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Déliquescence des partis

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PS, LR, FN : la grande déliquescence des partis politiques

En principe, les partis politiques constituent un rouage décisif de la vie démocratique. Il leur incombe de conduire un débat de société, de traduire les attentes populaires en propositions politiques, en projet collectif. D'après l'article 4 de la Constitution, ils "concourent à l'exercice du suffrage." Un sondage CEVIPOF de février 2015 montre cependant que les partis politiques sont l'institution en laquelle les Français ont le moins confiance, avec un taux d'estime de 14 %, loin derrière les syndicats (29 %) et les médias (30 %). Cette image a peu de chance de s'améliorer...
La France est ébranlée par une fantastique secousse tellurique, qui remet en cause toutes les habitudes, les modes de pensée et les certitudes établies. Le chaos sanglant qui se répand au Moyen-Orient fait peser sur notre pays une menace sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale, s'exprimant notamment dans le risque terroriste. Les images télévisées de la vague migratoire en cours sur l'Europe bouleversent les consciences déchirées entre l'inquiétude et la compassion. Cette angoisse se développe sur un fond de chômage massif, 3,5 à 6 millions de sans-emplois, facteur de désespoir pour les jeunes, d'exclusion et de déchirure.
Dans ce contexte tourmenté, les formations politiques - toutes - donnent le sentiment d'une stupéfiante dérobade face à la réalité. En cette période tragique, à l'heure où la France s'interroge sur son destin, sur son avenir, le système des partis, comme tétanisé, paraît fuir le monde réel, tourner le dos à la France profonde, à la majorité silencieuse.
Le principal parti d'opposition, ayant vocation à gouverner, les Républicains, semble ne plus rien avoir à dire. Dans le cadre de la préparation des élections régionales et des primaires présidentielles, il donne, comme toujours depuis trois ans, l'image de la cacophonie et d'une course frénétique aux ambitions individuelles. Qui pourrait se hasarder à dire quelle est sa position sur la crise migratoire ou sur le Moyen-Orient, et surtout les solutions qu'il propose ? M. Juppé et M. Fillon ont fait savoir qu'ils étaient opposés à la perspective d'une intervention militaire terrestre contre Daech. D'autres voix se sont prononcées en sens inverse. Sur la question de l'immigration et des quotas proposés par Mme Merkel et la commission européenne, le grand silence de la formation politique susceptible d'accéder au pouvoir en 2017 donne le vertige. Le mouvement se présente comme une simple plateforme au service de calculs personnels, sans identité, sans idée, sans projet...
A droite de l'échiquier, le Front national semble à son tour frappé de plein fouet par la grande déliquescence de la vie politique. Ce parti, qui a construit son image sur l'exploitation à outrance des angoisses autour des thèmes de l'immigration et de la sécurité - sans d'ailleurs proposer de politique crédible - semble bizarrement étranger au grand ébranlement en cours dont il aurait pu tirer tous les bénéfices. Son existence paraît désormais se limiter aux tribulations d'une famille durablement plongée dans une guerre intestine et passionnelle. Après le spectacle de son université d'été à Marseille, que peut-il bien rester du parti lepéniste engagé, par le plus grand des paradoxes, dans une course à la délepénisation ?
La gauche radicale est elle aussi en pleine décomposition. Le parti écologiste se déchire entre une tendance majoritaire gauchisante qui prône en matière d'immigration "d'accueillir tout le monde" et une frange centriste ou réaliste qui vient de faire scission.
Le parti socialiste au pouvoir n'est guère mieux loti que le reste de la classe politique. Le tollé phénoménal engendré par les propos du ministre de l'Economie, M. Macron, fustigeant les 35 heures, a révélé une formation figée dans ses tabous, son immobilisme et son conservatisme. Plombé par son bilan en matière d'emploi, le parti n'a d'autre objectif que de faire abstraction de ce sujet, au cœur du drame français, mais ignoré lors de son université d'été. La fuite en avant dans le discours sur les "valeurs" et l'impératif "d'accueil" nonobstant toute prise en compte de la réalité, du chômage, du logement, des déficits publics, peut s'interpréter comme le chant du cygne d'un mouvement lui aussi au bout du rouleau, en pleine crise existentielle, incapable de choisir entre une voie réaliste, sociale-démocrate, et la pression de sa base militante qui réclame plus d'idéologie.
Que peut-il naître sur les ruines de la vie politique française ? Cette dernière semble engagée dans une course au néant qui s'accélère avec l'histoire. Un jour, il faudra bien reconstruire la démocratie française sur des bases radicalement nouvelles, à l'image d'une grande démocratie moderne, autour de deux mouvements patriotes, pragmatiques, proches du peuple, l'un progressiste et l'autre conservateur ou libéral, rejetant le culte de la personnalité, les dérives népotistes et la folie carriériste, capables de se renouveler en permanence - les hommes et femmes, les idées -, de débattre, voire de se parler et de travailler ensemble sur certains dossiers, sans haine ni insultes, et enfin motivés par le seul bien commun de la Nation. Rêve ou espérance ?
Figarovox, 5 septembre 2015
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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