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... de la haine sur Internet

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Le législateur a une conception très subjective de la haine sur Internet
 
TRIBUNE - La philosophe s’inquiète de la proposition de loi portée par la députée LREM Laetitia Avia, visant à lutter contre la haine sur Internet. Si le motif est louable, la définition des contenus haineux reflète selon elle la bien-pensance du courant idéologique dominant.

 
Une proposition de loi, présentée par la députée LREM Laetitia Avia, vise à lutter contre la propagation des discours de haine sur Internet. Il s’agira de débusquer et de punir les contrevenants. Nul d’entre nous n’a envie de défendre les discours de haine. Toute la question est de les définir, de les caractériser, de les trier. Or l’exposé des motifs est par sa formulation même un festival de bien-pensance : "Le rejet, puis l’attaque d’autrui pour ce qu’il est, en raison de ses origines, de sa religion, de son sexe ou de son orientation sexuelle, connaît des relents rappelant les heures les plus sombres de notre histoire."
 
Le problème que pose cette proposition de loi est double. D’abord, la haine ne signifie plus grand-chose tant on l’emploie pour tout et n’importe quoi. Ensuite, sa définition par le législateur ne vise pas, et n’atteint pas, l’objectivité. Le mot "haine" a acquis des significations dérivées et son emploi s’est amplifié au-delà de toute mesure. Le terme, pris au sens propre, est très fort et traduit une détestation, un rejet capable d’aller jusqu’au meurtre. Les sociétés post-modernes sont soucieuses d’imposer par tous les moyens leur relativisme moral et une forme d’indifférenciation : tous les comportements sont légitimes, toutes les cultures se valent.
Ne sont pas légitimes ceux qui ne pensent pas que tout se vaut : c’est le célèbre "pas de liberté pour les ennemis de la liberté". Elles ont donc institué une liste interminable des "phobies", désignant ainsi les mauvais sujets qui n’admettent pas le relativisme ambiant. Celui qui ose seulement évoquer l’intolérance de certains musulmans se voit traité d’islamophobe, celui qui ose seulement énoncer l’impossibilité pour deux homosexuels de procréer se voit écarté comme homophobe.
Autrement dit, toute énonciation d’une différence réelle est aussitôt incriminée comme "phobie". Un mot mal connu d’ailleurs par tous les médias qui s’en emparent : on parle de "phobie" comme synonyme de "haine", signifie "peur", ce qui est très différent. Oui, mais dans la société de l’indifférenciation, avoir peur c’est déjà avoir la haine. La peur est un crime : elle traduit la fermeture, le "repli", dans un monde obligatoirement ouvert, sans porte ni fenêtre. Sauf pour l’écologie : ici la peur est non seulement acceptable, mais même admirable. Notre droit à la peur est bien organisé, et j’allais dire militarisé, par le courant dominant.
 
La proposition de loi dont nous parlons s’inscrit tout droit dans cette filiation. Signifie-t-elle, comme elle le dit, que la détestation n’a pas droit de cité et qu’elle est dès lors juridiquement punissable ? Non pas. Si c’était le cas, il n’y aurait pas d’opinion ou de comportement "nauséabond". Que fait Emmanuel Macron ? Parler de "lèpre populiste", n’est-ce pas dénigrer et détester lourdement certains partis, courants de pensée, personnes ?
Ceux qui ont été ostracisés et harcelés, accusés d’être d’extrême droite, savent parfaitement à quel point, face à eux, tout est permis, depuis les mensonges les plus éhontés jusqu’aux expressions de la haine pure, sans que personne ne s’en offusque. Haïr les conservateurs, se moquer d’eux et les détester en public en les traitant de lèpre, ce n’est sûrement pas punissable puisque le président lui-même s’y autorise. Dans la proposition de loi, l’idéologie haineuse est bien délimitée : "u’elle soit raciste, antisémite, antimusulmans, homophobe ou sexiste".
Ainsi, que penser des propos qu’avait tenus un jour le chef de l’État lui-même : "Montrez-moi une mère de famille nombreuse qui soit éduquée" ? Que fait-il ici, sinon désigner à la vindicte un comportement et un mode de vie qu’il méprise en raison de son conservatisme ? Les mères de famille nombreuse pourraient inventer une nouvelle "phobie" pour décrire la détestation à leur endroit, au point que le président lui-même les taxe toutes, ouvertement, d’incultes. Si ce n’est pas de la haine, on ne voit pas bien en quoi énoncer l’intolérance de l’islam serait de la haine.
Certains, ceux qui représentent la "régression" (les familles nombreuses, les populistes, les catholiques), ne sont pas programmés pour être protégés par la loi. On peut bien les injurier : la preuve, c’est que le président lui-même le fait en public. Les parlementaires d’En marche ! ont bien le souci de n’offenser personne et d’aimer tout le monde : enfin, sauf les groupes ou courants qui ne vont pas dans leur sens.
Tout porte à croire que la proposition de loi portée par Laetitia Avia accouchera d’une loi faite pour solidifier et légaliser les préférences idéologiques du courant dominant.

Paru dans Le Figaro, 4 juillet 2019
DELSOL  Chantal

Née le 16 Avril 1947
Mariée - 6 enfants.


Membre de l'Institut
Professeur des universités


Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)
Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)
Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)
Création et direction du Centre d'Etudes Européennes : 
     enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République
     Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.
Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 
Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 
Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca
Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 
     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,
Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 
     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 
     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)
Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique
Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde
Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires
Romancière

 

Ouvrages 
Le pouvoir occidental (1985) - La politique dénaturée (1986) - Les idées politiques au XX° siècle  traduit en espagnol, tchèque, arabe, russe, macédonien, roumain, albanais - L'Etat subsidiaire  Prix de l'Académie des Sciences Morales et politiques  (1992) traduit en italien, roumain - Le principe de subsidiarité(1992) traduit en polonais - L'Irrévérence essai sur l'esprit européen (1993) - L'enfant nocturne (roman) (1993) - Le souci contemporain
(1993) - traduit en anglais (USA) - Prix Mousquetaire - L’autorité (1994) - traduit en coréen - Démocraties: l'identité incertaine (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - La grande Europe ? (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - traduit en espagnol - Histoire des idées politiques de l'Europe centrale (1998) - Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques - Quatre (roman) (1998) - traduit en allemand, en polonais - Eloge de la singularité, Essai sur la modernité tardive (2000) - traduit en anglais (USA) Prix de l’Académie Française Mythes et symboles politiques en Europe Centrale (collectif) (2002) - traduit en roumain - La République, une question française (2003) - traduit en hongrois -  La Grande Méprise, essai sur la justice internationale  (2004) - traduit en anglais (USA) - Matin Rouge (2004) -  Dissidences  (2005) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Michel Maslowski et Joanna Nowicki) -  Les deux Europes  (2007) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Mate Botos (Université Pazmany Peter, Budapest) - Michel Villey, Le justepartage (2007) avec Stéphane Bauzon (Université Tor Vergata, Rome) - L'Etat subsidiaire (2010) - La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (2011) - Les Pierres d'angle  (2014) - Populisme, Les demeurés de l'Histoire (2015) - Le Nouvel âge des pères (2015) - La Haine du monde, totalitarismes et postmodernité (2016) -

Articles et collaborations
édités dans diverses publications françaises et étrangères 
 
Conférences
Nombreuses communications dans des colloques nationaux et internationaux, en France et à l’étranger (Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Bulgarie, Canada, Colombie, Etats-Unis, Grande Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Moldavie, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Suisse, Ukraine, Venezuela)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.