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Devoir des politiques, droits des journalistes ?
 
Il y a des moments de grâce intellectuelle dans la vie.
Quand les préoccupations du Pouvoir rejoignent, par exemple, celles du commun des citoyens et que "La Communication selon Macron" (Le magazine du Monde) interpelle ceux qui se passionnent pour les débats politiques et médiatiques.
Cette coïncidence est heureusement ressentie par un extraverti comme moi qui éprouve de l'admiration pour les systèmes comme celui de l'Elysée, à l'heure actuelle capable de discrétion, de retenue, muré sans la moindre mauvaise conscience dans une communication totalement maîtrisée.
Et, surtout, déterminé à ne plus laisser la main aux journalistes politiques mais à changer le rapport de force avec eux.
Pour la visite au Mali, certains auraient été choisis au détriment d'autres. L'Elysée a démenti.
 
Mais la tendance est claire. Avant la présidence d'Emmanuel Macron, les politiques, notamment les plus hauts d'entre eux, avaient des devoirs et les médias des droits. Les premiers étaient tenus de se plier aux désirs d'information éperdue des seconds et ceux-ci avaient toute latitude pour s'ébrouer comme ils l'entendaient dans le champ démocratique. Ouvrir grand les portes et à tous étaient la règle et qui n'adhérait pas à cette universalité absurde n'était pas un bon républicain.
Avec le nouveau président de la République, les choses apparemment ont radicalement changé.
On a le droit de rêver. Pour moi qui suis moins passionné par l'univers médiatique que par la réflexion, après-coup, sur lui, je songe à la volupté de pouvoir se constituer sur tous les sujets, notamment politiques et judiciaires, un aréopage de professionnels dont la qualité et l'intelligence seraient garanties. Et dont on serait assuré que rien d'absurde ne sortirait des entretiens, des échanges. ll pourrait y avoir Caroline Roux, Yves Calvi, Frédéric Taddéï, Serge Moati, Christophe Jakubyszyn, Frédéric Rivière, Audrey Crespo-Mara... Et évidemment Michel Field.
Si je termine par ce dernier, faisant référence au journaliste unique qu'il a été, peut-être trop intelligent - quel compliment ! - pour une mission de pur questionnement, c'est pour dénoncer les polémiques grotesques - défiance après défiance - dont il est accablé depuis qu'il œuvre aux côtés de Delphine Ernotte. Oser lui reprocher en particulier un article remarquable et critique (Libération) sur la manière dont France 2 avait rendu compte de la campagne présidentielle était d'autant plus aberrant, outre le corporatisme étriqué que cette dénonciation manifestait, que Field s'incriminait avec les autres et proposait une vision lucide se fondant sur les rares faiblesses d'aujourd'hui pour préparer la totale excellence de demain.
 
Dans "la communication selon Macron", j'apprécie que les interviews politiques soient relues mais qu'en revanche les entretiens traitant de la pensée, de la littérature, de la philosophie soient les seuls pour lesquels on fasse toute confiance à l'interlocuteur. Ainsi, questionné sur ce registre par Jérôme Garcin (L'Obs), Emmanuel Macron n'aurait jamais eu l'idée saugrenue de solliciter une relecture.
Cette manière de remettre le journalisme politique français à sa place me déplaît d'autant moins qu'elle détruit une trop haute conception qu'il a de lui-même, perçoit sa fiabilité relative dans l'analyse et les commentaires - quels sont véritablement les journalistes capables de damer le pion aux citoyens éclairés ? - et met en pièces cette surabondance de l'information continue qui s'imagine approfondir parce qu'elle répète. Alors que, se répétant, elle se prive inéluctablement de profondeur.
Un quidam dénonçant ces insuffisances est vite qualifié d'aigri ou de jaloux mais quand un pouvoir respecté fait le même constat et officiellement en tire les conséquences, une forme de noblesse tombe sur le thème et on a le droit de se réjouir modestement d'avancées dont on a été l'un des nombreux artisans civiques.
 
Il ressort que les politiques n'ont pas que le devoir et les journalistes les droits. Ceux-ci, pour le FN comme pour toutes les manifestations de leur belle mission, ne sont à la hauteur de ce qu'ils exigent comme une automatique considération qu'à condition de faire preuve d'un certain nombre de vertus intellectuelles et morales. De pluralisme et d'honnêteté. L'honneur d'être journaliste se révèle après, pas avant l'obstacle.
J'espère que cette rareté de la parole présidentielle, cette "communication selon Macron" ne surgissent pas seulement maintenant pour éviter tout couac avant les élections législatives mais qu'elles dureront parce qu'elles ne sont pas pour rien, en si peu de temps, dans l'adhésion majoritaire au nouveau style présidentiel.
On avait besoin de respirer un autre air, d'une autre ère.

Paru sur www.philippebilger.com, 21 mai 2017
BILGER Philippe

Né le 31 août 1943
Marié - 6 enfants


Magistrat honoraire

Ancien avocat général près la cour de Paris
Conseiller spécial (of counsel) au cabinet D’Alverny Demont & Associés (depuis le 3 octobre 2011)

Président de l'Institut de la parole

Préparation à l'Ecole Normale Supérieure
Licencié en Lettres classiques
Licencié en Droit
Diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM)
 
Auditeur de justice au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg (1970)
Juge d'instruction au TGIde Lille (1972)
Substitut du Procureur de la République près le TGI de Bobigny (1975)
Affectation à la 4ème section du Parquet de Paris (Presse et Libertés publiques) (1984)
Premier substitut Paris (1986) 
Ministère public à la 17ème Chambre Correctionnelle (1984 à 1989)
     Affaires Le Pen c/Libération, Le Pen c/Le Canard Enchaîné, Duverger c/Actuel, tract en faveur du
     Maréchal Pétain dans Le Monde, affaire Laurent Wetzel /Marcel Paul, etc.
Chef de la 11ème section du Parquet de Paris (droit bancaire) (1989 – 1990)
Substitut général près la cour d'appel de Paris (1990) 
     Chambre d'Accusation de Paris, de mars à septembre 1990
     Avocat général à la cour d'assises de Paris, de septembre 1990 à septembre 1992
     (affaires Chalier-Nucci, Mathurin-Paulin, Dobbertin, etc.)
 
Mise à disposition auprès du président du Sénat
     comme conseiller à la Justice et à la Culture (1992 – 1995)
 
Avocat général près la cour d'appel de Paris (1999)
Avocat général à la cour d'assises de Paris (depuis 1995)
     (Procès Didier - l'assassin de Bousquet - procès Naigeon, Fréminet, Bob Denard,  
     Aloïs Brunner, Magali Guillemot, François Besse, etc.
     Procès d’Emile Louis à Auxerre, procès de Maxime Brunerie à Paris (2004)
     Procès d'Hélène Castel et procès en appel d'Emile Louis (2006)
     Procès de Youssouf Fofana et du gang des barbares (victime : Ilan Halimi) (2009) 
 
 
Professeur associé à l’Université du Droit et de la Santé de Lille 2 (2001 – 2004)
Directeur d'une session annuelle de formation à l'ENM (2001 – 2004)
Présidence de la Commission arbitrale des journalistes
Chef de la délégation juridique de l'Union internationale de la Presse Francophone
Conférences sur le droit de la presse et la cour d’assises,
     à l'Ecole Nationale de la Magistrature,
     au Centre de Formation pour les Journalistes,
     à l’Institut Montaigne,
     pour la Presse Quotidienne Régionale,
     pour le groupe Hachette et le groupe Bayard, pour divers Barreaux.
Conférences régulières pour le groupe Audiens
Conférence à l'Institut de France (23 janvier 2006)
Grande Conférence du Figaro (20 février 2006)
 
Ouvrages
Nombreux articles consacrés au droit de la presse et à l'analyse de la jurisprudence
     dans Le Monde, Le Figaro, La Gazettedu palais, Legipresse (membre du comité
     de rédaction), Stratégies, L'Echo de la presse,
     ainsi que dans la Presse Quotidienne Régionale
 
- Le droit de la presse (PUF, collection "Que sais-je") (1990) (réactualisé en 2003)
- Le Besoin de justice avec Claude Grellier (Calmann-Lévy) (1991)
 -Plaidoyer pour une presse décriée (Filipacchi) (2001)
 -Un Avocat général s’est échappé (collaboration de Stéphane Durand-Souffland (Le Seuil) (2003) 
 -Le Guignol et le Magistrat avec Bruno Gaccio (Flammarion) (2004) 
 -Arrêt de mort roman (Editions du Félin) (2005)
 -Pour l'Honneur de la justice" (Flammarion) (2006)
- J’ai le droit de tout dire (Editions du Rocher) (2007)
- Et si on jugeait les juges ? avec Roland Agret (Editions Mordicus) (2009)
- 20 minutes pour la mort - Robert Brasillach : le procès expédié (Editions du Rocher) (2011)
- Le bal des complaisants – Le dernier réquisitoire d’un avocat général avec François Sionneau (Fayard) (2011)
 
Distinctions    
Chevalier de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre national du Mérite

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