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Il est temps de reconstruire la France
 
Résumé de la situation, par le chef de l'État et son premier ministre. François Hollande, parlant du conflit en Ukraine, dernièrement devant la presse : "La guerre est une réalité ; elle peut être totale."
Manuel Valls, lundi, à propos des ghettos : "Il faut tout faire pour les casser, car on sent bien que tout va exploser."
Quelques heures avant que ce dernier n'arrive ce jour-là à Marseille pour y saluer les "excellents résultats" de son gouvernement dans le recul de la délinquance, la police et son directeur étaient pris pour cibles à la kalachnikov, dans le quartier de la Castellane, traversé en voiture blindée. Le 31 décembre, le président optimiste assurait encore, dans ses vœux : "Nous avons toutes les raisons d'avoir confiance", promettant de s'engager pour "préserver la planète".
Ces soudains aveux de menaces occultées mettent un terme à l'angélisme officiel. Mais ils arrivent tard. Trop tard ?
 
Le constant désarmement de l'armée, par la droite et par la gauche, est de ces énormités produites par la légèreté des dirigeants. La prévisibilité des guerres urbaines et des chocs de civilisations n'ont jamais ébranlé la pensée bétonnée, construite sur une unique analyse économique de la crise. Le frein au "rythme de réduction" des effectifs militaires, apporté en catastrophe par Hollande après les attentats de janvier, a révélé l'impensé de l'État.
Mais l'Union européenne n'est pas plus lucide.
Elle ne cesse de rappeler, avec Jean-Claude Juncker : "Nous ne voulons pas la guerre." Le totalitarisme islamique, en plein djihad, a entendu le message. Et Vladimir Poutine, qui rêve d'humilier cette Europe trop atlantiste et moralisatrice, sait qu'elle ne sera pas un obstacle sérieux à ses visées impériales en Ukraine et dans le monde orthodoxe qu'il veut fédérer.
 
Pourtant, ces bruits de bottes affolent moins les états-majors politiques que le second tour de la législative de la 4e circonscription du Doubs, qui a vu dimanche la victoire à l'arrachée (863 voix d'avance) du candidat socialiste contre la représentante de Marine Le Pen. "Il y a le feu au lac", a commenté Jean-Christophe Cambadélis (PS). "Un électrochoc", a admis Bruno Le Maire (UMP). Il est vrai que la résistance dont a fait preuve la discrète et mal implantée Sophie Montel (FN, 48,57 %) face à la coalition rassemblée derrière Frédéric Barbier (PS, 51,43 %) révèle l'enracinement de la sourde insurrection des indignés. Les 6 258 électeurs supplémentaires qui ont rejoint la frontiste, faisant fi des accusations portées contre elle, illustrent la perte de crédibilité de la gauche et de la droite. La panique qui atteint enfin leur rang est une autre preuve de l'aveuglement du Système.
 
La "France Big Brother", que Laurent Obertone voit comme une conjuration de désinformateurs, s'épuise en fait dans le grotesque. Les statistiques ne camouflent plus les réalités, ni les slogans les évidences. La propagande et ses intimidations, encore redoutables, sont rejetées par les vaccinés du trucage. L'ancien monde meurt de ses turpitudes. La guerre, qui se profile à l'intérieur comme à l'extérieur, est le monstre produit par quarante ans d'idéologie pacifiste et xénophile. La dynamique qui porte le FN est un symptôme de la mutation qui reste à conceptualiser. Mais ce parti n'est pas l'unique solution, comme le rappellent les abstentionnistes, majoritaires. S'ils ne cautionnent plus l'oligarchie et ses lubies, ils restent réservés sur la cohérence du programme de Marine Le Pen. La droite aux idées vides saura-t-elle accompagner l'histoire qui s'écrit sans elle ?
 
Quarante ans de politiques coupées du peuple ont abîmé la France comme jamais. Sa reconstruction doit être entreprise avec la société civile. Quand Valls reconnaît, lundi, que son parti a négligé "la nation, la patrie, la république", il dit une vérité qui attend des actes. Mais quand il traite le FN d'antirépublicain alors que celui-ci défend ces valeurs délaissées, le premier ministre s'égare dans l'illogisme. L'entendre vouloir "lutter contre les processus" mettant les personnes de mêmes origines dans les mêmes quartiers, sans réclamer la fin de cette immigration, révèle une autre absurdité. Elle se retrouve chez François Rebsamen, le ministre du Travail, qui annonce, mardi, des mesures d'accompagnement pour les chômeurs de longue durée, sans lever les verrous qui bloquent les créations d'emplois. Un boulanger de Saint-Paul-lès-Dax (Landes), qui ouvrait 7 jours sur 7, vient ainsi d'être contraint de fermer un jour par semaine. Ces enfermements doctrinaires font de la gauche l'obstacle à la révolution (revolvere, retour) enclenchée.
 
À moins que le FN ne corrige l‘incongruité de ses postures antilibérales, qui vont à rebours des nombreuses initiatives et alternatives développées par la France oubliée, l'UMP peut encore espérer s'affirmer en recours. Encore faudrait-il qu'elle accepte de répondre à la droitisation de la société, évidence qu'elle barguigne encore. Les débats sur l'opportunité du front républicain ou du "ni-ni" n'ont aucun intérêt, sinon de démontrer que les électeurs font ce qu'ils veulent. Nicolas Sarkozy a fait un bon diagnostic, samedi devant le conseil national de l'UMP, quand il a admis : "Le plat de résistance sera la reconstruction d'un véritable corpus idéologique." Disant cela, il a reconnu que l'UMP n'avait pour l'heure, en dépit de sa mise en congé, aucun projet.
Reste à savoir si l'opposition déchirée aura le temps, avant 2017, d'offrir une vraie rupture.

Paru dans Le Figaro, 13 février 2015
RIOUFOL Ivan

Né le 12 septembre 1952
Marié – 2 enfants
 

Journaliste


Université de Nantes
Diplôme d"études approfondies (DEA) de droit maritime et aérien
 
Au Figaro:
            Grand chroniqueur et Membre du comité éditorial (depuis 2000)
            Rédacteur en chef - informations générales (1995-2000)
Rédacteur en chef adjoint (1992-1994)
Chef de service (1990-1992)
Responsable de la rubrique Confidentiel (1988-1990)
Grand reporter (1985-1987)
Correspondant du Quotidien de Paris (1976-1984)
                        Du Journal du Dimanche
                        De Forum international
Journaliste à Presse-Océan
 
Ouvrages
La Tyrannie de l'impudeur (2000) - La République des faux gentils (2004) - Chroniques d'une résistance (2005) - La fracture identitaire (2007) - Où va la France ? (2008) - Chronique d’une année de crise (2009) - La démocratie d’apparence (ouvrage collectif) (2009) - Allez-y sans nous (ouvrage collectif) (2009) - De l'urgence d'être réactionnaire (2012) - A la recherche du peuple perdu (2011) -  Touche pas à ma France (2014) - Poings sur les i (2015) - La Guerre civile qui vient (2016) - La nouvelle révolution française (2016) -

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.