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Parlez-nous de la France !

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Républicains, parlez-nous de la France !
 
La droite française s’offre une cure de jouvence à l’enseigne des "Républicains". Pourquoi pas ? En panne sèche d’idéal, l’UMP avait le souffle court et s’enlisait dans des zizanies au ras des pâquerettes. Autant ordonner les obsèques d’un sigle démonétisé et repartir à l’abordage sous une étiquette qui ne mange pas de pain partisan. Les orateurs vont dénoncer à juste titre l’arrogance, le sectarisme, le clientélisme et la pusillanimité des socialistes. Ils vont effeuiller le catalogue de recettes libérales opportunes, mais jusqu’alors jamais appliquées par la droite au pouvoir, ou si peu. Puissent-ils se pénétrer d’une évidence : on ne sortira pas la France de sa déprime avec un peu plus de croissance, un peu moins de chômage. Puissent-ils aussi nous épargner les litanies d’usage sur les "valeurs républicaines". On permettra à un écrivain d’être un peu sourcilleux sur le sens des mots.
 
Les "valeurs républicaines", ça n’existe pas.
La république est un principe d’organisation politique à géométrie variable, pas une valeur. Elle ne recèle en soi aucune vertu morale. Par pitié, que la droite laisse le clergé gaucho battre de l’aile dans son panier sémantique percé et aborde enfin ce qui nous touche au plus intime : l’identité de la France.
L’historien Pierre Nora, peu suspect de sympathies réactionnaires, signifiait clairement ces jours derniers dans les pages du Figaro que notre vieux pays a perdu ses ancrages. Ça se voit, ça se sent, ça s’entend dès qu’on se hasarde hors du Quartier latin ou du faubourg Saint-Honoré. Cette dépossession est-elle irrémédiable ? Doit-on se résigner à subir un multiculturalisme à la botte de minorités récriminantes ? Dissoudre notre héritage chrétien et notre fond de sauce culturel catho dans un brouet syncrétiste où tout s’équivaudrait sur les étals du consumérisme ? Réduire la France aux acquêts d’un agrégat de Länder comme le préfigure sa découpe en zones abusivement qualifiées de régions ? Sommes-nous condamnés à survivre dans un espace aléatoire où, sous couvert de compassion pour les déshérités, des individus hors sol camperont dans la pire acculturation, celle qui nourrit les rancœurs et prédispose au nihilisme ? La France est-elle vouée au destin accessoire d’un canton touristique dans la gigue du cosmopolitisme mondialisé ? L’air du temps prédispose à ce déni de mémoire et au fatalisme qui l’accompagne. Si la droite l’avalisait, fût-ce implicitement, elle perdrait sa raison d’être car, depuis un demi-siècle, c’est une idéologie de gauche qui prône la mise au rebut de nos enracinements par le truchement obstiné de sa "déconstruction". Puissent "Les Républicains" s’aviser que la France n’est pas née de la dernière pluie et ne sera jamais une société anonyme. Seize siècles d’histoire-géo ont déterminé un patrimoine spirituel, intellectuel, esthétique, paysager, architectural, gastronomique. Il existe un art de vivre à la française, des tours d’esprit, des formes d’humour, un mode de sociabilité, un attachement aux terroirs, un type de relation masculin-féminin, un corpus mythologique qui nous singularisent. Et nous obligent. La pérennité de ce legs fastueux est menacée à brève échéance par la déshérence de la ruralité, l’anémie des villes moyennes, la décomposition du tissu familial, l’anarchie dans les banlieues, la précarité économique et psychologique des classes moyennes, et, osons le dire, l’impact des flux migratoires. On ne conjurera pas cette menace à coup de rengaines bigotes sur les "valeurs républicaines", la "citoyenneté" ou le "vivre ensemble" mais en initiant une politique radicalement alternative.
 
C’est facile d’ironiser sur les fantasmes éradicateurs de Mme Vallaud-Belkacem. Moins facile d’inculquer à la jeunesse française de vraies valeurs indémodables : le sens de l’honneur, de la mémoire, de l’élévation, du respect d’autrui, de la probité, du courage, de la politesse, de la gratuité, du contrôle de soi, de la pudeur. Sans oublier le sens de la grandeur de la France, qui hisse notre patriotisme à une certaine altitude et ne se mesure pas à l’aune d’un PIB. Les pédagos désemparés seraient ravis de redonner un sens à leur mission, ils en ont marre d’accommoder les restes d’une démission collective. À tous les étages de notre vie publique, les acteurs en ont marre de ramer sans boussole ni gouvernail. Quoi que prétendent les stratèges, les communicants et les technos, quoi qu’affirment les sondages, les angoisses d’ordre identitaire et moral sont plus profondes que les tracas liés aux essoufflements de notre économie. Elles sont difficilement quantifiables, et les sociologues échouent à les cerner. Elles n’en sont pas moins prégnantes. Angoisse et peur font la paire : le peuple français a peur de perdre à tout jamais le pays de ses ancêtres, rien de moins. Déjà il a du mal à en reconnaître l’architecture mentale dans les incantations des "élites". Lui restituer ce qui lui appartient, voilà l’urgence politique par les temps orageux qui courent.
L’âme de la France est en pénitence, il faut redorer fièrement ses blasons pour que renaisse une espérance. Il faut un vaste ressourcement pour rassurer les Français et ensoleiller l’avenir. Puissent "Les Républicains" en percevoir la nécessité. S’ils s’y refusent, leurs programmes seront des coquilles vides, leurs dirigeants passeront pour des bonimenteurs et ils trépasseront plus vite que l’UMP. S’ils s’y attellent, l’avenir leur appartiendra. C’est tout le mal qu’on leur souhaite. Sur le plan du combat des idées, la France a viré de bord. Elle est à droite (terme générique) comme jamais depuis la Libération. Il serait paradoxal - et consternant - que les responsables politiques étiquetés "de droite" soient les seuls à ne pas en prendre acte.
Le Figaro, 30 mai 2015
TILLINAC Denis

Né le 26 mai 1947
Marié – 4 enfants
 

Ecrivain


Institut d'études politiques (IEP) de Bordeaux
 
PDG des éditions de La Table Ronde (1990-2007)
Membre du Haut Conseil de l'Education
Membre du Haut Conseil de la Francophonie
Représentant personnel du Président de la République Française
     pour la Francophonie (1995-1998)
Enseignant à l'Ecole Supérieure d'Aéronautique
     Histoire moderne, à Toulouse (1999)
Enseignant à l'Institut supérieur
     de management public et politique (ISMAPP) (2008-2009)
 
Journaliste à La Dépêche du Midi (1974-1980)
Critique littéraire à La Dépêche du Midi (1980-1990)
Chroniqueur aux Nouvelles littéraires
Collaboration et éditoriaux à Madame Figaro (1983-1990)
Chroniqueur à R.T.L. (On refait le monde), à Canal + (Pascale Clarke)
Co-animateur (avec Michel Cardoze) de Double Page sur T.M.C.
     (émission littéraire) (2003-2004)
Intervenant dans Le Contrat sur la chaîne parlementaire
     (émission politique) (2006)
Collaborations à Valeurs Actuelles, Le Figaro Magazine,
     Madame Figaro, La Dépêche du Midi, La montagne,
     Marianne, Famille chrétienne, …
 
Ouvrages
Le Rêveur d'Amériques (1980) - Le Mystère Simenon (1980) - Le Bonheur à Souillac (1983) Prix de la Table Ronde française - L'Eté anglais (1983) Prix Roger Nimier - Spleen en Corrèze – Journal  d'un localier (1984) - A la santé des conquérants (1984) - L'Ange du désordre : Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse (1985) - La Tour des îles : Spleen à Daumesnil (1985) - L'Irlandaise du Dakar (1986) - Vichy (1986) - Maisons de famille (1987) Prix Kléber-Haedens - Le Dakar (1988) en collaboration avec yann Arthus-Bertrand - Un léger malentendu (1988) - Le Bar des Palmistes (1989) - La Corrèze et le Zambèze (1990) - Prix Chardonne, Grand Prix de Littérature du tourisme Les Corréziens (1991) en collaboration avec Pierre Dauzier - L'Hôtel de Kaolack (1991) - Le retour de d'Artagnan (1992) - Rugby Blues (1993) Prix Populiste, Grand Prix de la Littérature sportive - Elvis, Ballade sudiste (1993) - Le Jeu de la chandelle (1994) - Spleen en Corrèze (1996) - Dernier verre au Danton - Don Juan (1998) - Je me souviens de Paris (1998) - Les Masques de l'Ephémère (1999) Prix Paul Léautaud - Boulevard des Maréchaux (2000) - Chirac le Gaulois (2002) - En désespoir de causes (2002) - Le Mystère Simenon (2003) - Incertains désirs (2003) - Le dieu de nos pères – Défense du catholicisme (2004) - Le Venin de la mélancolie (2004) Prix du Livre politique, Prix des Députés - La pluie sur les carreaux dessine des fantômes (2005) - Je nous revois (2006) - Dictionnaire amoureux de la France (2008) - Rue Corneille (2009) - Sur les pas de Chateaubriand (2009) – Dictionnaire amoureux du Catholicisme (2011) - Retiens ma nuit (2015) -
 
Grand Prix de l'Académie française
     Prix de littérature Henri Gal attribué par l'Institut de France (2005)
 
Pour la télévision
Evocation de Francis Jammes
     Réalisateur Jacques Tréfouel
     Produit par FR3 Bordeaux-Aquitaine (1981)
Les Caprices de Marion
     Réalisateur Jacques Tréfouel, avec Agnès Soral
     Produit par FR3 Bordeaux-Aquitaine (1983)
Une colonne à la cinq (feuilleton)
     Réalisateur Pierre Neel
     Co-production FR3 Aquitaine et FR3 Limoges (1985)
Le Train du soir (court métrage)
     Réalisateur Eric Bertheret (1991)
     Adaptation d'une nouvelle de Denis Tillinac
Le Bois du Pardoux - France 3 (2000)

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