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F. Fillon, victime expiatoire

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François Fillon, victime expiatoire de la crise des démocraties libérales ?
 
Que ceux qui essayent d'éliminer le redoutable concurrent qu'est François Fillon s'inspirent de l'exemple américain : les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump… pour le meilleur ou pour le pire !
 
Et si le procès que l’on fait au candidat des Républicains n’était en fait que le procès de la démocratie ?  Et si ce procès sans juge, sans avocat, sans partie civile et sans tribunal - si ce n’est la Haute cour médiatique et ses résonnances cybernétiques - n’était en réalité que celui de la démocratie en général, voire du régime démocratique dans son essence, depuis que Platon en a disséqué le corps et sondé l’esprit ? Et si l’affaire n’était en réalité que le reflet de ce grand Malaise dans la démocratie, remarquablement analysé par Jean-Pierre Le Goff ?   
En d’autres termes, ce n’est pas tant l’attitude supposée d’un François Fillon qui serait à blâmer, encore moins à lyncher publiquement, mais le système démocratique lui-même qui est à repenser, à expurger et à réformer, parce qu’il est porteur des germes de sa propre auto-corruption et que les dérives de la démagogie, du populisme, du clientélisme et du népotisme sont inscrites dans ses chromosomes, constituant ainsi son péché originel.
 
Par-delà l'affaire elle-même, dont le dénouement n’appartient qu’à la justice, il faudrait s’abstenir d’occire l’ennemi et de frapper l’hostie, pour se pencher sur l’essentiel : la crise de la démocratie libérale dont l’affaire Fillon n’est que l’un des symptômes.  
Malheur à celui par qui le scandale arrive : le grand paradoxe ou injustice est que cette réforme fondamentale de la démocratie parlementaire et postmoderne est portée par celui que certains stigmatisent et que d’autres culpabilisent, non guère par vertu mais par haine de classe, comme dirait leur très cher Marx, et surtout par calcul bassement politicien. Serait-ce parce qu’il dénonce cette corruption éminemment plus grave et dévastatrice pour la France, à savoir celle des valeurs, des idées, de la civilisation, de l’identité, de la laïcité, de la République… qu’on cherche à le discréditer par la casuistique moralisante d’une hypothétique prévarication ?
 
Il n’y a pas pire bassesse que de disqualifier un adversaire politique sans livrer bataille. Il n’y a pas pire lâcheté que d’éliminer un candidat sans l’affronter à visage découvert, sur les idées qu’il défend et sur le programme qu’il préconise pour relever un pays économiquement exsangue, sécuritairement exposé, socialement atomisé, culturellement agressé et spirituellement anesthésié. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Et cela vaut aussi bien pour François Fillon que pour tous les hommes politiques, depuis Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à Dominique de Villepin, en passant par Pierre Bérégovoy dont on avait "livré aux chiens l’honneur" pour reprendre cette formule à Mitterrand. Combien d’hommes d’Etat ont été jugés et exécutés sur une présomption, une délation fallacieuse, ou même un égarement moral, et jamais sur leurs compétences intrinsèques et à plus forte raison sur leur patriotisme ? Les hommes, tous les hommes ont leurs titres de noblesse et de faiblesse.

Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre, enseignent les Evangiles que le laïcisme honni et que le gauchisme méprise. Plutôt que de voir la paille dans l’œil de Fillon, les archanges de la pureté morale et autres Torquemada de la vertu devraient regarder la poutre dans leurs propres yeux. La quasi-majorité des élus de droite comme de gauche emploient des proches ou intercèdent en leur faveur pour les faire embaucher dans telle ou telle ministère ou entreprise. Ce n’est pas un crime ni un délit.
C’est un habitus, une tentation humaine, trop humaine pour susciter autant de calomnies et de lynchage médiatique n’épargnant ni un homme présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ni son épouse, ni ses enfants.
 
Il est parfaitement clair que dans cette cabale très bien ficelée et synchronisée, les gardiens de la vertu et de la pureté ont ciblé l’épouse pour atteindre le candidat à la présidence. Mettre à mort un adversaire politique, ce n’est pas nouveau dans le rituel "démocratique". Si la démocratie athénienne a fait son entrée dans l’Histoire par la condamnation à mort de Socrate, la démocratie française a inauguré son règne par la décapitation de Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, celle que la horde appelait l’étrangère et que l’élite souillait par la vraie fausse "affaire du Collier". Dans ce que certains qualifient déjà de "Penelopegate", il y a beaucoup de violence symbolique et il y a également du non-dit qui joue sur le ressentiment populaire, sur l’atavisme instinctif et sur la mémoire collective !   
 
A supposer qu’il y eut "faute", nonobstant le caractère parfaitement légal d’embaucher son conjoint, tout homme a droit à l’erreur précisément parce qu’il est humain. Même pour les sacro-saints Papes, l’infaillibilité est un dogme, pas une essence. Mais, comme le disait si justement Shakespeare, "Sois aussi chaste que la glace et aussi pur que la neige, tu n’échapperas cependant pas à la calomnie". La politique est intrinsèquement violente et dans l’éthique de certains, tous les moyens sont bons pour éliminer un redoutable concurrent qui pourrait mettre fin à leur pouvoir et provoquer le redressement politique, économique, diplomatique et civilisationnel de la France. Mais attention aux effets d’agrégation : aux Etats-Unis, les Démocrates ont tout fait pour écarter des présidentielles Bernie Sanders. Résultat, ils ont eu Donald Trump…pour le meilleur ou pour le pire !
Publié sur Atlantico, 6 février 2017 envoyé par l'auteur
HADDAD  Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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