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Paris colonisé par l'Art financier
 
Jeff Koons vient de "donner" une œuvre à Paris : un clinquant bouquet de tulipes brandi par une main gigantesque, qui dépareillera l’espace entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne de la Ville de Paris… tant la différence d’échelle et de matériaux est choquante. Pour implanter ce bronze polychrome de douze mètres de haut et 33 tonnes, les riverains n’ont pas été consultés, pas plus que les architectes des bâtiments de France : la loi Pellerin a été promulguée précisément pour rendre l’AC incontestable, incritiquable. L’ambassadrice américaine s’est donc unie à une mairie de Paris aux ordres et à un collectionneur (M. Pinault grand amateur de Koons était présent lors de l’annonce) imposant n’importe quoi, n’importe où, puisque, Loi oblige, il suffit d’invoquer le label magique d "Art contemporain". "Donner" est mensonge : à condition que l’on paye le vase a titré Le Monde, enfin lucide ! Le don n’est pas financé et son coût serait de 3 millions d’euros … Emmanuelle et Jérôme de Noirmont, anciens marchands parisiens de Jeff Koons, reconvertis producteurs, sont chargés de collecter les fonds via du mécénat privé : collaborateurs de la colonisation culturelle à vos chéquiers ! Mais ce mécénat privé va investir l’espace public :  en réalité c’est Paris qui se donne . Koons accapare le bien commun, le prestige parisien, pour augmenter encore sa cote. Même quand on est l’artiste vivant le plus cher au monde, l’Art financier fonctionne comme une bicyclette : si on n’avance pas sans cesse, on tombe. Le battage permettra en outre à Koons d’installer enfin une de ses œuvres dans l’espace public de son propre pays…

Toute cette stratégie est maquillée en "signe de fraternité après les attentats de novembre 2015". Comédie cousue de fil blanc : les lieux n’ont aucun rapport avec les attentats et l’excuse compassionnelle colle mal avec la référence "aux fleurs rococo de François Boucher ou de Jean-Honoré Fragonard" : un peu de frivolité pour parfumer une tuerie ? Quant à la main, elle évoquerait celle de la statue de la Liberté (éclairant le monde), œuvre de Bartholdi donnée par la France aux Etats-Unis en 1886. N’est-ce pas plutôt "la fameuse main invisible du marché" ? Koons vient-il fleurir la tombe de la culture européenne soumise à la finance mondialisée : quand on sait que la tulipe (1) engendra une spéculation féroce au XVIIème siècle, on ne saurait rêver de symbole plus fort marquant l’emprise de l’Art Financier au cœur de Paris !
L’opération est d’autant plus écœurante que l’espace de la rue est actuellement celui des Sdf, refugiés et autres sans abris qui eux, visiblement, ne sont pas suffisamment "contemporains" pour qu’on dépense ces 3 millions d’euros pour les aider, mieux vaut dorloter les cotes de l’Art financier. Françoise Monnin rédactrice en chef d’Artension a eu l’idée d’une pétition "SOW BEAUTIFUL" proposant en remplacement de la Koonserie un hommage à Ousmane Sow qui vient de nous quitter. Mais d’autres pétitions circulent
cliquer.
L’année finit mal avec la mort de ce sculpteur et académicien, et l’élection à l’Académie de Bustamante, artiste conceptuel au siège de… Zao Wou-Ki ! Tandis que le siège du peintre abstrait Georges Mathieu n’est, après 3 scrutins, toujours pas pourvu…. Bizarre, d’éminents peintres étaient pourtant postulants… A suivre en 2017.
www.sourgins.fr
(1) Certains voient dans cette fleur une allusion à la Hollande et une forme de soutien de Mme Hidalgo envers son cher François…
SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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