Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Pandemonium

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Évaluer cet élément
(1 Vote)
Pandemonium                                         
 
La politique française est vraiment sans intérêt : ce ne sont que balbutiements, petits arrangements entre ennemis, coups bas, rivalités, silences pesants ou parlottes interminables, tangos constitutionnels et législatifs, creuses déclarations, saupoudrages financiers, incompétence et navrant mépris des citoyens. Un clone d'Achille Talon et un sous-Robespierre espèrent encore occuper les palais de la République en continuant à clamer de pseudo valeurs dont ils ignorent en fait le contenu.
 
En fait, ce n'est pas vraiment de l'incompétence, mais plutôt une inaptitude maladive à être dans le vrai monde. Ce que désirent les Français -quels qu'ils soient– est avoir un avenir... or le chemin semble obstrué par d'abusifs locataires cramponnés à leurs titres et fonctions, sans doute dans la crainte du chômage technique.
Quelques-uns qui travaillent bien, font (selon leurs propres dires) "ce qu'ils peuvent" ; mais dans un tel galimatias institutionnel et représentatif, il est difficile d'être efficace. De toutes façons il est trop tard  : quoi que les gens au pouvoir décident désormais, ce sera trop tard ; le bien disant du palais de la Pompadour a mis 3 ans à endosser le rôle dans lequel il a été brusquement propulsé : passer en quelques semaines d'un poste étriqué de manœuvrier de parti politique à la gestion d'une nation, d'un Etat, d'un peuple, chargés d'Histoire, d'histoires et de turbulences, est un exercice presque impossible à réussir, même en étant réputé habile en sinuosités. Mais entre les mini et minables tractations partisanes et l'imposition d'une réforme constitutionnelle sensée il y a des milliards d'années-lumière, et la bille de la poudre aux yeux n'est pas jouable. Quant à vociférer qu'on est "en guerre" et froncer les sourcils en permanence, c'est à peu près ubuesque.
 
Quel bilan actualiser pour 4 années de reculades et de déchirement social aggravé ?
 
- Une méconnaissance -volontaire ou involontaire – des mécanismes constitutionnels et des équilibres gouvernementaux : si c'est involontaire c'est de l'incompétence ; si c'est volontaire, il s'agit du désir non formulé mais profond d'achever la destruction de l'actuel système républicain, qui fut en son temps une magnifique mécanique de cohésion et de pacification ; mais qui, hélas, de coups de canifs en rafistolages, ne ressemble plus à rien, et qui de toutes façons avait été conçu pour un certains peuple français dans un certain contexte et pour des gouvernants qui n'existent plus ni les uns ni les autres, érodés par le temps et l'évolution générale du monde. Mélenchon n'a pas tort lorsqu'il avance qu'il faudrait passer radicalement à une autre Constitution.
 
- Une méconnaissance –volontaire ou involontaire– et le mépris des lois et des règles administratives : la surabondance de textes jetés sur le pavé, le brouilli-brouilla de fausses mesures qui d'ailleurs ne sont jamais appliquées et se contredisent les unes les autres, car il n'y a jamais ni consultation ni de transaction avec les intéressés, est phénoménal. Le beau droit administratif français qui régna sans partage sur des continents entiers est en lambeaux, largement incompréhensible au citoyen normal. Et avancer que c'est la faute de l'Europe est un gros mensonge.
 
- Le monde civil et privé –celui des citoyens, des entrepreneurs et des agriculteurs– reste en friche, sans aucune réforme d'envergure, car le pouvoir actuel, enfermé dans ses palais, trouillard comme pas deux, n'a aucun sens de la gouvernance, de la consultation, de la transaction. Il lui faudrait la tolérance nordique, la sagesse helvète, le sens commercial et financier britannique, le messianisme yankee, mais tout cela est inatteignable pour des cerveaux strictement préoccupés de campagnes électorales.
 
- La jeunesse est toujours laissée dans l'ornière ; c'est le plus grave : nos diplômes sont désuets, souvent inadaptés au moderne marché du travail. Le récent saupoudrage d'un peu d'argent pour avoir la paix, ressemble aux cacahuètes que l'on lance aux singes dans les zoos. Et où va-t-on trouver ce fric ? Dans la poche des contribuables ?
 
- La Justice, le troisième Pouvoir selon les principes de démocratie parlementaire, n'est ni puissante, ni indépendante : archaïque, baignant dans une pauvreté qui confine à l'indigence, elle est submergée de tâches accablantes, sans lien véritable avec son rôle fondamental qui est de protéger les citoyens des excès sociaux et gouvernementaux.
 
- La place des femmes a lourdement régressé : islam... femmes de pouvoir effrayantes.
 
Il faut arrêter là, la liste est trop longue...
Pourtant, au-delà de la toxique politique imposée, dont il est impossible de discerner l'orientation et le sens, au-delà du strict calcul électoral et de la crainte des journalistes, toutes sortes de gens et d'activités vont bien en France, n'ont jamais cessé de retrousser leurs manches, travaillent, sont efficaces, produisent de la richesse pour tous. Au fait, y a-t-il une Politique au sens réel, c'est à direla gestion de la Cité ?
 
En 1969, un Général qui avait le sens de l'Etat, le respect des institutions et de la volonté des citoyens, avait compris que le peuple qu'il gouvernait ne voulait plus de lui. Les réformes proposées –bien que sensées– ne suffisaient pas, la société concernée risquait de nouveau un grand désordre. Il démissionna. Et permit ainsi, quoi qu'il lui en coutât, mettant son orgueil de côté, avec bon sens et honnêteté, de' remettre les compteurs à zéro, de repartir avec de plus ouvertes perspectives. Ce fut sain et relativement durable pour une France qui a la  bougeotte politique.
Après 14 années de destruction massive, 12 années d'inertie béate à tâter le pis des vaches, 5 années que certains qualifient d'accident électoral, voici 4 années de bafouillages et d'effritement systématique d'une société régulièrement au bord de l'émeute, exsangue, fatiguée et rompue au plus profond d'elle-même.
 
PANDEMONIUM : Mot plutôt anglais issu du grec pan+ daimon-onos =démon, lieu infernal. Par extension, capitale imaginaire  du royaume des Enfers. En littérature : lieu de grand désordre, de confusion, de corruption.
Près de Richmond Park- London – se trouve un étonnant brocanteur/antiquaire dont l'enseigne annonce avec satisfaction "Pandémonium" (Station Mortlake).
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version