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Confusions de l'extrême gauche

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Les coupables confusions de l'extrême gauche
 
La nuance n’est pas son fort. Sur ce thème-là plus encore. Lundi dernier, lors du traditionnel et couru dîner du Crif, Manuel Valls n’a pas hésité à expliquer que "l’antisionisme était synonyme de l’antisémitisme". S’il voulait aggraver son contentieux personnel et politique avec la gauche de la gauche, il n’aurait pas pu rêver meilleure provocation. C’est en effet une tradition à l’extrême gauche que d’affirmer un vigoureux antisionisme sans tomber dans les affres de l’antisémitisme. Ce distinguo ­intellectuel et idéologique était d’autant plus probant que longtemps, parmi l’extrême gauche, les militants les plus capés étaient quasiment tous de confession juive. D’ailleurs, les antisémites traditionnels, ceux qui venaient de l’extrême droite française, ne s’y sont pas trompés, qui sont devenus des soutiens inconditionnels de la cause sioniste. C’est un premier paradoxe rarement relevé : il y a une alliance idéologique objective entre le sionisme et l’antisémitisme traditionnel : celui-ci accuse les juifs de ne pas être vraiment français, allemand, ou anglais, car avant tout juif ; et l’idéologie sioniste dit la même chose, que les juifs font partie d’un même peuple, et doivent abandonner leur nation d’adoption. Mais au fil du temps, ce distinguo idéologique s’est troublé. Inversé.
 
Les juifs étaient jadis rejetés par les patriotes de droite, car on les soupçonnait de cosmopolitisme ; désormais, les juifs sont détestés par l’extrême gauche internationaliste, car Israël incarne une des dernières figures de l’Etat-nation qu’elle honnit. Ce décalage historique se double d’un décalage démographique. Les musulmans sont de plus en plus nombreux en France et en Europe. Pour eux, les juifs sont ici et là des juifs. Ils sont encouragés dans cette confusion par le propre comportement des Français de confession juive qui, depuis la guerre des Six-Jours, se comportent souvent en supporters inconditionnels de l’Etat d’Israël.
 
Dans les rues de Paris, les manifestations en faveur des Palestiniens s’achèvent désormais par les cris de "Mort aux juifs". Dans les écoles de banlieue, des enfants refusent d’étudier l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, car on ne dit rien du "génocide" palestinien. Des musulmans de nationalité française tuent des enfants juifs de nationalité française pour venger des enfants palestiniens. L’extrême gauche légitime et encourage cette criminelle confusion. L’islamo-gauchisme est une alliance puissante, mais on ne sait pas qui va manger l’autre. Les islamistes attendent leur heure, goguenards. Les gauchistes ont transformé les enfants de l’immigration arabo-musulmane en un nouveau peuple révolutionnaire, quasi messianique, qu’ils rêvent de lancer contre le capitalisme et ses suppôts, en particulier, les social-traîtres comme… Manuel Valls. Qui a au moins l’intelligence politique de désigner ses ennemis.

Paru dans Le Figaro Magazine, 11 mars 2016
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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