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Le populisme ...

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Non, le populisme n'est pas la démagogie
 
Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle de 2017 mais battue au second tour selon un sondage CSA ; explosion du terrorisme islamique fondamentaliste sur notre territoire ; avènement de la gauche radicale en Grèce… De quoi ces événements sont-ils le symptôme ?
Qu’elle arrive au second tour est à présent presqu’une constante dans les différents sondages. Comme dans le roman de Houellebecq, il est probable cependant qu’on lui préfèrera toujours même n’importe quel âne ou n’importe quel fou : mon travail sur le populisme tente justement d’expliquer ce rejet incoercible.
 
La concomitance de ces événements est le fruit d'un hasard, on ne saurait les mettre sur le même plan, et pourtant ils sont révélateurs d’un malaise des peuples. Le terrorisme issu du fondamentalisme islamique ressortit à un problème identitaire.
Pour ce qui est de la Grèce, c'est la réaction d'une nation qui en a assez d'être soumise aux lois européennes. C’est une gifle administrée à une technocratie qui empêche un pays de s'organiser selon son propre modèle.
En ce qui concerne les attentats… depuis des décennies, les grands partis s'entendent à étouffer la vérité, à tout lisser à l’aune du politiquement correct, c’est ainsi qu'on refuse de voir les problèmes dans nos banlieues où "Les Protocoles des Sages de Sion" sont couramment vendus, et que l'on persiste à imputer l’antisémitisme au seul Front National, alors qu'il est depuis bien longtemps le fait de l'islamisme. À force de tout maintenir sous une chape de plomb, il ne faut pas s'étonner que la pression monte et que tout explose.
On observe en Grèce une imparable logique dans l’alliance de la gauche radicale avec le parti des Grecs indépendants dès lors que ces deux formations sont souverainistes, qu’elles refusent l'austérité, et sont animées d’une semblable volonté de renégociation de la dette.
Rien d'étonnant non plus à voir Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon saluer quasi de concert le nouveau premier ministre grec, les extrêmes se retrouvant sur ce même créneau. Centralisatrice et souverainiste, Marine Le Pen a, au reste, gauchisé son programme économique. La souffrance identitaire des banlieues, tout comme l’émergence d’une France périphérique, ou bien encore la revendication par les Français de leurs propres racines et, par-delà nos frontières, le réveil du peuple en Grèce, sont autant de preuves de l’échec du politique.
 
D’où cette montée d’un populisme, pourtant âprement décrié …
Le vocable est devenu aujourd'hui synonyme de démagogie, mais ce n’est qu’un argument de propagande. Il est employé comme injure pour ostraciser des partis ou mouvements politiques qui seraient composés d’imbéciles, de brutes, voire de demeurés au service d’un programme idiot, ce terme d'idiot étant pris dans son acception moderne : un esprit stupide, mais aussi ancienne : un esprit imbu de sa particularité.
L'idiotès grec est celui qui n’envisage le monde qu’à partir de son regard propre, il manque d'objectivité et demeure méfiant à l'égard de l'universel, à l'inverse du citoyen qui, lui, se caractérise par son universalité, sa capacité à considérer la société du point de vue du bien commun. L'idiot grec veut conserver son argent et refuse de payer des impôts. Il cultive son champ et se dérobe face à la guerre, réclamant que l'on paye pour cela des mercenaires. A l'écoute des idiotès, les démagogues grecs attisaient les passions individuelles au sein du peuple, jouant sur le bien-être contre le Bien, le présent contre l'avenir, les émotions et les intérêts primaires contre les intérêts sociaux, si bien qu’au fond, les particularités populaires peuvent être considérés comme mauvaises pour la démocratie. Voilà l’origine. Rien de plus simple dès lors, pour nos modernes élites, de procéder à l'amalgame entre populisme et démagogie, avec ce paradoxe que les électeurs des "populismes" seront les premiers à se sacrifier lors d’une guerre, car ils ne renonceront jamais à leur racines ni au bien public, au nom de valeurs qu'ils n'ont pas oubliées. Il est absolument normal qu’une démocratie lutte contre la démagogie qui représente un fléau mortifère, mais ici il ne s’agit pas de cela : les électeurs des "populismes" ne sont pas des gens qui préfèrent leurs intérêts particuliers au bien commun, ce sont des gens qui préfèrent leur patrie au monde, le concret à l’universel abstrait, ce qui est autre chose. Et cela, on ne veut pas l’entendre.
 
Chez les Grecs comme plus tard chez les chrétiens, l'universel (par exemple celui qui fait le citoyen) est une promesse, non pas un programme écrit, c’est un horizon vers lequel on tend sans cesse. Or il s’est produit une rupture historique au moment des Lumières quand l’universalisme s’est figé en idéologie avec la théorie émancipatrice : dès lors toute conception ou attitude n’allant pas dans le sens du progrès sera aussitôt considérée non pas comme une opinion, normale en démocratie, mais comme un crime à bannir. Quiconque défendra un enracinement familial, patriotique ou religieux, sera accusé de "repli identitaire", expression désormais consacrée. C'est la fameuse "France moisie". Les champs lexicaux sont toujours éclairants…
 
Diriez-vous que nous vivons dans un nouveau terrorisme intellectuel ?
Un terrorisme sournois qui se refuse à considérer comme des arguments tout ce qui défend l’enracinement et les limites proposées à l’émancipation.
On appelle populiste, vocable injurieux, toute opinion qui souhaite proposer des limites à la mondialisation, à l’ouverture, à la liberté de tout faire, bref à l’ubris en général.
L’idéologie émancipatrice fut le cheval de bataille de Lénine, populiste au sens premier du terme (à l’époque où populiste signifiait populaire – aujourd’hui, la gauche est populaire et la droite populiste, ce qui marque bien la différence), ne vivant que pour le peuple ; mais quand il dut reconnaitre que ni les ouvriers ni les paysans ne voulaient de sa révolution, limitant leurs aspirations à un confort minimal dans les usines, à la jouissance de leurs terres et à la pratique de leur religion, il choisit délibérément la voie de la terreur. Il s'en est justifié, arguant que le peuple ne voyait pas clair.
Mutatis mutandis, c'est ce que nous vivons aujourd'hui avec nos technocraties européennes et, particulièrement, nos socialistes qui estiment connaître notre bien mieux que nous. M. Hollande et Mme Taubira nous ont imposé leur "réforme de civilisation" avec une telle arrogance, un tel mépris, que le divorce entre les élites et le peuple est désormais patent. A force de ne pas l'écouter, la gauche a perdu le peuple.
L'éloignement de plus en plus grand des mandataires démocratiques pousse le peuple à se chercher un chef qui lui ressemble, et on va appeler populisme le résultat de cette rupture. Si, par "gauche", on entend la recherche de la justice sociale, à laquelle la droite se consacre plutôt moins, le peuple peut assurément être de gauche mais dès lors que l'élite s'engouffre dans l'idéologie, le peuple ne suit plus, simplement parce qu'il a les yeux ouverts, les pieds sur terre, parce qu'il sait d'instinct ce qui est nécessaire pour la société, guidé qu'il est par un bon sens qui fait défaut à nos narcissiques cercles germanopratins. Ce n'est pas au cœur de nos provinces qu'on trouvera les plus farouches défenseurs du mariage entre personnes du même sexe, de la PMA, de la GPA, voire du transhumanisme. Je ne suis pas, quant à moi, pour l'enracinement à tout crin (n’est-ce pas cette évolution qui a fini par abolir l’esclavage au XIX°, et par abolir récemment l’infantilisation des femmes ?), mais il faut comprendre que les humains ne sont pas voués à une liberté et une égalité anarchiques et exponentielles, lesquelles ne manqueront pas de se détruire l'une l'autre, mais à un équilibre entre émancipation et enracinement. Equilibre avec lequel nous avons rompu. C'est une grave erreur.
 
N'entrevoyez-vous pas une possibilité de sortie du purgatoire pour le populisme ?
Ne serait-ce que par son poids grandissant dans les urnes, il sera de plus en plus difficile de rejeter ses électeurs en les traitant de demeurés ou de salauds, et cela d'autant plus qu'une forte frange de la France périphérique définie par le géographe Jean-Christophe Guilluy vote désormais Front national.
Marine Le Pen se banalise et, toutes proportions gardées, son parti apparaît de plus en plus comme une sorte de post-RPR, celui qui existait il y a 20 ans, avec les Séguin, Pasqua et autres fortes têtes centralisatrices et souverainistes – la presque seule différence étant dans l'indigence des élites FN : qui parmi nos intellectuels se réclame aujourd'hui de ce parti ?
 
Mon analyse est que l'Europe court derrière une idéologie émancipatrice qui, au fond, est assez proche d'une suite du communisme, moins la terreur : un dogme de l’émancipation absolue, considérée non plus comme un idéal mais comme un programme. Ainsi sont récusées toutes les limites, ce qui rend la société d'autant plus vulnérable à des éléments durs comme le fondamentalisme islamique.
Depuis quelques années, un fossé immense se creuse entre des gens qui, du mariage pour tous au transhumanisme, n'ont plus de repères, et des archaïsants qui veulent imposer la charia. Mais nous ne voulons rien entendre. Nous ne voulons pas comprendre que ces archaïsants ne sont pas des gens stupides et simplement arriérés, mais des gens qui réclament des limites. Il est pathétique de penser que devant le vide imposé par la laïcité arrogante, cet obscurantisme irréligieux, le besoin tout humain de religion vient se donner au fondamentalisme islamique – dans le vide imposé seuls s’imposent les extrêmes, parce qu’ils ont tous les culots.
Dans ce contexte, il n'est pas impossible que les pays anglo-saxons, et notamment les Etats-Unis, s'en sortent mieux que nous, car il y perdure une transcendance et nombre de règles fondatrices repérables dans les constitutions et qui structurent les discours politiques.
 
Au point qu'une certaine américanisation de nos mœurs pourrait nous retenir ?
Si paradoxal que cela paraisse, je répondrai par l'affirmative. Au fond, même si l'on en constate les prodromes chez les Anciens, et notamment dans la République de Cicéron, le progrès émancipateur est venu du christianisme, mais il ne saurait demeurer raisonnable sans une transcendance au-dessus. Je dirais que l’élan du temps fléché, allant au progrès, qui est né ici en Occident, a été construit pour avancer sous le couvert de la transcendance, qui garantit son caractère d’idéal et de promesse, l’enracine toujours dans la terre, et l’empêche de dériver vers des utopies mortifères. Tranchez la transcendance pour ne conserver que l'émancipation et vous voilà à bord d'un bateau ivre. C’est pourquoi je préfère les Lumières écossaises et américaines, qui sont biblico-révolutionnaire, aux Lumières françaises, forcément terroristes.
 
A propos de limites, comment analysez-vous l'adoption par le président de la République et le gouvernement du slogan : "Je suis Charlie" ?
Le pouvoir a surfé sur la vague, avec succès d'ailleurs, mais on n'était que dans la communication et l'artifice : gros succès pour la réunion des chefs d'État, avec une manifestation dont les chiffres augmentaient avant même que les gens ne soient sur place ! François Hollande a fait en sorte que sa cote grimpe dans les sondages, et tel fut le cas, mais tout cela risque de se déballonner dès lors que le pays se retrouvera avec ses soucis majeurs. Quant à la caricature de Mahomet réitérée après l'attentat, même avec son caractère ambigu et doucereux, elle demeure pour le milliard six cents millions de musulmans - presque un quart de la population planétaire - une provocation. Il est étrange de voir des gens qui se disent constamment éloignés de l’idée du "choc de civilisations", en train de susciter avec enthousiasme (par provocation, par sottise : voyez l’âge mental de ces dessinateurs…) une guerre de civilisations…
Paru dans Le Figaro Magazine du 6 février 2015
DELSOL  Chantal

Née le 16 Avril 1947
Mariée - 6 enfants.


Membre de l'Institut
Professeur des universités


Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)
Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)
Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)
Création et direction du Centre d'Etudes Européennes : 
     enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République
     Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.
Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 
Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 
Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca
Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 
     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,
Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 
     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 
     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)
Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique
Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde
Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires
Romancière

 

Ouvrages 
Le pouvoir occidental (1985) - La politique dénaturée (1986) - Les idées politiques au XX° siècle  traduit en espagnol, tchèque, arabe, russe, macédonien, roumain, albanais - L'Etat subsidiaire  Prix de l'Académie des Sciences Morales et politiques  (1992) traduit en italien, roumain - Le principe de subsidiarité(1992) traduit en polonais - L'Irrévérence essai sur l'esprit européen (1993) - L'enfant nocturne (roman) (1993) - Le souci contemporain
(1993) - traduit en anglais (USA) - Prix Mousquetaire - L’autorité (1994) - traduit en coréen - Démocraties: l'identité incertaine (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - La grande Europe ? (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - traduit en espagnol - Histoire des idées politiques de l'Europe centrale (1998) - Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques - Quatre (roman) (1998) - traduit en allemand, en polonais - Eloge de la singularité, Essai sur la modernité tardive (2000) - traduit en anglais (USA) Prix de l’Académie Française Mythes et symboles politiques en Europe Centrale (collectif) (2002) - traduit en roumain - La République, une question française (2003) - traduit en hongrois -  La Grande Méprise, essai sur la justice internationale  (2004) - traduit en anglais (USA) - Matin Rouge (2004) -  Dissidences  (2005) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Michel Maslowski et Joanna Nowicki) -  Les deux Europes  (2007) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Mate Botos (Université Pazmany Peter, Budapest) - Michel Villey, Le justepartage (2007) avec Stéphane Bauzon (Université Tor Vergata, Rome) - L'Etat subsidiaire (2010) - La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (2011) - Les Pierres d'angle  (2014) - Populisme, Les demeurés de l'Histoire (2015) - Le Nouvel âge des pères (2015) - La Haine du monde, totalitarismes et postmodernité (2016) -

Articles et collaborations
édités dans diverses publications françaises et étrangères 
 
Conférences
Nombreuses communications dans des colloques nationaux et internationaux, en France et à l’étranger (Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Bulgarie, Canada, Colombie, Etats-Unis, Grande Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Moldavie, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Suisse, Ukraine, Venezuela)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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