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Un bouleversement politique ?

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Un bouleversement politique ?
 
Comment faut-il comprendre la victoire de Macron à l’élection présidentielle et celle de ses partisans aux élections législatives qui ont suivi ? La plupart des observateurs s’accordent à les analyser comme un changement majeur, encore qu’indistinct, de notre vie nationale. François Bayrou, vétéran des combats du dernier tiers de siècle, est plus catégorique : "les moments que nous vivons" affirme-t-il en toute simplicité "figureront dans les livres d’histoire au même titre que les bouleversements politiques de la Libération ou de 1958". Selon lui, "une vague de confiance est en train de se lever". "La débâcle des partis qui exerçaient le pouvoir depuis des décennies" nous fait entrer dans "une période d’optimisme et de volonté". Les chefs des factions vaincues ne sont pas loin de penser qu’il a raison.
Bayrou ne nous indique pas les faits sur lesquels il a construit ses certitudes. Mais la "vague de confiance" qu’il voit se lever n’apparaît pas dans les statistiques électorales. Les Français ont été moins nombreux à voter en ce printemps "d’optimisme" que pendant "la période de pessimisme et de découragement" qui a porté à l’Elysée, Sarkozy d’abord et Hollande ensuite. Les électeurs "macronistes" eux-mêmes ont montré peu d’ardeur à confirmer leur choix dans les scrutins législatifs : un quart d’entre eux a boudé les urnes le 11 juin. Si l’on devait résumer en un mot  l’état d’esprit de nos compatriotes tel que les consultations électorales nous le montrent, les termes de passivité ou à la rigueur d’attentisme seraient plus adaptés que celui de confiance.
Le président du Modem rapproche audacieusement le quinquennat qui commence  avec les secousses de la Libération et les débuts de la Vè République en 1958. Il n’est pas prouvé que Macron et son gouvernement envisagent une rénovation politique et sociale d’ampleur comparable. Leurs intentions apparaissent plus modestes. En tout état de cause, les grands changements de notre passé ont été marqués par des élans populaires visibles et mesurables, notamment dans les consultations électorales. La "République en marche" est soutenue par moins d’un Français sur six et elle a été, jusqu’à aujourd’hui, incapable d’élargir son assise. Elle n’a pas les moyens de l’ambition dont Bayrou la revêt.
             
Elargissons notre horizon.
Le cycle électoral qui s’achève peut être aisément comparé aux deux qui l’ont précédé en 2007 puis en 2012. Le premier, dans lequel Sarkozy et Royal se sont affrontés au nom de la droite et de la gauche, a passionné les Français. 16 % seulement des électeurs n’ont pas participé au premier tour de scrutin et les deux candidats arrivés en tête ont réuni ensemble près de la moitié du corps électoral. Le cycle suivant, en 2012, a montré un début de désenchantement et de confusion : les abstentionnistes ont été plus nombreux (20 %) et les deux finalistes, Sarkozy et Hollande, n’ont attiré que 43 % des Français. L’élection présidentielle de 2017 ne fait que poursuivre et amplifier le déclin des dix dernières années. L’abstention croît encore (22 %) et les électeurs se dispersent davantage entre des candidats dont aucun ne parvient à mobiliser un Français sur cinq. Ensemble, les deux premiers, Macron et Marine Le Pen, rassemblent péniblement un tiers du corps électoral. Celui qui l’a emporté, doit sa victoire à des circonstances fortuites autant qu’à ses propres mérites. Le processus d’affaiblissement des grandes coalitions de droite et de gauche a commencé avant la "République en marche" et ce qui lui succède n’est pas une recomposition historique des forces partisanes mais un éclatement entre des allégeances fragiles, étroites et instables.
Telle est la réalité politique avec laquelle Macron devra gouverner. Elle est l’image d’un peuple profondément divisé. Les habitants de nos grandes villes voient l'avenir national tout autrement que les ruraux ; le même antagonisme oppose les zones de vieille industrie et les pôles d’activité numérique ; les partisans du multiculturalisme et ceux qui mettent en avant leur attachement identitaire ; les enrichis et les appauvris de la mondialisation ; les euroenthousiastes et les eurosceptiques. Macron porte les attentes de certains groupes ; il suscite la méfiance des autres. Il ne rassemble pas.
                    
 
L’Amérique de Trump, l’Angleterre de May, l’Italie de Renzi et même l’Allemagne de Merkel sont tiraillées par les mêmes forces irréconciliables, paralysées par les mêmes mouvements d’opinion flous et changeants, menacées par la même instabilité politique. Notre pays mériterait d’être appelé exemplaire et le moment présent d’être qualifié d’historique si ceux qui nous dirigent savaient surmonter nos divergences, dépasser nos contradictions et nous unir dans une recherche renouvelée de notre bien commun. Nous en sommes loin. Quel que soit l’enthousiasme de Bayrou pour le quinquennat qui commence, nous ne sommes pas plus avancés que les autres nations d’Europe et d’Amérique. Sauf fait nouveau, notre gouvernement va donc trébucher autant que les autres.

Michel Pinton, Ancien secrétaire général de l’UDF
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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