du monde, le regard que nous portons sur la famille, sur l'égalité des sexes, sur le sens du temps du travail, sur la responsabilité politique, sur la dignité de l'être humain, sur la liberté de conscience, sur la valeur infinie de la vie.
La droite, qui devrait se distinguer justement par son sens de l'héritage, doit avoir le courage de redire maintenant ce qui est, ce qui a fait la France. Non pour exclure, mais pour rassembler : car aucun d'entre nous ne peut se proclamer propriétaire de ce pays qui nous précède. Chaque Français, en revanche, quelle que soit son histoire personnelle, doit pouvoir s'en sentir héritier.
Si nos gouvernants continuent de se plier à l'injonction du déracinement, nous paierons très longtemps notre incapacité à dire qui nous sommes.
www.fxbellamy.fr
Publié dans Le Figaro, 13 février 2015
BELLAMY Francois-Xavier

Né le 11 octobre 1985
Célibataire


Professeur de philosophie


Ecole Normale Supérieure (Ulm)
Maîtrise en éthique et en philosophie politique - Paris IV Sorbonne
Agrégé de philosophie
 
Chargé de mission pour les études au cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication (2006-2007)
Conseiller technique au cabinet du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice (2008-2009)
 
Depuis 2008 : maire adjoint (sans étiquette) à Versailles, délégué à la Jeunesse et à l'Enseignement supérieur

Ouvrages
Les Déshérités ou l'urgence de transmettre (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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