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Primaires et narcissisme

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Les primaires portent le narcissisme de la vie politique à son comble
 
L'impopularité des dirigeants du pays continue à battre des records absolus. Pourtant, malgré le rejet de l’équipe au pouvoir, une profonde défiance persiste envers l’opposition. Seuls 23 % des Français pensent que "la droite" ferait mieux que les dirigeants actuels et 25 % qu’elle ferait moins bien (Ifop, juillet 2016). Compte tenu du discrédit des socialistes au pouvoir, cette incapacité à engendrer un début d’espérance, après plus de quatre ans dans l’opposition, paraît sans précédent. La situation est encore bien pire pour le Front national : 50 % des Français pensent qu’il ferait moins bien que les socialistes au pouvoir. Le phénomène tend à montrer que les Français ne voient pas d’issue à leur malaise, ne perçoivent aucune alternative politique crédible à la crise de société en cours. Bref, ils n’ont plus confiance en personne. La perte de confiance en la politique est sans doute la cause essentielle du pessimisme et de la morosité française.
 
Deux facteurs expliquent ce climat. Certes, après quarante ans d’échecs sur le front du chômage et de la sécurité, d’alternance en alternance, promesses et programmes sont de moins en moins crédibles. Mais, surtout, l’attitude générale des responsables politiques nationaux est désastreuse pour l’opinion publique. La course à la présidentielle - plus de cinquante candidats présumés si l’on inclut tous ceux qui devraient participer à une des primaires ! - donne l’image d’une névrose élyséenne, comme si le prestige et les avantages de la fonction écrasaient, chez les plus hauts dirigeants politiques, le sens du bien commun et de l’intérêt général. À tort ou à raison, les Français ont le sentiment que leurs gouvernants et chefs politiques roulent pour eux-mêmes et non plus pour la France ou pour l’intérêt public. C’est le miroir républicain lui-même qui est brisé.
 
Le sujet fondamental n’est pas celui du renouvellement des visages. Certes, plusieurs sondages indiquent qu’une forte majorité de Français ne veulent pas revivre le duel Hollande-Sarkozy de 2012. Pour autant, la personnalité la plus populaire, Alain Juppé, se situe au premier rang de la scène politique depuis plus de trente ans. Le rejet de la politique nationale par les Français provient bien davantage d’un mode de comportement des personnalités politiques dans leur ensemble, qui n’est pas une affaire de génération. Les dirigeants politiques nationaux, les nouveaux, les jeunes autant que les anciens, semblent vivre dans une sphère détachée du sens commun. Entourés de courtisans ou de supporteurs, ils paraissent coupés du ressenti populaire. Ils ne voient pas à quel point la personnalisation excessive de la vie publique, les batailles de chefs, l’ivresse de soi, l’obsession de la conquête ou de la préservation à tout prix des mandats et des postes suscitent un rejet croissant aux yeux de la majorité silencieuse. Le grand spectacle narcissique de la vie politique française n’est plus adapté à une démocratie moderne. Mais cela, les responsables politiques nationaux dans leur ensemble ne paraissent pas le percevoir.
 
Les dirigeants politiques nationaux donnent le sentiment de confondre politique et communication. Tout dans leur attitude donne l’image d’une fuite en avant dans la parole creuse, les polémiques, les postures, les formules, les manipulations, les récupérations. La politique se limiterait désormais à la seule médiatisation. La réalité paraît devenir secondaire à leurs yeux. L’illusion que l’on fait passer prime sur tout le reste. Gouverner n’est plus choisir, c’est-à-dire agir sur le réel, mais avant tout paraître ou frimer. Or, cela, les Français le ressentent bien plus que les responsables politiques nationaux ne l’imaginent. L’impression qu’ils sont prêts à n’importe quelle bassesse pour conserver la place ou la conquérir est dévastatrice.
 
L’opposition n’a pas encore trouvé le bon ton pour convaincre, celui d’un discours de vérité et de désintéressement personnel, d’un retour à l’esprit d’équipe et à une ambition collective qui pourrait seule engager le pays dans la voie d’un début de retour à la confiance. La prolifération hystérique des ambitions présidentielles donne une image dramatique de désintégration. En politique, l’union porte l’espérance tandis que l’émiettement suggère l’impuissance et l’échec. Les Français n’espèrent pas de leurs dirigeants politiques des solutions miracles et encore moins de sauveur ou d’homme providentiel. Ils attendent bien davantage un simple message empreint de sincérité tendant à prouver que leurs représentants politiques ont pour objectif non pas la défense de leurs intérêts personnels, matériels ou de vanité, mais le seul intérêt général.

Paru dans Le Figaro, 15 juillet 2016
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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