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Le grand brouillage politique

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Le grand brouillage politique
 
En février 2015 paraissait un sondage du CEVIPOF révélant que 37 % des Français éprouvent de la méfiance envers la politique, 31 % du dégoût. 85 % estiment que les politiques ne tiennent aucun compte ce que pensent les gens comme eux. 12 % font confiance aux partis. L'enseignement fondamental au premier tour des régionales, le 6 décembre, a été totalement occulté par les commentaires : un taux d'abstention considérable, de la moitié du corps électoral, confirmant le constat issu des élections municipales et européennes de 2014.
 
Les événements de ces derniers jours ne sont malheureusement pas de nature à réconcilier les Français avec la politique. Celle-ci donne en ce moment le sentiment de plonger dans un climat de moquerie et de mépris envers les citoyens qui n'a aucun précédent historique. Les deux grandes formations qui se succèdent au pouvoir, la gauche et la droite connaissent un véritable séisme idéologique. Elles ne trouvent plus rien pour se différencier. Le brouillage des cartes est total. Jadis, la gauche était étatiste et chantre des droits de l'homme. La droite était libérale et sécuritaire. Avec le "pacte de responsabilité", les socialistes au pouvoir se sont revendiqués libéraux sur le plan économique. Avec le "pacte de sécurité", ils se sont alignés sur une approche sécuritaire, en préconisant par exemple "la déchéance de nationalité", considérée, cinq ans auparavant, comme une monstruosité anti-républicaine, opérant une discrimination entre les Français d'origine et issus de l'immigration. Cet alignement, ou osmose idéologique, se traduit en réaction par une poussée de haine et d'intolérance, comme en témoigne la volée d'injures qui a caractérisé la fin de la campagne des régionales. Faute de sujets à débat de fond, la violence du sectarisme n'est rien d'autre qu'un contre-feu destiné à faire semblant de se différencier.
 
Le retrait des liste socialistes des régions du Midi et du Nord, menacées de victoire du Front national n'auront hélas, à moyen terme, pas d'autre résultat que d'aggraver ce brouillage des repères. Qu'il y a -t-il à comprendre pour les citoyens ? En octobre dernier, le parti socialiste appelait à voter "contre la droite et l'extrême droite, le bloc réactionnaire". Aujourd'hui, il adopte une posture radicalement différente en retirant ses listes de plusieurs régions et renonçant donc à y avoir des élus. Comment les Français vont-ils interpréter ce geste ? Il apparaîtra, à beaucoup d'entre eux, comme le signe d'une magouille politicienne destinée à conforter le monopole de deux forces politiques, la droite et la gauche, qui s'insultent en permanence, mais sont en pleine harmonie sur le fond, ne disposent d'aucune solution alternative et n'ont donc pas d'autre perspective que de se partager les mandats, les postes, les prébendes de la République. Quelle image désastreuse pour la politique !
 
La dramatisation générale autour de la montée du vote lepéniste est elle aussi à double sens. Le parti fondé par M. Jean-Marie le Pen au début des années 1970 est largement présenté comme étant "aux portes du pouvoir" et comme une menace pour la République. L'exagération est évidente: dans un contexte de forte abstention, avec un vote stabilisé autour de 14 % du corps électoral, 6 millions de voix sur 45 millions d'inscrits, un isolement radical sur la scène politique, un discours et une idéologie aux antipodes de la réalité, la perspective de son accession au pouvoir, supposant une victoire à la présidentielle et la majorité absolue aux législatives, apparaît de fait, en l'état, comme totalement utopique. Dès lors, la mobilisation anti-FN se présente comme la dernière des mystifications de la classe politique. Face à l'impuissance de l'Etat, depuis des décennies, à relever les défis du chômage de masse, en progression constante, les problèmes de la dette et des déficits, ceux de la violence, de l'insécurité, de l'immigration illégale, de l'exclusion des jeunes, de la ghettoïsation et du communautarisme, l'imminence du danger extrémiste apparaît comme le dernier leurre du monde politique pour esquiver le réel. Cette stratégie recouvre une immense hypocrisie qui consistant à fustiger la droite lepéniste pour la désigner en victime, la faire encore plus monter, pour l'utiliser comme épouvantail et pouvoir ainsi noyer la réalité dans un lyrisme anti-fasciste. L'année préélectorale qui vient s'annonce riche en postures, polémiques, discours flamboyant axés sur le danger fasciste supposé menacer le pays. Il n'est pas du tout acquis que les Français soient dupes... Face à cette fuite dans un monde de chimères, de manipulations d'angoisses et d'illusions, il n'est pas d'autre réponse que le discours de la vérité et la politique des réalités.
Paru sur Figarovox, 13 décembre 2015
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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