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L'opportunisme d'E. Macron

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L'opportunisme d'E. Macron

Emmanuel Macron a pris ce jeudi la tête des sondages en vue de l'élection présidentielle. Pour Mezri Haddad, le candidat ne doit sa popularité qu'à un brillant opportunisme et une stratégie consistant à plaire à tout le monde, quitte à dire tout et son contraire.
 
Le disciple clandestin de Paul Ricoeur serait à la fois philosophe et politique, Messie et antéchrist, jésuite et existentialiste, théoricien et pragmatique, libéral et socialiste, apparatchik et prolétaire, banquier et marxiste, tiers-mondiste et atlantiste, nationaliste et cosmopolite, identitaire et islamophile, révolutionnaire et gradualiste, droit-de-l'hommiste et jacobin, individualiste et holiste, moraliste et laxiste, progressiste et conservateur, sarkozyste et hollandien, pourfendeur du "système" et, en même temps, sa quintessence. Il faut vraiment maîtriser l'art de la prestidigitation pour réunir dans le même couffin le prolétariat et les banquiers, Friedrich Hayek et Karl Marx, Raymond Aron et Jean-Paul Sartre !
Sans doute faut-il incarner tout cela, ou plus exactement le simuler, pour espérer ratisser large et capter les voix de la France qui souffre et celle qui se délecte ; le vote du travailleur qui se lève tôt et du chômeur qui se couche tard, celui du prolétariat et du capitalisme, celui du policier qu'on stigmatise et du brigand qu'on exalte, celui du professeur qu'on culpabilise et de l'élève qu'on autorise, celui de l'entrepreneur qu'on gruge par les impôts et du paria qu'on gave par les aides sociales, celui du Jean qui grogne et du Jean qui rit, celui de la France d'en bas et celle d'en haut, comme le disait si justement le maître et défunt ami, Philippe Séguin.
 
Après tout, vouloir ratisser large, c'est concevable et même légitime dans la logique machiavélienne, lorsque la fin doit justifier les moyens et que le but ultime de l'action politique consiste à se loger au palais de l'Élysée. Courir derrière toutes les idéologies, valeurs, catégories, professions et strates sociales pour attraper le pouvoir, cela peut se comprendre. Telle est l'essence même de la démocratie depuis que les Athéniens ont eu la mauvaise idée de l'inventer, nonobstant les avertissements de Socrate et les injonctions de Platon. En démocratie, toutes les voix se valent même lorsque les voies divergent ! Dans une formule qui embarrasse la gauche intellectuelle, qui a fait de Rousseau le précurseur de la révolution et de la démocratie, ce dernier dit : "S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un régime si parfait ne convient pas à des hommes" !
Être tout et son contraire, est un signe de progrès en cette époque de décadence, une preuve de génie en ces temps de leucémie morale, intellectuelle et politique, une marque de brillance en ces moments des Lumières éteintes. Mais à force de vouloir être tout, on finit par n'être rien, si ce n'est une création ex nihilo des faiseurs occultes de rois et des permanents de la révolution permanente.
 
Monsieur Macron a commencé sa très longue marche vers le pouvoir, il y a quelques mois, par une page Facebook et un essai hautement philosophique et politique intitulé Révolution. Quitte à plagier Tocqueville, il aurait été préférable de le titrer L'Ancien régime et la révolution, le régime hollandiste dont il n'est que l'émanation machiavélique. Commencer ainsi pour se trouver aujourd'hui mieux noté que François Fillon dans les sondages et hypothétiquement face à Marine le Pen au second tour, cela relève du miracle et dénote chez lui des qualités intrinsèques indéniables, ainsi qu'un sens aigu de l'opportunisme. Sans aucune ironie, monsieur Macron est respectable dans son ambition, louable dans son abnégation et parfait dans sa marche. Mon illustre ancêtre carthaginois, Saint Augustin, disait bien en substance, "Marche, même lorsque tu ne vois pas ta route, car la route n'existe que par ta marche". Le problème est que cette marche d'Emmanuel Macron a été aussi courte que celle de Mao Zedong fuyant l'armée nationale révolutionnaire de Tchang Kaï-chek !
 
Désirer le pouvoir, c'est d'autant plus légitime et honorable pour un jeune de 39 ans que l'ère est au jeunisme, comme ce fut le cas de Barack Hussein Obama aux États-Unis, et comme c'est le cas aujourd'hui du Canada avec Justin Trudeau, du Qatar avec Tamim, et de la Corée du Nord avec Kim Jong-un ! Encore faut-il en avoir l'étoffe et en incarner la majesté. Vouloir le pouvoir pour une révolution libérale dans la continuité socialiste ?
Tel semble être le cas lorsqu'on regarde de près les bribes du programme électoral d'Emmanuel Macron. Sur le plan économique, on ne sait toujours pas s'il appartient à l'école libérale, au marxisme, au keynésianisme, ou à la théorie des organisations. Sans doute est-il la synthèse magistrale de ces quatre principales visions économiques. Et c'est peut-être pour cette raison que son passage à la tête du ministère de l'Économie a laissé derrière lui près de 600 000 chômeurs de plus. Serait-ce l'une des conséquences du dérèglement par les entreprises transnationales qu'il prône dans son projet programmatique?
Mais c'est sur les questions névralgiques de l'identité nationale, du relativisme culturel, de l'immigration, de la nationalité, des banlieues, du communautarisme, de la "discrimination positive", que le changement libéral dans la continuité socialiste est le plus perceptible. Lors de son déplacement aux Mureaux, et dans ce qu'il a appelé la "reconquête culturelle" des banlieues, Macron a plaidé pour une "politique assumée de discrimination positive" en faveur des habitants des quartiers dits sensibles car, "ce que veulent les banlieues, nos concitoyens, qu'ils soient de la France rurale, des villes moyennes, c'est accéder à leur part de réussite du pays. Or on ne leur a plus donné cette chance. Je veux leur redonner".
De même que dans son récent entretien fleuve à l'AFP, il a affirmé que "La droite a parlé à la France qui réussit, la gauche a parlé à la France populaire, la plus en difficulté", ce qui a conduit au clivage droite-gauche, "qui s'est fracassé sur cette France périphérique".
 
Après la laïcité positive, voici revenu la symphonie anesthésiante et l'empathie jésuite de la discrimination positive. Celle-ci, est-il besoin de le démontrer, est l'exact contraire de la méritocratie ; c'est la dogmatique qui est aux antipodes même de la philosophie du mérite et du labeur. Pis encore, elle introduit un nivellement par le bas et une discrimination négative entre le brillant et le cancre, entre le riche et le pauvre, entre celui qui désire s'arracher au déterminisme social par sa volonté de vaincre le destin, et celui que la Providence a fait naître dans un milieu économiquement aisé.
Il me semble bien pourtant avoir entendu Macron dire que "le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler" ! Beaucoup de ceux dont la gauche en général courtise les voix ont un travail de nuit comme de jour : le vol et les indemnités sociales. L'on sait par ailleurs ce que la sempiternelle discrimination positive a généré à Science Po : au "Hijab Day", en avril 2016 et en réaction au souhait de Valls d'interdire le voile dans les universités.
Histoire en contraste radical avec le "Hijab Day", celle d'un jeune français de 24 ans, qui m'a pris il y a un mois dans son véhicule Uber. Il était 2h du matin. Ce jeune travaille nuit et jour pour gagner sa vie et aider ses parents. En discutant avec lui, j'apprends qu'il est pilote de ligne, sorti il y a un an premier de sa promotion. Tous ses camarades de promotion ont trouvé un boulot chez Air France et dans d'autres compagnies aériennes. Mais pas lui. Il s'appelle Mehdi et il est franco-marocain !
En matière de droit de vote des étrangers, et pour tacler François Hollande, Macron - qui se dit favorable à une telle mesure - a affiché sa préférence pour "que l'exercice de la citoyenneté se fasse d'abord par l'accès à la nationalité avec un vrai examen de maîtrise de la langue". En d'autres termes, puisque mon ex président a échoué à imposer cette mesure impopulaire mais ô combien profitable électoralement, nous allons la réaliser autrement : moyennant un test de langue, offrir la nationalité aux migrants, afin qu'ils puissent voter en toute légalité. C'est en effet subtil et même remarquable de contourner la Constitution par un tour de passe-passe linguistique, et pourquoi pas géométrique !
 
Monsieur Macron ne semble pas être conscient du fait que le problème n'est pas celui de la langue, mais de l'atavisme culturel et religieux qu'elle recèle. La langue, ce n'est pas uniquement un moyen de communication ou une manifestation phonétique. C'est surtout une âme, un esprit, une histoire, une civilisation, des valeurs. Le candidat refoulé du parti socialiste devrait réécouter le discours aux intonations renaniennes de Manuel Valls, en novembre 2016 : "être français, c'est aimer la France… c'est faire sien l'héritage qui vient de très loin… c'est avoir le cœur qui se serre quand retentit la Marseillaise". Il est vrai que Macron s'était nettement démarqué de son ancien Premier ministre au sujet de la déchéance de nationalité pour les terroristes et les mercenaires de Daech.
En réalité, les chantres du républicanisme, de l'égalitarisme et du laïcisme courtisent le vote des "Français de la diversité", comme ils disent. Ce faisant, ils se comportent consciemment ou involontairement en communautaristes, ce fléau et péril qu'ils prétendent combattre par ailleurs, et qui est l'une des couveuses de l'islamo-fascisme et de l'islamo-terrorisme en France.
 
Dans cette compétition électorale, il y a le candidat de la feuille de route, celui de la feuille de soin, celui de la feuille de paie, celui de la feuille de suivi, et celui de la feuille de chou… bio. Selon Macron le démiurge, François Fillon a "la radicalisation du discours en matière de sécurité et d'identité, et la décision stratégique de poursuivre le Front national". Outre le fait que le candidat de la droite républicaine est dans le sens de l'Histoire et dans la trajectoire de la société, n'est-il pas indécent de porter de tels propos réducteurs, d'autant plus que leur auteur est lui-même dans braconnage électoraliste pour piquer des voix à Madame Marine le Pen, la seule à assumer haut et fort ses idées patriotiques. Si le Front national est si "dangereux" et "détestable" aux yeux des dépositaires de la conscience française, pourquoi donc cherchent-ils à séduire son électorat, qui est - je le signale au passage - inconversible et inconvertible, pour emprunter cette expression aux banquiers ?
En bon banquier précisément, le Messie rédempteur de la religion socialiste résonne en termes de parts de marché électoral et de retour sur investissement. Il risque de faire faillite et de décevoir ainsi le philosophe Rothschild… et le banquier Platon.

Paru sur Figarovox, 10 mars 2017
HADDAD  Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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